Cahiers Pédagogiques

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Revue de presse du vendredi 18 mai 2018

Ven, 18/05/2018 - 17:29

Notre ministre est pleine promotion, personnelle ? Orientation et apprentissage toujours en débats ainsi que le supérieur. Un petit tour ailleurs et il y a 50 ans.

En pleine promotion

En pleine promotion… Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en visite dans les écoles d'Alençon. « Dans le cadre de "Rencontres du gouvernement", le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer était en déplacement ce jeudi 17 mai 2018 à Alençon (Orne). » Hier !

Et sur FranceInter ce matin : Jean-Michel Blanquer : "Les sociétés qui ont confiance dans leur école ont une école qui va bien". « Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, publie Construisons ensemble l'École de la confiance (Odile Jacob). Il est l'invité de Nicolas Demorand à 8h20. »
« "L'objectif ", explique Jean-Michel Blanquer à l'égard de son livre, "c'est de montrer ce qui est cohérent depuis un an. Un an, c'est à la fois beaucoup et peu". Le ministre de l'Éducation nationale, qui se dit volontiers adepte de Kant, explique : "L'éducation est synonyme de liberté. Ouvrir les choix est le sens de la réforme du baccalauréat et du lycée." » Il prononce dans cet interview une phrase qui fera date : « Nous n'allons pas fermer les CIO, nous allons les remettre dans les établissements. » Les CIO n'ont jamais été dans les établissements, et il ne connait pas, tout comme Hervé Morin (voir plus bas), le nom des personnels !

Et le NouvelObs s'amuse : Jean-Michel Blanquer publie son propre bulletin de notes. « Le dernier livre du ministre de l'Éducation nationale, qui reprend la baseline Pour une école de la confiance, a tout d'un super dossier de presse. »

Louise Tourret s'interroge sur Slate.fr : Jean-Michel Blanquer a-t-il vaiment confiance en l'école ? "Dans son troisième ouvrage, le ministre de l'Éducation veut « parler directement » à ceux et celles qui font (et vont à) l'école. Mais pour leur dire quoi ?"

Pendant ce temps, La crise du recrutement s'aggrave dans le premier degré. « Les premiers résultats du concours externe de professeur des écoles sont sans appel. Les résultats des épreuves d'admissibilité disent dès maintenant que dans ces deux académies on n'aura pas un nombre d'enseignants permettant de couvrir le nombre de postes offerts. Pire, la crise du recrutement, présente d'abord dans l'académie de Créteil puis, depuis l'année dernière à Versailles, s'amplifie. Le déficit final se situera entre 600 et 700 professeurs. »

Profitons-en pour promouvoir le livre de Jean-Michel Zakhartchouk : Faire ses devoirs : quel accompagnement ?, un partenariat entre les Cahiers pédagogiques et Canopé, Collection Agir.

Orientation et apprentissage

Loire - Orientation : « Avec le nouveau projet de loi, les CIO n'ont plus de raison d'être ». « Les conseillers d'orientation manifestaient, mercredi, devant l'hôtel de ville de Saint-Étienne contre le projet de loi qui veut confier information et orientation à la Région. »

Apprentissage : Les régions et le Medef construisent un compromis. « Au terme d'un bras de fer qui a duré des mois, Régions de France et le Medef semblent avoir trouvé un compromis sur l'apprentissage et l'orientation. François Bonneau, Hervé Morin et Pierre Gattaz signent un communiqué commun qui scelle ce compromis. Une de ses retombées c'est de demander aux députés de donner toute l'orientation scolaire aux régions. »

Ne faiblissons pas sur la réforme de l'apprentissage. « Le Medef appelle les élus à voter sans faiblir la réforme de l'apprentissage proposée par le gouvernement. »

Réforme de l'apprentissage : Hervé Morin en croisade pour défendre le rôle des régions. « Alors que le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel doit être débattu au parlement dans les prochaines semaines, le président de Régions de France multiplie les interventions pour accroître le rôle des régions dans la future réforme. Et dans la dernière ligne droite, parvient même à rallier le Medef. » Morin, l'homme pour qui les PsyEN sont des « Hypen » ! Voir l'Audition de M. Hervé Morin, président de Régions de France, sur le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel(n° 904) à l'Assemblée nationale le 15 mai.

Formation professionnelle : pourquoi le projet de réforme est décevant, par l'équipe de la Fondation iFRAP. « Après l'apprentissage, le second pan du projet de loi “pour la liberté de choisir son avenir professionnel” est une réforme de la formation professionnelle. » La fondation qui porte bien son nom.

Une étude un peu sérieuse, celle du CEREQ : Apprentissage et discriminations. « En reléguant aux formations professionnelles scolarisées les populations les plus fragilisées face à l'emploi, l'apprentissage permet une insertion professionnelle qui est mécaniquement et sans grand effort supérieure à celle des jeunes issus des lycées professionnels. Une étude co-éditée par le Céreq et l'Injep. » Avec une infographie !

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Supérieur

Universités : qui décide de l'annulation des examens ? « "Les examens se tiendront, nous le devons aux étudiants", martelait la ministre de l'Enseignement supérieur en début de semaine. Mais en pratique, face aux blocages, plusieurs décisions d'annulation ont été prononcées. » Et un petit rappel : « "Le président de l'université est le représentant légal de l'entité juridique", explique à Europe 1 Robi Morder, président du Groupe d'études et de recherches sur les mouvements étudiants (Germe). Le statut de ce président est prévu par l'article 1712-2 du Code de l'éducation : élu par un conseil d'administration pour quatre ans, il est responsable du fonctionnement de son établissement, ainsi que "du maintien de l'ordre" et de la "sécurité" au sein de celui-ci. Sur le papier, la décision d'annuler un examen, évènement de nature pédagogique, appartient donc à ce seul président. "Mais dans les faits, il y a évidemment une consultation avec des professeurs, ou le doyen par exemple", souligne Robi Morder. »

Parcoursup, les enseignants face au classement par Carole Sauvage. « Les universités avaient jusqu'à ce vendredi 18 mai pour rendre les résultats d'affectation des lycéens via la nouvelle plate-forme de Parcoursup. Une phase d'examen qui, comme la loi Orientation et réussite des étudiants, a cristallisé des tensions dans le monde enseignant. »

Ailleurs et avant

Aux États-Unis, Grève des enseignants américains contre la « débrouille ». « En Caroline du Nord, comme dans d'autres États, le secteur éducatif est sinistré par dix ans de coupes budgétaires. »

Mai 68. Quels changements les mobilisations ont-elles engendré dans les facs ? « En Mai 68 a eu lieu un mouvement de protestation étudiante d'une ampleur inédite. Eric Alary, historien, revient sur les revendications des étudiants et leur impact aujourd'hui dans les universités. »

Dans la série « Mai 68, et après ? » des Cahiers pédagogiques, « Des équipes d'animateurs prendront bientôt la place du professeur. » par Yann Forestier. « Dès avant les événements de Mai 68, l'appel à un changement radical semble être une figure obligée de tout discours public sur l'école. Dans la presse des années soixante, l'heure est à l'ambition, à l'audace, et même à l'iconoclasme. »

Un excellent week-end !

Bernard Desclaux

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

Categorías: Educación, Universidade

« Des équipes d'animateurs prendront bientôt la place du professeur. »

Ven, 18/05/2018 - 14:38

Dès avant les événements de Mai 68, l'appel à un changement radical semble être une figure obligée de tout discours public sur l'école. Dans la presse des années soixante, l'heure est à l'ambition, à l'audace, et même à l'iconoclasme.

Si les événements de Mai 68 ont à ce point secoué la société française, c'est peut-être parce que les esprits étaient déjà prêts à entendre un discours de changement. En matière d'école, des déclarations que l'on qualifierait aujourd'hui d'incendiaires fournissent aux journaux la matière de leurs gros titres tout au long de la décennie 1960. Le consensus est, en apparence, si puissant, qu'il semble qu'il n'y ait pas de place pour le doute, et encore moins pour le conservatisme, dans les débats et discussions relatives à l'éducation.

Le changement, en fait, est la norme, la référence des discours sur l'école, le modèle traditionnel ne pouvant être évoqué que pour le condamner et en souligner le caractère périmé. Les symboles les plus vénérables sont éreintés sans ménagement, comme si les responsables voulaient montrer que leur résolution dépasse le stade des hommages obligés et des postures de circonstance. « Sa majesté le baccalauréat », présenté comme « un mort en sursis » par Jean Sarrailh, recteur de l'Université de Paris, est annoncé chaque année avec des mots soulignant l'anachronisme de cette institution à l'« agonie », « loterie » « d'équité incertaine » [1].

L'agrégation, « anachronique et féodale », doit être supprimée, pour Michel Crozier, Jacques Monod ou Raymond Aron [2]. L'agrégé Pierre-Bernard Marquet, lui, stigmatise dans Combat « le faux prestige des humanités classiques, [qui] continue d'hypothéquer […] les études secondaires de trop d'enfants », tout comme Le Figaro, qui reprend avec délectation le trait du professeur Henri Laugier invoquant devant le congrès des Anciens élèves des lycées et collèges la supériorité des Grecs en soulignant que, « pourtant, ils n'avaient pas appris le latin » [3].

L'explosion scolaire

Le contexte est porteur. Le déblocage des réformes, sous l'effet du renforcement de l'exécutif de la 5e République et de la réorganisation de l'administration centrale sous la direction de Louis Cros et Jean Capelle [4], a permis de franchir une nouvelle étape dans le processus d'unification entre les systèmes primaire et secondaire, par la création des CES (collège d'enseignement secondaire) en 1963 et des séries du baccalauréat en 1965. On assiste à ce que Louis Cros appelle, dès 1961, « l'explosion scolaire » : entre 1953 et 1962, le taux d'accès en sixième des jeunes d'une classe d'âge est passé de 30 à 55 %, tandis que la proportion de ceux qui poursuivent leurs études au-delà de 14 ans a augmenté de 53 à 74 % entre 1956 et 1967, date à partir de laquelle tous doivent théoriquement faire de même.

Pareille mutation est de nature à ébranler les institutions les mieux établies. Le Premier ministre Georges Pompidou, en visite à Albi pour inaugurer un lycée technique, prononce un discours réclamant « une action constante et révolutionnaire » (sic), dans la mesure où il faut que « l'Université s'adapte à une situation toute nouvelle [car] méthodes et programmes traditionnels sont dépassés ». « Peut-être l'heure est-elle venue », ajoute-t-il, « de secouer les vieilles habitudes et d'accepter sans regret des changements qui, de toute manière, s'accompliront » [5].

À gauche, les députés socialistes déposent en juillet 1966 une proposition de loi instituant l'obligation scolaire jusqu'à 18 ans, le tronc commun tout au long du collège et le corps unique des enseignants, trois idées particulièrement audacieuses, dans la mesure où elles attaquent de front des points de blocage qui ont joué un rôle déterminant dans le rejet de la plupart des projets de réforme avancés au cours des vingt années précédentes. Or, pour le journal Combat, il ne s'agit guère que d'« un ‟Langevin-Wallonˮ très modéré » (le Plan Langevin-Wallon de 1947 demeurant une référence incontournable), ce dédain disant assez à quel point les attentes sont grandes [6].

Tout doit changer !

On imagine mal aujourd'hui le bouillonnement du débat public autour de la question du nécessaire changement de l'école. Toutes les réunions, déclarations et congrès où s'exprimerait une volonté réformatrice un peu vive bénéficient d'une couverture médiatique enthousiaste.

En avril 1968, c'est le congrès de docimologie de Lyon, réunion de spécialistes dédiée à des questions techniques, qui est largement commenté dans la presse, car on s'y interroge sans ménagement sur le « délire notateur » dont serait affectée l'école française. Un an plus tôt, l'ICEM-Freinet a réuni à Tours un congrès de 1300 militants. Les syndicats bougent eux aussi : le Syndicat général de l'Éducation nationale (SGEN), qui rejoint la CFDT en 1964, adopte un discours plus tranché, et le Syndicat national des enseignements de secondaire (SNES), sous l'influence de Jean Petite, qui prend la direction du Secrétariat pédagogique en 1967, renouvelle son discours dans le sens d'une demande de rénovation pédagogique et du réexamen des contenus et des méthodes d'enseignement. Le Syndicat national des instituteurs (SNI), à son congrès de 1967, a d'ailleurs écouté des exposés « enthousiastes » (selon la presse) sur les mathématiques modernes, dont l'expérimentation suscite alors beaucoup d'intérêt, tout comme celle de nouvelles méthodes d'enseignement du français, promues par Marcel Rouchette et Louis Legrand.

On ne compte pas les publications qui éreintent un modèle scolaire qu'on présente pourtant aujourd'hui comme consensuel. Après Les Héritiers, de Bourdieu et Passeron, en 1964, c'est le livre de Fernand Oury et d'Aïda Vasquez, De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, qui est publié en 1967. Dans les Annales de janvier 1968, Suzanne Citron réclame un « aggiornamento de l'histoire et de la géographie », au moment où la « Charte de Chambéry » de l'Association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public (APMEP) exige une « pédagogie appropriée, active, ouverte, (…) faisant appel au travail par groupe et à l'imagination » pour les mathématiques modernes.

Le point d'orgue de ce consensus réformateur se situe à Amiens, à la mi-mars 1968. Là, à l'appel de l'Association pour l'expansion de la recherche scientifique, créée autour des réseaux mendésistes par des personnalités du monde de la recherche, de l'économie et de l'administration, 720 personnes, parmi lesquelles des inspecteurs généraux, des directeurs d'administration centrale, plusieurs recteurs et le ministre Alain Peyrefitte lui-même, se retrouvent dans un grand colloque « pour une école nouvelle ». La presse, une fois encore, n'a pas de mots assez forts pour célébrer la volonté de changement qui s'y exprime : pour Le Nouvel Observateur, qui en rend compte dans son édition du 27 mars, « le coup de pouce a été donné et ne devrait plus s'arrêter », car « il sera désormais à peu près impossible de faire machine arrière ».

N'oublierait-on pas quelque chose ?

Or, à bien y regarder, le consensus pré-soixante-huitard comporte bien des zones d'ombre. Les contours de l'école nouvelle, dont l'avènement est réclamé avec impatience, sont en effet difficiles à identifier. L'importante part d'implicite des discours réformateurs laisse en fait bien des questions ouvertes, qui pourraient représenter autant d'occasions de conflit ou d'échec. Abondamment utilisé, le terme de « démocratisation » n'est qu'exceptionnellement défini, et les interprétations qui en sont faites sont souvent divergentes. Il en est de même pour le Plan Langevin-Wallon, référence sacrale dont on rappelle rarement le contenu.

À l'aube de Mai 68, tout le monde semble d'accord pour changer l'école, mais bien peu disent vraiment quels changements il faudrait réaliser. Demander une évolution du « rapport maître-élève » ou dénoncer l'encyclopédisme ne suffit pas à bâtir une politique.

D'autant que le conservatisme, bien que privé de visibilité médiatique, existe. Dans les réticences des enseignants de terrain à changer leurs pratiques, dans les réactions hostiles de parents d'élèves et d'élus qui refusent que leurs lycées soient remplacés par des CES, ou dans les discours d'Hippolyte Ducos, député radical, qui achève en tant que doyen de l'Assemblée nationale une longue carrière parlementaire vouée à la défense des humanités classiques. Les discours de distribution des prix, étudiés par Viviane Isambert-Jamati, témoignent de l'importance d'une attitude de repli sur des repères traditionnels, sous-tendus par un imaginaire solidement ancré dans les représentations collectives, qu'on identifie aussi dans les publications des organisations enseignantes, dont la Société des agrégés, dirigée par Guy Bayet, ami personnel de Georges Pompidou, est le meilleur exemple [7].

Une surenchère du changement

Loin de prendre en compte la complexité du paysage idéologique, les partisans des réformes, dans les mois qui précèdent Mai 68, semblent s'engager dans une logique de surenchère. Les journaux de tous bords saluent la formation des « Comités d'action lycéens », constitués pour dénoncer l'action des États-Unis au Vietnam, y voyant « un premier effort de revendication et de réflexion universitaire » [8]. Invité en avril 1968 par la paroisse universitaire de Rouen à prononcer une conférence sur l'état de l'école, Jacques Natanson est « très applaudi » lorsqu'il dénonce l'univers « concentrationnaire » de l'école et le « poujadisme » scolaire de certains enseignants, dont il est à ses yeux « scandaleux » qu'ils s'en tiennent « passivement » aux programmes, logique contre laquelle « les élèves ne peuvent réagir collectivement qu'en récréation ou par le chahut » [9].

Tout va changer, selon Pierre Paraf, éditorialiste à Combat : « Les moyens audio-visuels, les ordinateurs, ont bouleversé l'air poussiéreux des vieux lycées dont les jeunes constructions scolaires ont pris la relève. Le centre s'est déplacé de la chaire à la classe de même que la scène débordait sur la salle de spectacle. Des équipes d'animateurs prendront bientôt la place du professeur. » [10]

En avril 68, on l'aura compris, l'opinion est chauffée à blanc et il n'est plus besoin d'inventer de mots d'ordre pour changer l'école. Mais peut-être faut-il réfléchir aux moyens d'engager effectivement ce changement pour sortir des incantations. Peut-être faut-il aussi s'inquiéter de ce qu'une majorité silencieuse ronge son frein et attende son heure pour exprimer enfin une appréhension et une volonté de conservation qui ont macéré dans l'indifférence tout au long de la décennie 1960.

Yann Forestier
Professeur d'Histoire-géographie au Lycée Le Verrier (Saint-Lô), chargé de cours en Histoire contemporaine et en Sciences de l'éducation aux Universités de Rennes 2 et de Caen, chercheur associé au CAREF d'Amiens et au laboratoire Tempora de Rennes

Revue de presse

« On peut ici prendre des paris : si notre ministre actuel de l'Éducation nationale ne remédie pas à la situation présente par une réhabilitation du moral et du politique dans la vie scolaire avant peu, il se verra (ou ses successeurs) arracher par les jeunes ce qu'il refuse de concéder aujourd'hui. »
Jacques Ardoino, courrier au Monde, 6 février 1968

« Le congrès a fortement insisté sur l'idée qu'aucune orientation ne pouvait avoir lieu sans une profonde réforme de l'enseignement général. Il a été notamment proposé de donner à tous les élèves du premier cycle secondaire un enseignement de technologie susceptible de déceler les intérêts et les aptitudes aux études techniques. »
Compte-rendu du congrès du SGEN-CFDT à Mulhouse par Le Monde, 11 avril 1968

« La connaissance que l'école apporte aujourd'hui à l'élève lui semble parfois sans intérêt parce qu'il reçoit du monde extérieur une large information sur l'actualité. Il faut maintenant que nos programmes tiennent compte de cette réalité. Le programme scolaire ne peut plus satisfaire à l'ensemble de la connaissance. »
Henri Gauthier, Directeur de la pédagogie au ministère, cité par Le Figaro, 20 février 1968

« Mais peut-on vraiment dire qu'aujourd'hui l'humanisme soit en danger parce que les humanités sont en régression ? L'esprit de finesse n'est-il pas aussi nécessaire pour libérer l'énergie enfermée dans les mots d'une langue vivante que d'une langue morte ? Et si la valeur de formation est égale, pourquoi préférerait-on une langue dont l'usage a disparu à une langue dont le besoin est constant ? Serait-ce de nouveau la coquetterie de l'inutile ? En outre, pourquoi voudrait-on que la connaissance de la langue grecque fût indispensable pour apprécier la profondeur de la pensée grecque ? La doctrine pédagogique qui liait impérativement l'humanisme et les humanités était pleinement justifiée quand on ne pouvait puiser dans les littératures anciennes que par ses propres moyens. En un siècle où le nombre et la qualité des traductions ont de quoi satisfaire toutes les curiosités, c'est une doctrine périmée. »
Alain Peyrefitte, discours à la cérémonie de remise des prix du Concours général 1967, cité par Combat, 23 juin 1967

« Cet enseignement, qui est de nature essentiellement rhétorique et dont le principe unique et irréfragable est la dissertation littéraire articulée en trois parties avec progression athlétique, conclusion pacificatrice et transitions à la fois piquantes et moelleusement insensibles, n'a jamais été conçu que pour former des agrégés, des avocats, de hauts fonctionnaires de la science et de la politique, des stratèges genre Gamelin, des médecins hommes d'esprit lisant Horace dans le texte entre deux appendicites. »
André Fermigier, Le Nouvel Observateur, 15 juin 1966

« On ne poussera pas de force vers la voie passionnante des sciences, on ne rendra pas capable de cultiver avec joie les lettres, une jeunesse écœurée des matières qu'on a voulu lui faire massivement ingurgiter en vue d'un baccalauréat obsédant. »
Marcel Bataillon, Combat, 14 décembre 1966

« Telle est la réalité de l'école-caserne, celle de Paris, d'Aubervilliers, de Gennevilliers, de Nanterre… L'école des taudis, des grands ensembles, des quartiers surpeuplés des grandes villes, celle qui existe un peu partout, et dont personne ne parle : une école où les impératifs de gardiennage ont remplacé les soucis d'éducation. (…) Face à cette situation, on peut certes continuer à rêver à l'école libératrice et au vase de Soissons, aux "hussards noirs de la République" et au "bon maître de village". On peut regretter les "difficultés actuelles" (…) Peut-être suffirait-il de (…) modifier le règlement intérieur de l'école, qui interdit précisément toute application des instructions officielles prônant les méthodes actives. Comment, en effet, encourager l'initiative chez des enfants qui ne peuvent faire un geste sans demander la permission ? »
Fernand Oury, Le Monde, 13 septembre 1966

« Les examens traditionnels, tels qu'ils sont organisés dans la plupart des pays, nous apparaissent comme des épreuves de sélection abusive, opposant aux jeunes un refus brutal et définitif au développement de leur carrière d'homme. Loin de révéler le savoir et la culture, cette répétition d'épreuves sur des matières trop étendues, mal assimilées, uniquement mémorisées, finit par conditionner les jeunes gens au réflexe de la bonne réponse, au détriment de la spontanéité, de l'action, de la responsabilité, de la créativité que réclament aussi bien l'Université, l'industrie ou les services publics que la société elle-même. »
Résolution n° 4, adoptée à l'unanimité par les ministres européens de l'Éducation, réunis au Conseil de l'Europe, citée par Le Nouvel Observateur, 3 janvier 1968

« Si nécessaire que soit la recherche pédagogique, le défaut massif de notre enseignement n'est pas de tarder à appliquer les derniers perfectionnements de technique pédagogique – qui auront encore à subir l'épreuve du temps, - mais de violer couramment des principes élémentaires qui remontent à Rousseau et Montaigne, et qui étaient scientifiquement explicités dès avant 1914. Encore aujourd'hui novatrices, en raison d'une extraordinaire stagnation de fait, ces idées ont été approfondies et complétées : le plan Langevin-Wallon (1947) leur a donné une belle expression – la réalité ne les a accueillies que marginalement. »
Défense de la Jeunesse scolaire, Le Monde, 10 septembre 1965

« Réformer les structures de l'enseignement ne réformera jamais rien sérieusement, si l'on ne modifie pas aussi les programmes, les méthodes et l'esprit de l'enseignement. »
Pierre-Bernard Marquet, Combat, 21 septembre 1960

« L'agrégation demeure et veut demeurer intangible, anachronique et féodale ! Il est vrai que, pour compenser cet esprit rétrograde ou seulement conservateur dans leurs idées pédagogiques, les agrégés et autres professeurs du second degré ont toujours la ressource de se livrer en politique à un gauchisme ou à un extrémisme d'intellectuels, sans conséquences sinon sans ridicule. »
Pierre-Bernard Marquet, Combat, 5 avril 1961

[1] Yann Forestier, « Cinquante ans de baccalauréat au miroir de la presse : un monument à rénover, à analyser ou à admirer », in Philippe Marchand (dir.), Le Baccalauréat, 1808-2008. Certification française ou pratique européenne ?, Revue du Nord-INRP, 2010, p. 397-413.

[2] Yves Verneuil, Les Agrégés. Histoire d'une exception française, Belin, 2005, p. 313.

[3] Combat, 4 janvier 1961 et Le Figaro, 19 mai 1959.

[4] Antoine Prost, « Louis Cros : une administration pour la réforme », in Regards historiques sur l'éducation en France, XIXe-XXe siècles, Belin, 2007, p. 77-80.

[5] Cité par Combat, 17 mai 1964. La tonalité de ce discours est d'autant plus remarquable que l'Histoire a beaucoup mieux retenu le discours prononcé au lycée classique de la ville par le même Georges Pompidou, le 4 avril 1970, soit six ans plus tard, dans lequel il dénonce la remise en cause du modèle secondaire fondé sur les humanités classiques.

[6] Combat, 6 juillet 1966.

[7] Viviane Isambert-Jamati, Crises de la société, crises de l'enseignement. Sociologie de l'enseignement secondaire français, PUF, 1970 ; Verneuil, Les Agrégés. Histoire d'une exception française, Belin, 2005.

[8] Combat, 31 janvier 1968.

[9] Le Monde, 10 avril 1968.

[10] Combat, 30 mars 1968.

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L'école du cerveau

Ven, 18/05/2018 - 11:34

Un ouvrage qui se veut « référence sur la neuropédagogie » et que Olivier Houdé, spécialiste du développement psychologique de l'enfant, a conçu comme une sorte de boite à outils à l'usage du grand public, et notamment des enseignants peu au fait des sciences cognitives. Une très abondante bibliographie invite bien sûr à aller plus loin. L'auteur n'hésite pas à aller sur l'arène de ce que l'on nomme probablement mal la « vulgarisation », au risque d'être pourfendu par nombre de ses collègues, mais aussi à relier les sciences cognitives à une longue chaîne qui unit à la fois des philosophes (Platon, Locke, Rousseau) et des pédagogues, au premier chef Montessori et Freinet. Il s'oppose à tout réductionnisme et à tout scientisme : « Les neurosciences n'enlèvent rien, mais au contraire ajoutent des informations à l'explication des phénomènes, à la compréhension de l'enfant et des apprentissages ». Il montre les apports mais aussi les limites de chercheurs comme Piaget, mais aussi Skinner (souvent caricaturé). En matière de pratiques pédagogiques, lui, ancien instituteur, ne défend pas le prescriptif mais montre en quoi les sciences du cerveau peuvent aider à être plus efficaces. Un des points majeurs serait de développer les activités réflexives de l'enfant, et en particulier lui faire comprendre petit à petit comment fonctionne son cerveau. Il note que « l'engagement actif, la curiosité, le retour d'information et la correction d'erreurs sont essentiels, parce qu'ils éveillent l'émotion dans le cerveau des élèves. » Il expose succintement sa théorie de l'inhibition qui se trouve conforté par les observations faites en utilisant les technologies d'imagerie cérébrale. Résister aux réflexes, aux routines, aux automatismes, aussi nécessaires soient-ils par ailleurs, permet une prise de distance favorable à la tolérance et à la prise en compte de l'autre. La « neuropédagogie » peut ainsi contribuer à l'invention d'un « modèle éthique » qui, selon JP Changeux, « tranche avec les violences, les intolérances et les crimes de notre passé culturel ». En fait, loin d'être remises en cause par les neurosciences, les pédagogies nouvelles, selon Houdé, se trouvent plutôt confortées. Nous voilà bien loin de l'applicationnisme « du labo à la classe ». Un long entretien récent avec l'auteur nous a permis d'aller plus loin, dont on trouvera des échos dans un prochain numéro des Cahiers.

En complément, Olivier Houdé a écrit avec Grégoire Borst, un ouvrage pour les enfants (mais qui peut servir aux adultes !), illustré par Mathilde Laurent dans la collection Questions, réponses de Nathan, Mon cerveau.

Parmi les questions, on a tout autant des points assez techniques (qu'est-ce qu'un neurone ? Y-a-t-il une aire de la lecture ? c'est quoi une expérience de psychologie ? que d'autres qui cotoient la philosophie : le cerveau aime-t-il l'art ? peut-on dire qu'il est unique ? qu'est-ce que l'intelligence ?...

Un livre précieux qui doit avoir toute sa place dans les centres documentaires et les médiathèques.

Jean-Michel Zakhartchouk

Categorías: Educación, Universidade

Revue de presse du jeudi 17 mai 2018

Xov, 17/05/2018 - 18:38

Deux gros titres à la Une de la presse éducation de ce jeudi : les craintes quant à la fermeture des CIO et, toujours, les craintes quant au déploiement de Parcoursup. Quelques informations éparses complètent cette actualité, essentiellement dans le registre de la communication, pour le meilleur et pour le pire.

Fermeture des CIO

La grogne s'amplifie dans les CIO, et la presse locale s'en fait aujourd'hui largement l'écho, de Bordeaux à la Réunion en passant par Saint-Etienne.

A Bordeaux, les centres d'information et d'orientation de la Gironde vont-ils fermer ?, se demande le média en ligne Bordeaux7.com. "Le projet de loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel présenté fin avril à l'Assemblée nationale pourrait enterrer ces structures et rattacher leur personnel aux établissements scolaires, l'orientation passant sous la compétence des régions. Une démarche incompréhensible pour la majorité des 3 700 psychologues de l'éducation nationale qui y travaillent aujourd'hui en France. « Nous avons mauvaise image, reconnaît Delphine Ponceau, rattachée au CIO de Bordeaux-sud à Bègles. Mais notre travail a beaucoup changé. » [...] La psychologue était dans la rue avec ses collègues début mai. Elle y reviendra le 22 mai, lors de la journée d'action de la fonction publique."

Dans le même temps, une manifestation des personnels des CIO de la Loire était organisée à Saint-Etienne ce mercredi, manifestation dont France bleu s'est fait l'écho. "Une trentaine d'employés de Centre d'information et d'orientation (CIO) de la Loire se sont rassemblés place de l'Hôtel de ville à Saint-Étienne ce mercredi. Ils manifestaient contre la suppression des CIO voulue par le gouvernement, et en ont profité pour rappeler leur rôle, souvent méconnu". La communication envers les usagers était également à l'ordre du jour. En effet, "Pour alerter sur les conséquences d'une telle mesure, le SNES-FSU Réunion, le SGEN-CFDT, l'UNSA Éducation, Sud Éducation Réunion et le collectif des PsyEN (psychologue de l'Education national) du second degré des CIO de La Réunion ont donné une conférence de presse ce mercredi matin, au CIO du Port. "C'est la suppression d'un service public sans concertation, avec un risque de privatisation", s'indigne Serge Esnault, psyEn et formateur, alors que la compétence orientation ira désormais aux régions, qui pourront déléguer à des entreprises privées." (lire l'article Fermeture des CIO : "La fin d'un service public et la hausse des inégalités" sur le site zinfos974.com)

Enseignement' sup

"A quelques jours de la mise en ligne des premières propositions d'affectations sur la plateforme Parcoursup, le ministère opère les derniers réglages" nous informe Aujourd'hui en France (Parcoursup : les derniers ajustements de la plateforme avant les réponses le 22 mai).

Dans L'Etudiant, Natacha Lefauconnier semble donc vouloir faire œuvre utile en informant les futurs bacheliers : Parcoursup, ce qui vous attend le 22 mai et après. "Plus que quelques jours avant les résultats de la procédure d'admission postbac ! Heure des réponses, rang sur liste d'attente, algorithme… voici les dernières informations pratiques de cette première saison de Parcoursup.
À quelques jours de la date des premiers résultats d'affectation sur Parcoursup, le ministère de l'Enseignement supérieur a communiqué quelques nouvelles précisions sur le déroulement de la phase normale d'admission postbac
".

Dans les blog d'Educpros, on lira un article plus "politique" sur le sujet, Parcoursup : le plan du ministère pour éviter la surchauffe. "À quelques jours du premier verdict de Parcoursup, mardi 22 mai 2018, le ministère de l'Enseignement supérieur, optimiste, rend ses derniers arbitrages. Et promet de nouvelles créations de places tout au long de la phase complémentaire afin d'assurer la rentrée dans de bonnes conditions. Annoncée en juin, l'enveloppe budgétaire sera "significative" ".

Divers

Apprentissage : le Medef et les régions réclament ensemble un pilotage national et territorial (L'Express). "Le président du Medef, Pierre Gattaz, et celui de Régions de France, Hervé Morin, plaident pour un "pilotage à la fois national et territorial" de l'apprentissage et appellent le Parlement à "renforcer" le projet de loi sur l'avenir professionnel, dans un texte commun.
"Cette réforme nécessaire ne réussira que si elle rassemble sur tous les territoires toutes les énergies et toutes les bonnes volontés en valorisant les meilleures pratiques sur le terrain. Décidée de Paris, elle restera stérile et inappliquée et conduira à un rétrécissement de l'apprentissage dans toutes les régions", résument-ils dans cette "position commune", également signée par le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau (PS), et diffusée jeudi
".

Un troisième livre de Blanquer en quatre ans : une sacrée confiance en soi ! nous explique Claude Lelièvre sur son blog. "« Construisons ensemble l'école de la confiance » : tel est le titre de cet ouvrage qui paraît chez Odile Jacob . Il se peut aussi que ce soit le livre de trop. On remarquera en tout cas que lorsque la « verticalité » du pouvoir présidentiel était particulièrement forte, les ministres de l'Education nationale ne se sont guère alors aventurés à écrire pendant l'exercice de leur ministère... "

Signalons enfin deux initiatives intéressantes, dans des champs très différents.

"Frédérique Vidal a installé mercredi 7 mai 2018 le collège de déontologie du ministère, qui sera présidé par Bernard Stirn, conseiller d'Etat.
La ministre a souhaité que le champ de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation puisse s'appuyer sur un collège de déontologie autonome, afin d'accompagner la mobilisation croissante de la communauté académique autour des impératifs d'intégrité scientifique et de déontologie
". (lire l'article de News Press à ce sujet).

Pour sa part, le Café pédagogique s'intéresse au blog d'Anthony Nadreau "le blog du cancre", qui se veut un site de ressources pour les enseignants du premier degré. "Drôle de nom pour un blog de ressources pour les enseignants ! "Le blog du cancre" est pourtant un site largement connu par ces derniers, affichant plus de 620 000 visites à ce jour. Anthony Nadreau se cache derrière ce site dont les contenus, si riches, sont mis à jour quasi quotidiennement. Professeur des écoles depuis 2007, il enseigne en CE2 et en CE1/CE2, dans l'agglomération d'Orléans". Le Café pédagogique lui donne la parole et lui permet d'expliciter sa démarche. Très intéressant.

Lionel Jeanjeau

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

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De fil en aiguille, tisser la coopération

Xov, 17/05/2018 - 14:37

Apprendre, apprendre sans cesse, Angélique Libbrecht, enseignante dans une école primaire belge, vit son métier comme un chemin riche d'apprentissages où chacun est associé. Elle nous raconte le foisonnement d'idées qui anime sa classe et au-delà, dans le souci d'un quotidien scolaire épanouissant pour l'élève.

En Belgique, le cursus en École normale est différent selon que l'on se destine à enseigner en maternelle ou en primaire. Elle a choisi les deux, en étudiant d'abord dans la première voie, puis en empruntant une passerelle pour la seconde. Et pour mieux apprendre son métier, elle a suivi des cours à l'École supérieure de pédagogie de Mons le mercredi après-midi et le samedi matin. Son mémoire d'études s'intitulait : « Une personnalisation des apprentissages pour permettre à chacun d'être heureux d'apprendre avec les autres. »

Sa carrière a débuté dans une école internationale en Suisse, où elle enseignait le programme français à une classe de GS/CP/CE1. De retour en Belgique, elle enchaîne les intérims dans diverses écoles durant deux ans. « Cela m'a permis de découvrir de multiples façons de travailler dans des contextes variés. Puis, j'ai obtenu un poste dans mon école actuelle. » Aujourd'hui, elle travaille dans un école primaire frontalière où la mixité sociale est de mise. Son établissement est communal, appartenant au réseau public dans un pays où deux autres réseaux coexistent. Elle est également maître de formation pratique à l'École normale de Leuze en Hainaut.

Des échanges

Elle ne perçoit pas de grandes différences entre les écoles de chaque côté de la frontière, en France et en Belgique. Certes, la sixième est intégrée dans le primaire en Belgique, les dénominations des sections diffèrent, les effectifs sont légèrement inférieurs mais pour elle, les bases et les méthodes sont les mêmes. Le travail des enseignants se ressemble. Elle le constate en échangeant avec des collègues des deux pays. Car l'échange d'expériences, la recherche commune de réponses à des problèmes rencontrés, sont des bulles d'oxygène pour avancer, progresser et apprendre. « On n'a jamais fini d'apprendre. Certains enseignants changent peu leurs pratiques, d'autres continuent dans la curiosité. Je fais partie des seconds. » Dans ses propos, il n'y a pas une once de jugement de valeur, juste l'expression d'une façon d'envisager un métier qu'elle pratique depuis quinze ans.

Elle continue d'apprendre auprès d'intervenants venus à l'École normale, comme Jean-Michel Zakartchouk, de Sylvain Connac ou encore Bruce Demaugé. Elle a adopté une approche coopérative dans sa classe de 2e accueillant des 7-8 ans, retrouvant dans les propos de Sylvain Connac le fonctionnement des classes de maternelle belges - mais cette fois adapté aux niveaux d'élémentaire. Elle apprend en rencontrant d'autres professeurs comme Yves Khordoc qui partage son enthousiasme et son expérience sur un blog, en particulier sur la différenciation pédagogique, l'utilisation des ceintures de compétences et des plans de travail. « Toutes ces personnes font ce qui correspond à mes attentes de classe “idéale”. Ils sont abordables et répondent volontiers aux questions. Ils ont vécu ce que je vis et échangent à partir de leurs expériences. Je crois que le pire frein qu'on puisse parfois avoir, c'est finalement nous-même. »

Elle apprécie la visite d'autres écoles, d'autres classes, dans d'autres environnements, comme celle de Stéphanie Fontdecaba, en milieu rural, où elle a séjourné quelques jours. Elle accueille volontiers en retour des enseignants futurs ou en poste pour partager, tout comme elle le fait sur le blog d'Yves Khordoc. « C'est un moyen d'échanger et de coopérer. Les gens posent des questions. On en rencontre quelques uns mais peu vont jusqu'au bout. La coopération en classe demande du temps, nécessite de changer de posture et de s'impliquer personnellement dans la vie de la classe. »

Le droit de se tromper

Elle affiche le principe du droit à l'erreur avec un panneau « Ici on a le droit de se tromper ». Pour elle, « le meilleur élève c'est Ducobu car il va te faire comprendre que ton cours n'est pas intéressant. Il osera te dire qu'il n'a pas compris, qu'il aurait aimé apprendre autre chose. Ce sont les élèves les plus en difficulté qui nous font avancer car ils nous obligent à trouver d'autres solutions, idées, chemins... » Elle place le respect, la confiance et l'autonomie au fronton de son approche pédagogique.

Le bienêtre dans la classe est à son avis fondamental pour apprendre mais aussi pour que le quotidien de l'enfant, en grande partie passé à l'école, ne soit pas empli de douleurs et de craintes. Elle perçoit la fragilité de la vie lorsqu'une petite de son établissement l'a perdue brutalement. Depuis, elle met encore plus de soin à faire en sorte que l'enfant ne s'efface pas derrière l'élève, qu'il soit présent tout entier et reconnu ainsi, dans son intégrité. « J'aime assez cette citation d'Einstein : “Au cœur de toute difficulté se cache une possibilité”. » L'autonomie affective, intellectuelle et sociale est pour elle primordiale car, « pour apprendre à apprendre, il faut aussi qu'on puisse se sentir libre d'agir, de proposer des idées, de chercher le matériel dont on a besoin ».

Chaque matin, le menu du jour est affiché avec dedans le déroulé de la journée. Le menu est un repère quotidien pour se rendre compte du temps passé, de ce qui a été fait ou sera reporté. Le vendredi après la récré de dix heures, un temps est consacré à la méditation, un moment tellement intégré par les élèves que lorsqu'il est oublié, ils le réclament. Une fois par semaine, un conseil de coopération se réunit et des « Quoi de neuf ? » ouvrent régulièrement le droit à l'expression, des temps d'échanges pour veiller à un bon climat de classe.

« La coopération me semble essentielle. Elle favorise une implication des élèves dans leurs apprentissages et responsabilise chacun des membres de la classe quant à la réussite de tous. De plus, elle nous permet de mieux connaître les personnes avec qui nous travaillons en classe. En travaillant avec des classes nombreuses, il me semble que c'est d'autant plus nécessaire. » Tous les quinze jours, elle propose à ses élèves des devoirs au choix. Tous doivent lire un texte mais un texte qu'ils choisissent. Recettes de cuisine, fiches de bricolage, expériences scientifiques, jeux sportifs, quelque soit le support, un compte-rendu est rédigé pour expliquer ce qui a été appris.

Ceintures

Elle a adopté les ceintures de comportement et les ceintures de grandeur issues de la pédagogie institutionnelle pour « que l'élève se rende compte de ce qu'il est possible de faire pour progresser. » Les ceintures sont attribuées après discussion au sein du conseil coopératif au regard des notions acquises et des progrès réalisés. Les notions sont régulièrement revisitées en ajoutant des niveaux de difficultés afin d'éviter le morcellement des apprentissages.

L'enseignante constate : « les élèves sont plus impliqués. Ils se montrent curieux et ont envie d'avoir davantage d'informations sur les notions. Cette pratique permet aux élèves de prendre conscience de ce qu'ils ne maîtrisent pas encore mais aussi de se rendre compte qu'ils connaissent déjà certains éléments. Ils expriment leur souhait de passer une ceinture lorsqu'ils estiment maîtriser la compétence visée. L'ambiance de classe est également changée. Je pense que les élèves sont plus sereins car ils se sentent rassurés. »

Leur utilisation n'est pas systématique, cela dépend de la matière, des projets menés. Elle aimerait aller plus loin sur le travail en français à partir des productions de la classe. Elle cherche, apprend toujours et encore, tout comme ses élèves, et avec ses élèves. Elle souligne la nécessité d'apprendre à apprendre et de comprendre comment on apprend. Cela passe pour elle par la mise en valeur des compétences, par la reconnaissance de ce que l'on sait faire et la confiance.

Marchés de connaissances

Christian Watthez, un collègue pédagogue de l'École normale, lui a expliqué le fonctionnement des marchés de connaissance, une initiative où les élèves expliquent à d'autres des notions, ou montrent comment faire quelque chose. Elle décide d'organiser un marché d'abord au sein de sa classe puis avec d'autres classes, jusqu'à, une fois, impliquer une centaine d'élèves de la grande section de maternelle à la 3ème. Au début, les élèves hésitent, proposent des sujets à tâtons, doutant de l'intérêt du sujet qu'ils proposent. Et puis, avec la pratique, ils prennent confiance, détectent même parfois des talents chez les autres, les poussent à animer à leur tour un atelier.

Les sujets sont choisis librement, les façons d'exposer aussi. Les élèves volontaires viennent auparavant expliquer à leur professeure ce qu'ils souhaitent faire. Elle, de son côté, veille à l'organisation. Après chaque marché, un bilan est fait où chacun exprime ce qui lui a plu et moins plu, les autres commentent, critiquent de façon constructive. Et chaque mois, un marché des connaissances a lieu. « Dans le marché des connaissances, les enfants sont eux-mêmes. Ils se trouvent dans une situation de communication vraie. L'enfant apparaît derrière l'élève alors qu'en classe, on ne voit pas toujours l'enfant. Cela permet de rebondir en classe et de remettre en confiance certains. Lorsque quelqu'un croit en toi, en tes compétences, en ta possibilité de réussir, ça aide à évoluer. »

Le succès est tel qu'elle décide de tenter l'expérience en associant les parents, en les invitant à participer à un marché lors d'une journée portes ouvertes, dans l'idée de renforcer le lien entre l'école et les parents. « Lorsqu'on montre la cohérence entre les deux, l'enfant se sent plus en sécurité. » Elle ira témoigner sur l'expérience lors de la journée des réseaux d'échange réciproques des savoirs organisée cet automne par Claire Héber-Suffrin et le REZO. Elle espère à l'occasion rencontrer des témoins d'autres initiatives, pour apprendre encore, avancer sur un chemin pédagogique où la coopération s'étoffe, s'exprime en résonance avec des savoirs nés de tous les horizons.

Monique Royer

Le blog où Angélique Libbrecht partage ses pratiques

A lire également sur notre site :
Visiter une classe coopérative pour trouver des réponses, par Angélique Libbrecht
Intégrer les parents dans un marché des connaissances, témoignage d'Angélique Libbrecht

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Autisme et développement de la communication

Xov, 17/05/2018 - 11:02

La vie en bleu organise une conférence sur le thème :

Autisme et développement de la communication

Le mercredi 30 mai 2018 de 9h à 18h à la MAS (La maison des associations de solidarité), 10-18 rue des terres au curé, Paris XIIIe

Les troubles de la communication sociale représentent l'un des critères du diagnostic d'autisme tel que défini par le DSM 5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).
Il est de ce fait primordial de développer au plus tôt la communication et le langage afin de favoriser les interactions, de permettre aux enfants d'émettre des demandes et de ce fait réduire les troubles du comportements liés à la frustration de ne pas réussir à s'exprimer et à se faire comprendre.
Cette conférence sera animée par Anamaria Gonzalez analyste du comportement et Pauline Garcia, orthophoniste travaillant avec des enfants TSA (présentant un trouble du spectre de l'autisme).
Les conférencières détailleront les moyens à mettre en œuvre pour développer la communication et le langage en se basant sur les principes de l'ABA (Applied Behavior Analysis).

Les inscriptions se font en cliquant ici
En savoir plus sur l'association La vie en bleu
Télécharger le flyer :

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Revue de presse du 16 mai 2018

Mér, 16/05/2018 - 14:56

L'actualité est dominée par la sortie prochaine du livre du ministre. On revient encore sur les réformes et leurs conséquences. Quelques informations diverses enfin.

Jean-Michel

On se demande où il a pu trouver le temps d'écrire un livre. Mais il sort vendredi. Pour Le Parisien, Jean-Michel Blanquer sort sa bible
“Il avait déjà écrit plusieurs ouvrages sur le sujet avant sa nomination. Le ministre de l'Education nationale et chouchou du gouvernement, Jean-Michel Blanquer, récidive : il va sortir ce vendredi un livre sur sa « philosophie » de l'éducation, assorti de propositions concrètes à l'adresse des enseignants, des parents et des élèves. Le leitmotiv qu'il martèle depuis son arrivée rue de Grenelle fait office de titre à l'ouvrage, gardé confidentiel jusqu'au dernier moment par l'éditeur, Odile Jacob : « Construisons ensemble l'école de la confiance ».”
Le livre est décortiqué chez VousNousIls. “Dans son nouveau livre, "l'Ecole de la confiance", le ministre de l'Education nationale veut "offrir le meilleur aux enfants en dépassant les clivages". Il fait aussi longuement la promotion de ses réformes, de la maternelle au lycée.

Un an après, qui êtes vous M. Blanquer ? Philippe Watrelot s'interroge.
“Un an pile après sa nomination comme ministre de l'Éducation nationale, on perçoit mieux qui est l'omniprésent Jean-Michel Blanquer. Esquisse de portrait.”

Les instructions Blanquer vues du terrain. “Elisa Cécillon : Et pourtant, ils savaient lire… Bon. Ca y est. Je l'ai lu. J'ai lu le Guide pour enseigner la lecture et l'écriture de M. Blanquer. Aïe… Je crois que j'ai tout faux. TOUT faux. Et pourtant, mes CP, en fin d'année, ils savaient lire…”

Les temps sont durs

Les temps sont durs surtout pour les fonctionnaires, dans le viseur du gouvernement. Statut des fonctionnaires : la piste explosive des « experts »
“Chargé par l'exécutif d'imaginer la réforme de l'Etat, le Comité action publique 2022 prônerait notamment une généralisation du recours aux contractuels dans la fonction publique. Des profs avec un CDD de cinq ans, des policiers embauchés pour seulement dix ans, des agents territoriaux en contrats de deux ou trois ans renouvelables… Voici le nouveau monde des fonctionnaires, imaginé par les experts du « Comité action publique 2022 » (CAP22).”

Cela résonne particulièrement avec l'actualité car, dans l'académie de Besançon, le rectorat vient de signer un partenariat avec Pôle Emploi ! “C'est une première en France, selon le rectorat : face au manque d'enseignants, l'académie de Besançon a signé une convention de partenariat avec Pôle emploi pour former de nouveaux professeurs.”

Après avoir annoncé le pire on nous fait des promesses. Mais ce n'est pas satisfaisant, loin de là.
Le gouvernement maintiendra au moins un CIO par département
“Il y aura "resserrement de la carte des CIO" mais pas fermeture de tous les centres. Le projet de loi sur la formation professionnelle "ne revient pas sur le principe d'un CIO par département". Selon Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes, ces engagements ont été donnés par le ministère lors du Conseil supérieur de l'éducation du 15 mai.”

Divers

Les colonies de vacances et les camps scouts ne seront pas soumis à de nouvelles obligations
“Les organisateurs de colonies et des camps scouts vont pouvoir souffler. Ils ne se plieront pas aux nouvelles règles financières imposées par l'Europe. Selon le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, la transposition d'une loi de l'Union ne s'appliquera pas pour eux.”

Parcoursup : une "deuxième chance" pour les lycéens handicapés
“Aux associations inquiètes, le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé un accompagnement dédié et un possible recours pour ceux qui ne trouveraient pas de place à l'université.”

Humour : Lucien Marboeuf se lance dans la série Baron orange (scénario de politique-fiction éducative)
“SCENE 1. MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE. BUREAU DU MINISTRE. INTERIEUR / AUBE.
Le ministre est devant la fenêtre. Il regarde le lever de soleil, orangé, à l'horizon. La porte s'ouvre, Daniel, le DIRCAB, entre. Il a l'air à la fois frais et fatigué. Le ministre ne se retourne pas, il fera toute la scène face à la fenêtre, baigné dans la lumière de l'aube.”

Géraldine Duboz

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

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Revue de presse du mardi 15 mai 2018

Mar, 15/05/2018 - 19:05

Le métier d'enseignant est depuis toujours en évolution, qu'il s'agisse d'une évolution constante ou marquée par des ruptures fortes. Évolution de ce que l'école enseigne, de comment elle l'enseigne, du public auquel elle s'adresse, selon quelle organisation, ...
Une revue qui traite du travail des enseignants, d'éducation et d'intelligence artificielle, pour finir dans les coulisses de Parcoursup !

Enseigner hier et aujourd'hui

Que sait-on du travail des enseignants (2) : Comment les profs tiennent...

Formatrice à l'Espe de Lyon et membre du laboratoire Education Culture Politique, Sabine Coste a coordonné une recherche sur les enseignants en fin de carrière avec une problématique centrale : comment les enseignants quinquagénaires font-ils pour tenir ? Car, si la classe d'âge la plus abondante chez les enseignants est les 35 à 45 ans, les plus de 50 ans sont nombreux dans l'enseignement. On compte 40% de plus de 50 ans chez les PLP, 35% chez les agrégés, 30% des certifiés et 25% des professeurs des écoles. A noter que le vieillissement est plus important encore chez nos voisins. Pour étudier ces enseignants, l'étude sur laquelle s'appuie S Coste est composée d'entretiens auprès de 169 professeurs, de l'école au lycée, et de nombreuses observations. Certains enseignants du premier degré ont par exemple rempli un agenda, ils ont évalué leur confort au travail. Il s'agit donc d'une enquête qualitative relativement représentative.
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/05/15052018Article636619637349591765.aspx

Laïcité : des enseignants victimes de la traitrise et de la lâcheté ?

Jean-Michel Zakhartchouk
Charlie Hebdo a publié récemment un hors série « Profs, les sacrifiés de la laïcité » à la tonalité sombre et dramatique, dénonçant une « lâcheté » de l'institution devant la montée des intégrismes religieux (principalement islamique), institution qui abandonnerait les enseignants, victimes numéro 1 de ces trahisons. Dans un entretien au Parisien, le rédacteur en chef du magazine va plus loin encore, déclarant qu'on avait une génération d'ados « foutue ». Rien moins que cela !”
http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2018/05/15/laicite-des-enseignants-victimes-de-la-traitrise-et-de-la-lachete/

Mai 68 : les corps du primaire et du secondaire déstabilisés bien avant

Claude Lelièvre
"Mai 68 n'est pas vraiment compréhensible dans le domaine scolaire si l'on ne saisit pas que le corps des instituteurs ainsi que le corps des professeurs avaient été déstabilisés durant les années précédentes. Ce qui n'est pas le cas actuellement, cinquante ans après."
http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2018/05/14/mai-68-les-corps-du-primaire-et-du-secondaire-destabilises-bie

IA à l'école

Intelligence artificielle et pensée humaine
Alors que l'Éducation Nationale met en "stand by" les sorties chez Apple et Microsoft et que les élèves peuvent entraîner sans le savoir des algorithmes de "machine learning", Margarita Romero, professeure associée à l'université de Laval s'interroge dans "The conversation" sur la place de l'IA dans le paysage éducatif.
Parler encore d'intelligence artificielle ? Au milieu de tout le bruit médiatique sur ce sujet une chercheuse en sciences de l'éducation, Margarida Romero, va répondre à une question rarement posée et jamais analysée de façon aussi profonde à notre connaissance : comment éduquer nos concitoyen·ne·s dans un monde où l"intelligence artificielle" devient omniprésente ? Cet article est co-publié avec le Blog Binaire.

Supérieur

Dans les coulisses de Parcoursup

"Non sans difficulté, nous nous sommes plongés dans les coulisses de Parcoursup et de leurs commissions de classement des candidats pour répondre aux questions qui se posent sur ce système qui secoue le monde universitaire. L'échéance approche puisque mardi 22, les 54 160 candidats du Nord et du Pas-de-Calais recevront les premières réponses à leurs souhaits d'orientation."
http://www.lavoixdunord.fr/node/376483/paywall
La promesse que chaque bachelier pourra accéder à la filière universitaire non sélective de son choix ne pourra probablement pas être tenue.
Bruno Magliulo, Formateur/conférencier/auteur Orientation scolaire et professionnelle
En France, ces dernières semaines ont été celles d'un vif et très sensible débat sur les supposées remises en cause de certains droits fondamentaux, notamment le droit de tout bachelier d'accéder automatiquement à une filière universitaire non sélective, que feraient courir la loi N° 2018-166 du 8 mars 2010 relative à l'orientation et à la réussite des étudiants ("loi ORE") et le décret N° 2018-172 du 9 mars 2018 relatif à la procédure nationale de préinscription pour l'accès aux formations initiales de premier cycle de l'enseignement supérieur (Parcoursup). Ce débat est en grande partie à l'origine des évènements qui ont paralysé, et paralysent encore un certain nombre d'universités.”

Emmanuelle Rimbaud

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

Et aussi, peuvent être utiles par les temps qui courent...

N° 513 - Quelle éducation laïque à la morale ?
Dossier coordonné par Elisabeth Bussienne et Michel Tozzi
mai 2014
Que s'agit-il d'enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l'école.

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« Accompagner, c'est se situer au cœur du processus d'apprentissage de chacun des élèves. »

Mar, 15/05/2018 - 09:39

Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Beaucoup de définitions ou de conceptions affleurent dans notre dossier, le terme d'accompagnement désignant aussi bien des pratiques en classe ou en formation que des dispositifs institutionnels. Avec comme point commun l'importance de l'écoute de la part de l'accompagnant. Et cela vaut aussi pour l'accompagnement des jeunes adultes en formation initiale ou continue. Un dossier pour faire le point sur cette question qui concerne tous les enseignants et formateurs.

Quelle était votre définition de l'accompagnement avant la coordination de ce dossier et qu'est-elle devenue avec ce travail ?

Au départ, on savait que ce mot et ses dérivés (accompagnateurs, accompagnants…) s'utilisaient à propos d'activités aussi nombreuses que variées : le chant et la musique, la cuisine, les soins médicaux, les transports, etc. Avec comme point commun cette idée de mise en relation, d'être avec. Mais on en connaissait moins les spécificités liées à notre métier d'enseignant. Quand la rédaction des Cahiers pédagogiques a manifesté le désir de revisiter ce concept, cette thématique nous a vite emballés.

Suite à la lecture des nombreuses propositions reçues, l'accompagnement nous apparait aujourd'hui comme une sorte de nébuleuse rassemblant de nombreuses pratiques sous sa bannière : le parrainage, le tutorat, le compagnonnage, le coaching, etc. Le titre du dossier, « Accompagner en pratiques », rend bien compte de cette diversité de pratiques dont le dénominateur commun est d'être toutes au service des apprenants, qu'ils soient enfants, adolescents ou adultes, pour permettre à tous d'accéder aux savoirs. Il rend également compte d'un certain paradoxe professionnel, quand des enseignants ou formateurs disent se sentir écartelés entre l'accompagnement au rythme de l'élève ou du stagiaire et le but à atteindre (le programme, le diplôme, la certification), entre l'accompagnement de chacun et le groupe à gérer et à faire avancer. L'article de Maëla Paul – en plus de faire un lien avec le hors-série n° 22 des Cahiers pédagogiques sur la même thématique – permettra aux lecteurs de faire le point sur ce concept d'accompagnement tel qu'il est vu par la recherche.

Peut-on dire que tous les enseignants sont des accompagnateurs en puissance ?

Ou devraient l'être, oui. Parce qu'accompagner, c'est se situer au cœur du processus d'apprentissage de chacun des élèves. Pour y arriver, il faut des enseignants et des formateurs capables de répondre aux besoins des élèves, des stagiaires, des formés novices ou plus expérimentés, avec suffisamment de disponibilité, de compétences et d'empathie. Pratiquement, cet accompagnement peut se faire hors de la classe voire hors du temps scolaire, soit pendant la classe par l'adaptation des consignes aux besoins des élèves ou par la personnalisation des apprentissages. L'article de Sylvain Connac nous en précise les enjeux et modalités pratiques.

Quant à celui de Jean-Pierre Fournier, tout en prudence et réalisme, il nous rappelle que l'accompagnement en tant que démarche personnelle de l'enseignant reste aléatoire parce soumis à la bonne volonté de l'élève et aux capacités du professeur. Quant à l'accompagnement institutionnalisé, il peut vite ressembler à de la charité éducative officielle d'un autre âge.
Pas simple à mettre en œuvre, comme toute démarche éducative d'ailleurs !

Les enseignants sont-ils prêts et surtout formés pour endosser ce rôle ?

C'est évidemment une des questions centrales du dossier. Changer la posture des professionnels pour aller vers l'accompagnement revient effectivement à questionner le métier : accompagner c'est enseigner autrement. L'article de Jean-Pierre Bourreau et Michèle Sanchez précise les renversements nécessaires pour y arriver : de parler à écouter, du face-à-face au côte à côte, d'enseigner aux élèves à apprendre des élèves, etc. Si on veut des enseignants capables d'être au cœur du processus d'apprentissage, il faudrait donc une formation initiale renforcée sur ces aspects. Or les enseignants n'ont pas toujours entendu parler d'accompagnement en formation (initiale ou continue) ce qui – dans le cas des élèves à besoins particuliers – est fort dommageable. Nous ne sommes donc pas certains que c'est vers cela que l'on va… Cependant, plusieurs textes de la troisième partie du dossier (« Et les adultes ») évoquent ces aspects en faisant des propositions intéressantes pour la formation initiale.

À travers toutes ces contributions, avez-vous pu observer des effets positifs de l'accompagnement ?

Au quotidien, il est difficile de mesurer les effets réels de l'accompagnement sur la réussite des élèves. La notion de bienêtre est toutefois présente en filigrane : le bienêtre de l'enseignant dans sa relation à l'élève ou à l'étudiant qu'il a en face de lui, du formateur vis-à-vis du stagiaire, mais également du jeune qui se sent écouté et entendu. Or, on ne peut bien enseigner ni bien apprendre sans bienêtre. En outre, beaucoup d'articles repris dans la deuxième partie du dossier (« Les accompagner tous ») font état de pratiques innovantes et stimulantes, en France mais aussi à l'étranger, à l'école et en entreprise. Cette diversité de pratiques constitue un point fort de ce dossier.

Un des effets de l'accompagnement c'est de (re)mettre de l'humain dans la relation enseignant-élève, formateur-stagiaire. Focalisé sur les savoirs à transmettre, on en oublie (parfois) que l'enseignement est un métier de l'humain et qu'il est fait de relations, d'interactions, et que si on peut apprendre seul, c'est plus facile de le faire avec autrui. L'accompagnement relève d'une forme de bienveillance où l'enseignant s'engage auprès de l'élève.

Est-ce que quelque chose vous a particulièrement surpris lors du travail sur ce dossier ?

Plusieurs éléments nous ont frappés. Au fur et à mesure que nous recevions des propositions de texte, cette notion d'accompagnement ressemblait à une sorte d'auberge espagnole tant la variété des pratiques et des angles d'approche pouvaient être différentes. Il a fallu faire un tri. Quant au contenu des textes, les premières versions évoquaient de manière relativement abstraite et distante des dispositifs et des organisations et non des élèves ou personnes. Nous avons souvent demandé aux auteurs d'injecter du concret et plus de vie dans leur texte. Il y a peut-être une réticence à décrire sa pratique au quotidien.

Nous avons dès lors essayé d'accompagner les auteurs pour qu'ils contextualisent leurs propos en fonction des lecteurs de la revue. Ce fut un travail de longue haleine qui demande un réel investissement en temps. Ce qui est d'ailleurs vrai pour tous les dossiers des Cahiers.

Mais cette temporalité est une des clés pour un accompagnement réussi. Cette coordination du dossier fut donc une sorte de mise en abyme, une application grandeur nature de la thématique.

Le mot de la fin ?

Comme nous le disons en ouverture du dossier, la posture éducative de l'accompagnement est essentielle dans notre métier. S'appuyer en priorité sur les atouts de nos élèves relève de la posture d'accompagnement, davantage que de s'inscrire dans une logique d'observation des manques. Pour faire cela en pratiques, il faut du temps. Du temps pour consolider la relation et construire un parcours d'apprentissage. Un peu comme une plante qui a besoin d'une bonne terre mais aussi de temps pour grandir à son rythme. Et ça tombe bien, à la mi-mai, c'est le bon moment pour semer…

Propos recueillis par Cécile Blanchard

Vidéo de présentation du dossier par Rachel Harent :

« Draw my Cahier pédagogique » , vidéo réalisée par des étudiantes de la formation à l'Agrégation de l'enseignement secondaire supérieur de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique) :

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Revue de presse du lundi 14 mai 2018

Lun, 14/05/2018 - 17:30

Quasi unanimité contre ma pensée unique de "notre" ministre. Quelques infos sur les enseignants, le système, l'orientation et le supérieur.

Contre la Pensée unique

Goigoux : Aucune expérimentation ne valide la méthode du ministre. "Aucune expérimentation n'a validé la méthode promue par le ministère et aucune comparaison internationale n'a conclu à sa supériorité", affirme Roland Goigoux dans une lettre adressée à ses étudiants rendu publique le 9 mai. Le chercheur démonte l'argumentation "scientifique" du guide d'enseignement de lecture et de l'écriture au CP publiée par le ministre. Il montre les dangers de le suivre à la lettre."

Méthodes d'apprentissage, Bernard Colot sur son blog : “Puisqu'on continue à parler de méthodes d'apprentissage, le ministre de l'Education nationale en tête, ce n'est pas de leur efficacité qu'il faudrait discuter mais pourquoi on s'acharne à en trouver et pourquoi les pouvoirs veulent les imposer.”

Enjeux d'une formation moderne : stop à la quête de LA bonne modalité d'apprentissage. Par Jérémie Sicsic. “Les modalités d'apprentissage n'ont eu de cesse d'évoluer au fil des années avec une accélération notable depuis le début des années 2000, notamment aidées par le développement du numérique et la vague de la transformation digitale qui n'a pas épargné la formation. On a ainsi assisté au développement d'une variété croissante de modalités d'apprentissage, aussi diverses que leurs frontières sont parfois ténues.”

Dans la série des Remèdes aux mensonges et autres idées reçues, Lecture : une question de méthode ? Antidote n° 22, par Jacques Crinon. “Puisque la méthode globale n'existe pas, il faut l'inventer... On pourrait résumer à cela les débats récurrents sur les méthodes d'apprentissage de la lecture employées à l'école primaire. Rien n'est exact dans l'affirmation que les « jeunes d'aujourd'hui » ne sauraient plus lire à cause de la « méthode globale ». Sur ce sujet qui a déjà fait couler tant d'encre et de salive, faisons le point de manière plus rigoureuse.”

Enseigner : un acte complexe porteur de grandes occasions par Marc-André Girard et Margarida Romero. “Récemment, nous avons offert deux textes (ici et ici) proposant un changement de mentalité et un changement de posture professionnelle. Clairement, tout comme l'apprentissage, l'enseignement est une tâche complexe, qui ne saurait se réduire à sa plus simple expression !

Enseignants

Ecart salarial entre enseignantes et enseignants : des inégalités de situation. “Malgré le principe de l'égalité professionnelle, il existe un écart moyen de rémunération d'environ 14 % au détriment des enseignantes. Cela s'explique essentiellement par des différences liées à l'âge, aux temps partiels et aux fonctions occupées.”

Sur le site Vousnousils, « Pour faire aimer l'histoire-géo, il faut réussir à susciter la curiosité des élèves ». “Quatre enseignants d'histoire-géographie nous font part de leurs astuces pour faire aimer leur matière aux élèves.”

Système

Le ministère programme la fusion des académies. “Et de trois. Le ministère de l'Education nationale publie le troisième rapport en moins de six mois sur l'organisation territoriale de l'Education nationale. Particularité : cette fois ci il ne s'agit pas de donner des idées générales sur la territorialisation mais d'organiser concrètement le passage de 26 académies métropolitaines à seulement 13 en fixant les étapes. Ce nouveau pas organise l'application des idées du ministre et fixe l'horizon 2021 pour la disparition des académies actuelles. Le rapport de l'IGAENR met au centre de ses préoccupations la fusion de la gestion des personnels avec tout ce que cela comportera pour les enseignants par exemple en ce qui concerne leur affectation.”

Blanquer : Une semaine de consultations syndicales. “Si la semaine du ministre s'ouvre avec une rencontre avec G Darmanin, ministre des comptes publics, elle est rythmée par 5 "consultations syndicales". Au menu de ces consultations la réforme de la voie professionnelle et l'agenda social. Auquel s'ajoutera peut-être la question de la territorialisation.”

Anne Coffinier : « Nous ne nous plaçons pas en rivaux ni en ennemis du service public ». “Anne Coffinier est directrice générale de la Fondation pour l'école, qui soutient et accompagne la création d'établissements scolaires hors contrat.”

Les fausses indignations de l'Éducation nationale. “Prompts à s'élever contre tout et n'importe quoi, les pédagogues et les syndicats n'ont pas bronché après une sortie de classe dans un Apple Store.” Par Sophie Coignard

Projet de loi contre les violences sexuelles : quelle place pour l'éducation ?Le projet de loi du gouvernement contre les violences sexuelles et sexistes pose à nouveaux frais la question du rôle de l'éducation dans les rapports qu'entretiennent les mineurs avec la sexualité.” “Mais qu'est-ce que signifie ce mot, « consentement », pour les jeunes d'aujourd'hui ? Est-ce une notion comprise des adultes seuls et érigée au rang de principe dans le sillage du mouvement MeToo ? A l'époque, il y a quelques mois encore, on parlait de l'urgence d'apprendre aux jeunes filles à dire non, et aux jeunes garçons à respecter le sexe opposé. Rien dans le projet de loi sur l'éducation sexuelle des futurs adultes, pourtant soumis, entre autres turbulences, à un matraquage visuel sans précédent… celui de l'industrie pornographique, peu soucieuse de l'égalité hommes-femmes.”

Orientation

Conséquences du transfert annoncé des compétences des Centres d'information et d'orientation (CIO) aux Régions. M. André Chassaigne interpelle Monsieur le Ministre de l'Education nationale sur les conséquences du transfert annoncé des compétences des Centres d'information et d'orientation (CIO) aux Régions.

Dis papy, à quoi ça sert un inspecteur ? (dis 6) Par Jacques Vauloup. “La note de service n°2018-056 du 23 avril 2018 parue au BOEN n°17 du 26 avril 2018 relative aux modalités d'évaluation du stage et de titularisation des psychologues de l'éducation nationale stagiaires recruté.e.s depuis le 1er septembre 2017, date de la constitution du corps unique…” contient une belle surprise : “le ministère de l'éducation nationale considère l'avis d'un inspecteur compétent désigné par le recteur indispensable pour la titularisation des psychologues du premier degré et totalement inutile pour les psychologues du second degré, puisque, à aucun moment, ni dans le texte principal de la note de service ni dans la grille d'évaluation annexée à cette note, on ne nomme les inspecteurs de l'éducation nationale compétents en orientation. Est-ce un oubli ou un déni ? Si oubli il y a, il sera toujours temps pour le ministère de se reprendre. S'il s'agit au contraire d'un déni, la chose sera plus malaisée.”

Dans la Lettre de l'éducation vous trouverez une série d'articles pour les abonnés :
Insertion professionnelle La FSU analyse le projet de loi sur la formation et l'apprentissage
Orientation Le CESE encourage le recrutement de personnels spécialisés
Orientation Protestations et pétition contre le « démantèlement » de l'Onisep
Enseignement secondaire Le SGEN-CFDT accentue sa critique de la réforme du lycée

Enseignement professionnel : Le diplôme reste un atout. “Alors que le taux d'emploi augmente, le diplôme reste un atout pour l'insertion des jeunes de l'enseignement professionnel, estime la Depp, la division des études du ministère de l'éducation nationale. Dans deux Notes elle fait le point sur l'insertion des lycéens professionnels et celle des apprentis. Cela au risque d'une fausse comparaison.”

Supérieur

« La France est identifiée comme délivrant un enseignement de haute qualité » par Olivier Rollot. “Après des années où le pouvoir d'attraction de la France auprès des étudiants internationaux semblait vaciller Campus France le proclame cette année par la voix de sa directrice générale, Béatrice Khaiat : « France is Back ! ».”

Face aux masters des grandes écoles, les universités dégainent leurs DU. “Avec leurs diplômes universitaires, destinés aux étudiants comme aux professionnels voulant approfondir leur formation initiale, les universités tentent de concurrencer les grandes écoles. A des tarifs moins élevés.”

Bernard Desclaux

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

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Instant Canopé Devoirs faits : au-delà du dispositif, une réflexion sur les temps d'apprentissage des élèves

Lun, 14/05/2018 - 16:20

Un instant CANOPE sur « les devoirs faits » est organisé sur le thème :

Au-delà du dispositif, une réflexion sur les temps d'apprentissage des élèves

Le jeudi 24 mai de 17h à 19h, 13 rue du Four à Paris VIe

Le dispositif « Devoirs faits », mis en place dans bon nombre de collèges à l'automne 2017, doit contribuer à réduire les inégalités à l'école en proposant aux élèves des temps d'accompagnement aux devoirs au sein des établissements.
Le travail personnel complète les apprentissages en classe. Comment dès lors renforcer le lien entre le dispositif « Devoirs faits » et le travail en classe, en amont comme en aval ? Qui sont les multiples acteurs de l'accompagnement aux devoirs ?

Avec Jean-Michel Zakhartchouk, auteur de plusieurs ouvrages pour le réseau CANOPE, rédacteur aux Cahiers pédagogiques et auteur de l'ouvrage qui parait ce mois-ci : « Faire ses devoirs, quel accompagnement ? » (CANOPE avec le concours du CRAP), et Eunice Mangado-Lunetta, directrice des programmes à l'AFEV.

Le livre « Faire ses devoirs, quel accompagnement ? » sera en vente prochainement sur notre site.

Rencontre animée par Claude Pereira-Leconte, coordinatrice Délégation éducation et société, et Régis Guyon, rédacteur en chef de la revue Diversité, Réseau CANOPE.
Participation gratuite dans la limite des places disponibles, inscription possible jusqu'au 23 mai.

Télécharger le flyer :

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Revue de presse du vendredi 11 mai 2018

Ven, 11/05/2018 - 20:30

L'actualité pédagogique de ce vendredi est une nouvelle fois marquée par les sempiternelles (et pénibles) querelles autour des méthodes d'apprentissage de la lecture. Il sera également question d'éducation et de pédagogie et nous terminerons par quelques informations diverses.

Lecture

Le Monde fait le point sur cette querelle dans un entretien intéressant, et non, il n'y a pas UNE méthode validée par la science, contrairement à ce que laisse penser M. Blanquer :« Le 26 avril, Jean-Michel Blanquer a fait une série d'annonces en faveur de la « méthode syllabique ». Auparavant, dans l'attente d'une prise de position du ministre de l'éducation nationale, Le Monde avait convié deux experts à faire le point sur l'état des savoirs et des pratiques en matière d'apprentissage de lecture.
Dans les controverses récurrentes à ce sujet, l'un et l'autre appartiennent à des courants de pensée très différents. Laurent Cros est le délégué général d'Agir pour l'école. Créée en 2010, cette association met en œuvre depuis huit ans un programme sur la lecture dans des écoles en éducation prioritaire. Son action a fait l'objet de plusieurs articles scientifiques dans des revues de psychologie cognitive et d'économie de l'éducation. Roland Goigoux, professeur à l'université de Clermont-Auvergne, spécialiste de l'enseignement de la lecture et de l'écriture, a dirigé l'étude « Lire et écrire au CP », issue de l'observation de 131 classes par soixante chercheurs, dont les résultats ont été publiés à partir de septembre 2015. »

Toujours dans un article réservé aux abonnés, Le Monde revient sur les tenants et aboutissants de cette querelle idiote (et qui au passage inhibe les jeunes enseignants, donc ce n'est pas sans conséquences) : « Une phrase-clé qui claque : « La liberté pédagogique n'a jamais été l'anarchisme pédagogique. » Et une affirmation non moins retentissante : « Entre quelque chose qui ne marche pas – la méthode globale – et quelque chose qui fonctionne – la syllabique –, il ne peut y avoir de “compromis” mixte. » Avec son entretien au Parisien du 26 avril, accompagné de la publication, le même jour, de quatre notes de service sur l'enseignement des « fondamentaux » et d'un guide de 130 pages détaillant ses recommandations pédagogiques sur l'apprentissage de la lecture, Jean-Michel Blanquer était certain de marquer les esprits. D'une double façon : en se mettant la plupart des syndicats d'enseignants à dos et l'opinion publique dans sa poche. »
Pour enfoncer le clou, les Cahiers pédagogiques publient une analyse complète de Roland Goigoux sur les ressources publiées par le ministère : « À la suite de la publication par le ministère de l'Éducation nationale d'un guide « Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP » [1], Roland Goigoux a reçu de nombreuses questions de la part de ses étudiants de M2 en sciences de l'éducation à l'ESPé de Clermont-Auvergne). Il leur a répondu sous la forme d'une lettre. Ce texte a été publié sur plusieurs autres sites, mais nous avons fait le choix de le publier également, comme nous l'a proposé l'auteur, car il nous parait important à faire connaitre. En voici une version raccourcie, dont vous pouvez compléter la lecture par le texte intégral en pdf. »

Education et enseignement

Le Café pédagogique consacre deux articles aux enseignants. Le premier se penche sur notre temps de travail, éternel sujet de conversation des démagogues de tout poil : « Inévitablement c'est ressorti. Et pourtant ils dépassent largement les 35 heures ! Les jours fériés à répétition venant juste après les vacances de printemps ont remis dans l'actualité la question du travail des enseignants. Question dont s'est aussi emparé le Snes qui a ouvert un site spécifique. Mais que sait-on du travail des enseignants ? Comment le comparer à celui d'autres pays ? Quelles singularité dans son organisation ? Comment évolue-t-il ? »
Le second est consacré à une trouvaille de l'OCDE, qui révèle qu'il faudrait aussi se préoccuper du bien être des enseignants pour améliorer le système éducatif (dingue !)
Enfin, concernant le domaine plus large de l'éducation, The Conversation rappelle qu'il serait bien d'avoir d'autres sujets de conversation avec ses enfants que leurs notes à l'école : « Les adolescents français trouvent qu'il n'est pas facile de parler des sujets importants avec leurs parents. C'est un des résultats méconnus – et pourtant récurrent – de l'enquête internationale menée sur les comportements des jeunes vis-à-vis de la santé régulièrement renouvelée depuis près de trente ans, sous l'impulsion de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Dans la continuité du rapport que nous avons remis récemment à la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), « Accompagner les parents dans leur travail éducatif et de soin » (publié à la documentation française), nous analysons ici plus en détail la communication entre les parents et leurs adolescents en France.
Dans la dernière vague de l'enquête, réalisée en 2014, la France était le pays le plus mal classé quant au dialogue entre les adolescents et leurs parents, parmi les 42 pays ou régions du monde étudiés. L'explication pourrait bien tenir à un décalage plus grand qu'ailleurs entre les préoccupations des uns et des autres, avec des parents obnubilés par la performance à l'école. Et des ados, peut-être désireux d'aborder d'autres questions. Une réflexion de circonstance, tandis que la pression monte à l'approche du brevet pour les collégiens et du baccalauréat pour les lycéens. »

Divers

Le Monde publie un entretien portant sur la nécessité d'un regard interdisciplinaire quand on aborde un sujet complexe :« Dans un entretien au « Monde Campus », le fondateur du Centre de recherches interdisciplinaires François Taddei explique en quoi notre société aura de plus en plus besoin d'intelligence collective »
Enfin, le député André Chassaigne interpelle M. Blanquer au sujet du devenir des CIO.
Aurélie Gascon

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

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Le guide ministériel passé au crible des résultats de la recherche

Ven, 11/05/2018 - 09:01

À la suite de la publication par le ministère de l'Éducation nationale d'un guide « Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP » [1], Roland Goigoux a reçu de nombreuses questions de la part de ses étudiants de M2 en sciences de l'éducation à l'ESPé de Clermont-Auvergne). Il leur a répondu sous la forme d'une lettre. Ce texte a été publié sur plusieurs autres sites, mais nous avons fait le choix de le publier également, comme nous l'a proposé l'auteur, car il nous parait important à faire connaitre. En voici une version raccourcie, dont vous pouvez compléter la lecture par le texte intégral en pdf.

Voici quelques éléments de réflexion en réponse aux questions que vous m'avez adressées à la suite de la publication du guide ministériel « Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP ». Ce texte complète la note de service « Construire le parcours d'un lecteur autonome » [2]. Il est d'inégale valeur sur le plan scientifique.

Une partie est consacrée à un rappel des conclusions des conférences de consensus de 2003 [3] et 2016, par exemple sur la nécessité d'un enseignement explicite des correspondances entre lettres et sons, dès le début du CP. Une autre partie, très contestable et non fondée sur le plan scientifique, est dédiée à l'apologie d'une méthode syllabique radicale alors que celle-ci ne devrait rester qu'une modalité parmi d'autres de cet enseignement.

Il comporte de nombreuses contradictions, on devine une pluralité de rédacteurs. Au début, par exemple, certains valorisent la plateforme Anagraph [4] conçue pour aider les maitres à choisir les textes qu'ils donnent à lire à leurs élèves et à s'assurer que ceux-ci sont suffisamment déchiffrables. Un pari sur l'intelligence professionnelle des enseignants. Un peu plus tard, d'autres font un pari sur leur docilité et imposent une méthode qui exige que les mots lus par les élèves soient 100 % déchiffrables, c'est-à-dire exclusivement composés de graphèmes dont la valeur sonore a été préalablement enseignée. Exigence radicale infondée. Si les enseignants suivaient ces instructions, ils n'auraient le droit de faire lire et écrire la date qu'au mois de décembre, après avoir étudié le EN, le EU et le DR de jeudi et vendredi. Loin des réalités du quotidien des classes, les rédacteurs semblent oublier que les élèves de CP sortent de l'école maternelle où ils ont appris à lire et à écrire ces mots.

Comment expliquez-vous ces contradictions ?
La maquette de la page de couverture associe l'idée de « guide » à celle « d'école de la confiance ». Elle illustre le dilemme des rédacteurs qui tentent de concilier deux orientations contradictoires de gestion des ressources humaines : faire confiance aux professeurs et enrichir leurs connaissances grâce à une formation adossée à la recherche ou bien définir des procédures pédagogiques standardisées en s'appuyant sur un « bureau des méthodes » tout en utilisant les scientifiques comme caution. Chacun sait pourtant que les neurosciences étudient les mécanismes cognitifs d'individus isolés, pas les pratiques d'enseignement des professeurs face à une classe et qu'elles n'ont pas vocation à prescrire le travail enseignant. Ce guide, incluant une « leçon-modèle » très détaillée, laisse entrevoir un retour aux pratiques de formation des écoles normales d'instituteurs et d'institutrices dont la fonction était précisément de dire la norme. Le métier de professeur des écoles n'en sort pas grandi et ce n'est pas anodin à un moment où l'on s'interroge sur les évolutions de la formation en dissociant premier et second degré. Qui oserait imposer des leçons-modèles aux professeurs de collèges et de lycées ?

La page de couverture annonce « un guide fondé sur la recherche ». Le Conseil scientifique de l'Éducation nationale a-t-il été consulté ?
Non. Les rédacteurs mentionnent que le guide a été relu par quelques-uns de ses membres sans préciser lesquels. Le conseil n'a pas été saisi, il a même été court-circuité, ce qui laisse planer un doute sérieux sur son utilité présente et future. Notre collègue clermontois Michel Fayol, qui coordonne en son sein le groupe chargé d'étudier les manuels de lecture au CP, a découvert le guide sur internet après sa publication. Cette démarche discrédite les conclusions que le CSEN devait livrer dans quelques semaines.

Le ministre avait assuré que les recommandations seraient fondées « sur les résultats d'expérimentations et à la lumière de la recherche la plus récente ainsi que de la comparaison internationale ». Cette exigence nous réjouissait mais malheureusement elle n'a pas été respectée : aucune expérimentation n'a validé la méthode promue par le ministère et aucune comparaison internationale n'a conclu à sa supériorité.

Quel est le rôle des chercheurs ?
Le guide formule des conclusions abusives et comporte des oublis importants, par exemple sur l'écriture et la compréhension. Ses rédacteurs convertissent imprudemment de simples hypothèses de recherche en recommandations. La planification de l'étude des correspondances graphèmes-phonèmes présentée pages 55 à 61, par exemple, est fondée sur un analyse linguistique rigoureuse mais elle n'a jamais été expérimentée en classe de manière probante. Elle n'est, de surcroit, pas cohérente avec celle proposée par le manuel valorisé dans le guide quelques pages plus loin.
Les chercheurs doivent donc mettre en garde les enseignants, les formateurs et les inspecteurs contre certaines affirmations péremptoires non étayées sur des résultats scientifiques [5], notamment sur la méthode syllabique radicale. Nos collègues des sciences de la santé en feraient autant si leur ministre recommandait un médicament avant d'en avoir testé les effets.

La seule recherche dont dispose le ministère pour justifier son choix est celle de Jérôme Deauvieau, un sociologue membre du conseil scientifique de l'Éducation nationale (CSEN) et proche collègue des auteurs du manuel préconisé [6]. Mais cette étude présente de si graves défauts méthodologiques qu'elle n'a jamais été publiée par une revue scientifique : elle compare par exemple les performances d'élèves en fin de CP sans avoir pris soin de les évaluer au début de l'année. Elle ne permet donc pas d'affirmer la supériorité d'un manuel testé dans cinq classes sur un autre [7].

Faut-il exclure ce manuel ?
Non, bien sûr. Il a toute sa place dans la palette des possibles. Les maitres qui l'utilisent lui trouvent des vertus et ils le complètent avec de nombreuses autres activités.
Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS et membre du CSEN, reconnait que la méthode syllabique radicale n'est qu'une option parmi d'autres également recommandables : « au sein des pratiques compatibles [avec les données scientifiques] le ministère a fait son choix d'en recommander une particulière. C'est son droit le plus strict » [8]. Je partage la première partie de son raisonnement mais pas la seconde. Si d'autres options didactiques que celle préconisée par le guide sont fondées, les disqualifier et imposer une méthode unique est un abus de pouvoir.

Un consensus entre chercheurs existe-t-il ?
Oui. Il porte notamment sur la nécessité d'un enseignement explicite des correspondances graphèmes-phonèmes, d'un entrainement au déchiffrage et à la lecture à haute voix et sur l'importance des activités d'écriture. Mais la méthode syllabique n'a pas le monopole de la concrétisation de ces exigences. Les études étrangères dont nous disposons ne portent pas sur des méthodes aussi radicales que celle promue par le ministère : aucune n'exige que l'écrit soit 100 % déchiffrable ou n'exclut que les élèves tâtonnent face à un mot nouveau. L'argumentaire développé pages 27 à 32 n'est pas fondé et conduirait à des pratiques inadéquates.

« Ne jamais proposer des mots qui ne contiennent pas le graphème de la leçon du jour et de toutes les leçons précédentes » (p. 32) obligerait, par exemple, les enseignants à supprimer de leurs affichages muraux à peu près tout ce qui s'y trouve aujourd'hui. Les interdictions de faire mémoriser des mots entiers, de procéder par analogie et de prendre appui sur le contexte conduiraient les maitres à brider la curiosité et le raisonnement de leurs élèves, c'est-à-dire à faire le contraire de ce que les sciences cognitives recommandent unanimement. Il aurait été si simple d'en rester à une mise en garde des enseignants contre les outrances d'un enseignement pseudo-constructiviste et de leur proposer de meilleurs dosages entre activités.

[...]

Les pratiques des maitres efficaces ont-elles des caractéristiques communes ?
Ils sont déterminés et confiants dans les capacités de leurs élèves. Dans les classes des maitres « efficaces » que nous avons observés, la pédagogie est active, le climat de classe est serein, propice aux apprentissages d'élèves fortement engagés dans les tâches proposées. Les procédures cognitives mobilisées sont explicitées avant, pendant et après leur utilisation. La planification de l'étude du code est réalisée sur un rythme soutenu et les textes soumis aux lectures collectives puis individuelles sont suffisamment déchiffrables (75 % environ des graphèmes ont été préalablement étudiés). L'écriture sous toutes ses formes joue un rôle capital. La lecture à haute voix est fréquente et variée, la fréquentation de la littérature de jeunesse est régulière tout au long de l'année. Dans ces classes, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture est considéré comme une aventure intellectuelle passionnante qui sollicite et stimule l'intelligence et le raisonnement enfantins. Les élèves sont incités en particulier à chercher à comprendre les liens qui unissent l'écrit et l'oral, la lecture et l'écriture. Ils raisonnent sur des faits de langue comme la ponctuation ou les accords en genre et en nombre. Au début du cours préparatoire, les enseignants incitent leurs élèves à faire feu de tout bois pour identifier les mots, à évaluer la qualité de leur déchiffrage en prenant appui sur le contexte et à procéder par analogie pour décoder et pour encoder des mots. L'énoncé que nous avons le plus souvent entendu dans la bouche des élèves de ces classes est : « c'est comme dans… ». Par exemple lorsqu'ils remarquent que lundi, mardi et jeudi se terminent par la même syllabe orale et par les mêmes lettres pour en déduire que D-I fait [di]. Ou qu'ils entendent [Ã] au début du prénom d'Antoine et à la fin de « dans » avant de déduire de la comparaison des mots écrits quelles lettres transcrivent ce phonème. L'analyse et la déduction, guidées étroitement par l'enseignant, n'ont rien à voir avec le « jeu de devinette » auquel le guide associe les approches analytiques qu'il caricature et disqualifie.

Roland Goigoux
Professeur des universités à l'ESPÉ Clermont-Auvergne

Le courrier de Roland Goigoux dans sa version intégrale

A lire également sur notre site :
Lecture : la guerre des méthodes n'aura pas lieu, entretien avec Roland Goigoux
Lecture : et si on s'intéressait aux pratiques réelles ? par Jean-Michel Zakhartchouk
Lecture : une question de méthode ?, antidote n° 22, par Jacques Crinon

[1] En ligne : http://eduscol.education.fr/cid129436/pour-enseigner-la-lecture-et-l-ecriture-au-cp.html

[2] En ligne : http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=128704

[3] Par exemple le schéma de synthèse de la page 39 du guide.

[4] http://anagraph.ens-lyon.fr/app.php

[5] http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/education-prioritaire/ressources/theme-1-perspectives-pedagogiques-et-educatives/lire-ecrire-parler-pour-apprendre-dans-toutes-les-disciplines/roland-goigux-enseigner-lire-ecrire-au-cp?searchterm=goigoux+lecture+CP

[6] Je lis, j'écris de Reichstadt, Terrail et Krick, Éditions des lettres bleues (CP).

[7] Voir cet article du Monde du 31 décembre 2013, « Apprentissage de la lecture : opposer méthode syllabique et méthode globale est archaïque », réservé aux abonnés : http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2013/12/31/apprentissage-de-la-lecture-depassons-l-opposition-archaique-entre-methode-syllabique-et-methode-globale_4341366_3232.html

[8] Frank Ramus sur Facebook, le 27 avril 2018.

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Allons au-delà des controverses stériles et caricaturales : lire est une compétence complexe, apprendre à lire peut passer par bien des chemins, prend bien du temps, jusqu'à faire des élèves des lecteurs capables de comprendre et d'interpréter des textes de tous les genres, pour découvrir le monde comme les plaisirs esthétiques de la littérature.
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L'éloquence est un sésame

Xov, 10/05/2018 - 10:30

L'éloquence, c'est à la fois avoir la tchatche, du brio, apprivoiser les mots, convaincre un auditoire, être attentif aux propos des autres pour répondre par de pertinents ricochets. Rym Benkaaba, enseignante au collège Gabriel Havez de Creil, fait de l'éloquence un vecteur pédagogique pour l'estime de soi. Chirine Naamar, élève de troisième, a démontré de façon magistrale les vertus de la parole domptée. Elle a su si bien jongler avec les mots qu'elle a remporté un concours d'éloquence. Rencontre avec une collégienne et une enseignante pour qui l'oral est plus qu'une compétence, un véritable sésame.

Rym Benkaaba enseigne avec beaucoup de plaisir depuis onze ans dans ce collège situé en REP + (Réseau d'éducation prioritaire). Elle aime mener de multiples projets pour accompagner les élèves vers la réussite, une réussite qu'ils perçoivent parfois lointaine, comme si elle évitait le ciel de leurs quartiers. La participation au concours d'éloquence Fight, organisé par le théâtre la Faïencerie de Creil vient après une longue histoire où l'oral a conquis une place de premier rang. « Suite à de nombreuses remarques de collègues sur la difficulté des élèves à s'exprimer en épreuves orales du DNB (diplôme national du brevet), je me suis interrogée sur l'enseignement de cet oral et sur la façon dont je l'enseignais. J'ai décidé alors de mettre en place le club de la Joute havezienne. »

L'oral est pour elle une compétence transversale, support de multiples apprentissages. Il est souvent négligé au profit de l'écrit, on le pratique dans toutes les disciplines sans trop s'attarder sur son enseignement. A force d'être diffus, il est oublié. Elle s'attache à le développer dans ses cours et dans le club, avec en tête un objectif citoyen pour, dit-elle, « apprendre à développer un esprit critique, à échanger avec ses camarades devenir un citoyen éclairé ».

Le projet fondateur de son approche est la réécriture de la fin du Rhinocéros de Ionesco, avec un dénouement de l'œuvre où Béranger arriverait à convaincre les autres personnages à ne pas se transformer en rhinocéros, à, donc, ne pas adhérer à des idées dangereuses. L'an passé, la classe de Chirine a interprété le procès de Thérèse Raquin. Un autre projet, axé sur la philosophie, a permis de réfléchir sur la condition des femmes. « Les projets en général permettent aux élèves souvent stigmatisés d'avoir plus d'assurance. Ils permettent une ouverture culturelle et une valorisation, de leur donner une autre image d'eux-mêmes, de leur redonner confiance. Car, ils ont tendance à véhiculer une image de ce qu'ils ne sont pas. » Elle perçoit son rôle comme celui d'un guide, qui est là pour faire en sorte que les collégiens donnent le meilleur d'eux-mêmes.

Bienvenue au club

Le concours d'éloquence est une opportunité de travailler les compétences à l'oral avec un enjeu supplémentaire, celui de se confronter à d'autres, extérieurs au monde quotidien du collège. Des participants âgés de 15 à 45 ans, résidant sur le territoire du sud de l'Oise, se sont préparés pour des joutes verbales qui se sont déroulées en mars sur les thèmes des droits de l'Homme et de la liberté d'expression. Une préparation était proposée avec des « coachs » pour accompagner à la fois sur la réflexion, l'argumentation, la persuasion et sur les techniques vocales, gestuelles ainsi que la gestion du stress. Un premier concours a été organisé pour sélectionner les quatre finalistes, dont Chirine faisait partie.

La collégienne n'a pas pu suivre la formation destinée aux participants mais organisée pendant les heures de cours d'une classe à laquelle elle n'appartient pas. Elle s'est préparée au sein du club de la Joute Havezienne. « Le concours était une finalité. Je me suis préparée tout au long de l'année avec deux élèves du club et notre enseignante. » Au programme, des rituels à chaque séance pour se sentir à l'aise, des exercices de diction et l'écriture d'argumentaires.

Le club s'installe au CDI, un lieu idéal pour porter la voix. Des post-it sont déposés sur un tableau avec des questions à traiter de façon courte. « Il s'agit de cibler un argument comme un échantillon de parfum pour donner une idée de ce que pourrait être l'argumentaire, le mettre en voix, donner de l'expressivité au discours », précise l'enseignante. Les prestations sont filmées et commentées, auto-évaluées entre pairs. Des critères d'évaluation sont élaborés. Les difficultés rencontrées sont exprimées pour trouver ensemble des clés. Tout au long de l'année, une « mallette pour bien m'exprimer » se construit pour développer de façon étayée un art de convaincre, de persuader. Et le vocabulaire s'enrichit, l'amour des mots, l'appétence pour eux se développe.

Au club

Chirine est une fidèle assidue du club. « C'est le club qui m'a permis de gagner et à tous les autres de progresser. Il nous a donné l'amour des mots. Il m'a appris à structurer mes pensées, à avoir du vocabulaire, à être à l'écoute de mes camarades, à parler au public avec de la gestuelle. » À 15 ans, elle était la plus jeune des finalistes face à un adulte et à des lycéens. Elle était impressionnée au départ par les autres candidats, « beaucoup plus grands que moi », et puis ils ont fait connaissance et le plaisir commun des mots a estompé la distance. Sa préparation lui a donné confiance en elle. L'an passé, elle s'était rendu compte de ses capacités pour parler en public, en interprétant le procès de Thérèse Raquin. Dans sa famille, la parole et l'échange ont une part importante. Elle s'est sentie soutenue par elle et a lu dans leurs sourires la fierté de sa réussite.

Thèmes et termes imposés

La première étape du concours a été la présélection sur le thème imposé « Toute dénonciation est-elle condamnable ? ». Sa prestation a été éblouissante. Les organisateurs étaient dans un premier temps sceptiques sur les capacités de collégiens à s'imposer face à des concurrents plus âgés, et donc avec une maturité plus affirmée. Cette première prestation les a sans doute rassurés. Puis vint la préparation à la finale avec, quatre jours avant, le tirage au sort du thème lié à la liberté d'expression et de dix mots imposés. Parmi les termes qui lui sont attribués, « griotte », « voix », « susurrer », « volubile », devront être utilisés pour composer son exposé répondant par l'affirmative à la question : « Peut-on envisager les mêmes droits dans tous les pays ? ». La question porte sur un de ses thèmes de prédilection, sur lequel elle avait déjà réfléchi.

Son enseignante la regarde préparer sa prestation avec bonheur. « Elle a été inspirée par les mots. J'ai ressenti beaucoup d'émotion en la voyant les prononcer, en rechercher le sens, trouver du plaisir à le faire. » « Je voulais faire passer un message sur les droits et la liberté d'expression », explique la collégienne.

Éblouissante

Lorsqu'on regarde sa prestation, on est saisi par son aisance sur scène, l'interprétation vive et sensible du discours qu'elle a construit. Elle interpelle le public, l'entraîne dans le sillage de sa parole, transforme en évidence affirmée les interrogations d'un thème à priori ardu. Sa voix se fait douce et enjouée pour mieux communiquer la gravité des propos et les mots imposés se faufilent naturellement dans le discours. L'humour est convoqué comme une respiration entre des références à la confrontation entre le principe d'universalité des droits de l'homme et le sort que lui réserve la réalité. La collégienne puise dans l'actualité pour étayer son propos, qu'elle installe par une allégorie gourmande, cite Malcom X, prend pour exemples les enfants soldats, l'esclavage des migrants en Libye ou encore les inégalités imposées aux femmes. Les gestes sont sûrs et aériens, les déplacements vers l'auditoire semblent naturels, poussés par l'élan du propos.

Le jury a été conquis. Il était composé notamment de deux avocats, du directeur de la Faïencerie-Théâtre, d'une comédienne, d'un représentant de l'organisation Eloquencia(partenaire de l'opération) et d'un ancien sous-préfet.

Rym Benkaaba n'est en rien surprise par la qualité de la prestation de Chirine. « Il y avait une impression de théâtralité mais c'est sa personnalité qui transparaissait. C'est sa personnalité qui l'a faite gagner, elle était elle-même. » La lauréate est encore enchantée de l'expérience, elle qui se destine au métier d'avocate. Son éloquence saluée et récompensée est un bel atout pour l'avenir qu'elle se dessine. Son enseignante, elle, y voit un encouragement pour poursuivre son plaidoyer pour l'oralité et les projets qui en découlent. Elle aimerait l'an prochain travailler avec ses élèves autour de mots oubliés, pour leur redonner vie. Fin mars, sur la scène de la Faïencerie, un talent a été salué mais pas uniquement : les applaudissements venaient aussi pour ces belles initiatives qui font de la langue française un réel bien commun.

Monique Royer

La page du Club « La joute havezienne » avec la prestation de Chirine Naamar

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La parole des élèves
Le sommaire et les articles en ligne
Un dossier sur la parole de l'élève à l'école : pour se construire une identité personnelle et collective ; pour penser, argumenter, apprendre, dans les disciplines, la vie de classe et d'établissement ; et pour l'intervention dans l'espace public et la représentation démocratique (délégués, conseil d'élèves, coopératif, CVC, CVL).

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Revue de presse du mercredi 9 mai 2018

Mér, 09/05/2018 - 13:59

Les inégalités font la une de l'actualité éducative. Comme toujours des nouvelles des réformes. On termine par quelques infos diverses.

Inégalités

Il s'agit d'abord d'égalité entre les hommes et les femmes. La secrétaire d'État Marlène Schiappa annonce la création de référents égalité dans les établissements scolaire. On peut craindre un énième effet d'annonce. En effet, à chaque problème de société on crée des référents dans les écoles, mais sans leur donner de moyens...

Il existe aussi les inégalité sociales. C'est pourquoi les familles modestes ont beaucoup à perdre à Lyon car le retour de la semaine de quatre jours s'accompagne d'activités périscolaires payantes.
« A la prochaine rentrée, les parents qui souhaitent que leur enfant participe aux activités périscolaires devront s'acquitter d'une somme calculée selon le quotient familial. »

Les inégalités c'est aussi 3 millions d'enfants qui ne partent pas en vacances. « Anne Carayon est directrice générale de l'organisme la Jeunesse au Plein Air. Elle réagit alors que le gouvernement va changer le statut des colonies de vacances, considéré comme des opérateurs de tourisme à partir du 1er juillet. Une décision qui pourrait mettre en danger les colonies et camps de vacances. »
Les jolies colonies de vacances sont-elles en danger ?
« A compter de ce 1er juillet, la loi considèrera les accueils collectifs de mineurs à but non lucratif comme des opérateurs de tourisme. Une décision qui pourrait mettre en danger les colonies et camps de vacances Les jolies colonies de vacances sont-elles en danger ? »

Les inégalités se poursuivent dans l'enseignement supérieur dans lequel les jeunes issus des milieux populaires restent sous-représentés
« Les universités sont « tout autant sélectives » socialement que les grandes écoles, selon une étude. La promotion sociale dans l'enseignement supérieur existe « grâce aux filières techniques et professionnelles ». Qui trouve-t-on parmi les jeunes qui viennent grossir les rangs de l'enseignement supérieur ? Près d'un tiers sont enfants de cadres supérieurs, alors que 11 % seulement ont des parents ouvriers, selon une étude que vient de publier l'Observatoire des inégalités à partir de plusieurs sources statistiques du ministère de l'Education nationale. »

Plus généralement, on apprend dans le Café pédagogique que la croissance ne profite pas à tous les Français.

News des réformes

Tout d'abord le lycée car sa réforme annonce une réforme des programmes.
Le CSP dessine les programmes et les horaires du lycée
« Dans une "Note d'analyses et de propositions" le Conseil supérieur des programmes (CSP) présente à la fois une analyse critique des programmes actuels et leur recadrage dans le futur nouveau lycée. Quelle est la portée de ce texte ? Il s'agit de "notes d'analyses et de propositions". Pourtant c'est plus souvent au futur qu'au conditionnel que le texte est écrit. Ainsi il donne des indications précises sur les enseignants qui pourront exercer dans tel ou tel enseignement de spécialité ou option et en fixe même la répartition horaire. Il annonce des révisions de programmes conséquentes ainsi que des changements dans les épreuves du bac. L'objectif annoncé est "l'élévation réelle du niveau des acquis de l'ensemble des élèves" et "approfondir les savoirs". Pourtant le CSP n'hésite pas à prôner l'allègement des programmes dans plusieurs disciplines dans un curieux mélange entre traditionalisme et une certaine ouverture. On notera également la profonde réorganisation imposée à l'enseignement technologique pour la seule raison de le plier au modèle de l'enseignement général. »
Lire l'original ici : Note d'analyses et de propositions sur les programmes du lycée et sur les épreuves du baccalauréat

Claude Lelièvre revient à cette occasion sur la création des lycées.
L'intuition bonapartiste fondatrice du lycée et de ses humanités
« Le 2 mai dernier, le Conseil supérieur des programmes (saisi de la question de la réforme des programmes au lycée) a reçu un projet de ''Note'' des mains de Souad Ayada., sa nouvelle présidente, en vue de cadrer ce travail à venir Et cela, selon des références très significatives si l'on en juge par la citation de Péguy mise en exergue et son introduction. »

La fondation Ifrap a encore frappé ! Apprentissage : « il fallait fondre les lycées pros dans la filière apprentissage »
“Le « Macronomètre », l'outil d'évaluation de l'iFRAP, attribue à la réforme de l'apprentissage une note de 4/10. Chaque semaine, le think-tank libéral publie sur Le Figaro.fr une évaluation d'une des mesures du président de la République.”

« Parcoursup, s'il est réaménagé, est un progrès »
“Il existe un réel malaise dans les universités qui n'arrivent pas à sélectionner leurs étudiants, analyse le sociologue François Vatin dans une tribune au « Monde ». Il faut faire revenir vers ces établissements les populations qui les ont délaissés.”

Partout en France on se mobilise contre la fermeture des CIO, comme à Ambérieu-en-Bugey. Disparition « imminente » du Centre d'orientation et d'information (CIO)
« À l'instar des 390 CIO de France menacés de fermeture par un projet de loi, l'accueil, situé à l'arrière du lycée solaire, va probablement vivre ses dernières semaines. Ce ne sera pas sans conséquence prévienne les psychologues. »

Divers

Les jeunes d'aujourd'hui perdent leur virginité plus tard que leurs parents
« S'ils ont grandi dans une société plus sexualisée, ils n'en sont pas forcément plus libres. »

Scolarité obligatoire à trois ans : des communes s'inquiètent de devoir financer davantage les écoles privées
« De nombreuses mairies, dont celle de Blois ((Loir-et-Cher) s'inquiètent des conséquences financières pour les collectivités locales, après la décision d'Emmanuel Macron de rendre l'instruction obligatoire dès 3 ans à la rentrée 2019. »

Colmar : Un lycéen risque d'être viré pour avoir critiqué l'Education nationale via Twitter
« L'élève d'un lycée de Colmar est sous le coup d'une expulsion à cause de trois tweets critiques qu'il a envoyés… »

Laurence De Cock démonte le roman national
« Dans un essai éclairant, l'historienne revient sur les vifs débats qui entourent l'enseignement de l'histoire de France, en particulier depuis 1945. »
Pour les abonnés malheureusement.

Grande-Bretagne : des profs bien payés
« Imaginez un professeur de collège qui gagnerait 6 000 euros dans le public... En Grande-Bretagne, c'est possible. Les enseignants, comme les policiers peuvent être payés au mérite. » Si quelqu'un pouvait envoyer l'article au ministre...

Géraldine Duboz

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

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Changer de posture pour apprendre

Mér, 09/05/2018 - 13:18

Pour sa troisième édition, le CLIC (congrès dédié aux classes inversées), organisé par Inversons la classe !, revient et s'ouvre également aux pédagogies actives avec pour thème :

Changer de posture pour apprendre

Du 29 juin au 1er juillet à l'université Paris Descartes, 12 rue de l'école de médecine, Paris 6e

Vous pouvez vous inscrire dès maintenant et, le programme étant collaboratif, n'hésitez pas à faire une proposition de contribution jusqu'au 14 mai. Le Congrès est ouvert à tous : praticiens chevronnés ou débutants, curieux..

Le CLIC 2018 est organisé par Inversons la Classe !, association loi 1901 à but non lucratif, avec le soutien du ministère de l'Éducation nationale, et en partenariat avec l'Université Paris Descartes, Le Café pédagogique (partenaire historique du CLIC depuis 2015), Les Cahiers pédagogiques, Le Cercle FSER, GYNGER, Educavox le média de l'An@é, La ligue de l'enseignement, Vous Nous Ils. D'autres partenaires ont vocation à nous rejoindre.

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Mai 68 et l'enseignement : quels changements ?

Mér, 09/05/2018 - 09:17

Mai 68, mouvement estudiantin autant que social, est parti des universités. De quoi était-il le signe ou le révélateur ? Et qu'a-t-il causé ou accéléré comme changements dans l'école et dans la pédagogie ?

Cinquante ans après, le plus important mouvement social français de la fin du XXe siècle conserve une part d'énigme. Tout d'abord, ses origines restent en débat. Certes, il s'agit d'une vague qui secoue alors les pays occidentaux et même communistes. Néanmoins, la crise française reste originale, notamment par son intensité et son déroulement en trois phases : universitaire, sociale, politique. Pour la première fois dans l'histoire du pays, un vaste conflit social prend naissance dans le monde éducatif. Mais si le mouvement étudiant est bien le détonateur de la grève générale, le monde ouvrier n'a pas été à la traîne. La crise de mai voit ainsi l'interaction et la coïncidence entre plusieurs crises particulières, ce qui ne facilite pas une analyse globale.

Ensuite, la portée de l'évènement paraît encore incertaine. Est-il pertinent d'accentuer la singularité de Mai 68 et de l'établir comme origine de la post-modernité ? Certes, lorsqu'ils arpentaient les pavés (sous lesquels se trouvait la plage), les manifestants scandaient : « Ce n'est qu'un début… ». Mais l'analyse historique tend plutôt à replacer l'évènement dans la séquence des années 1950-1960. Autre question : de quels effets est-il légitime de créditer ce qui est devenu une référence contradictoire de la mémoire collective ? Là encore, l'analyse historique permet de cerner des conséquences à court et à moyen terme, notamment en ce qui concerne les relations des jeunes avec l'institution scolaire.

Un révélateur du décalage entre modernisation et tradition dans les écoles

A la veille de Mai 68, ce n'est pas seulement « la France (qui) s'ennuie » [1], ce sont aussi les élèves dans leur classe. Ce n'est pas tant que le monde scolaire soit immobile. Bien au contraire, un modèle éducatif se substitue à un autre au cours des années 1960. « L'École de Jules Ferry » est bien morte avant même l'explosion de Mai. Mais cette mue du système, faute d'une mise à plat des pédagogies, s'accompagne d'un malaise croissant chez les élèves et les étudiants.

Les chiffres de l'explosion scolaire des années 1960 sont impressionnants. Entre 1958 et 1968, le nombre d'étudiants a triplé ; il avoisine les 500 000 en 1968. Les effectifs du second cycle du second degré ont été multipliés par environ 2,5. Cette croissance est la conséquence de la réforme Berthoin de 1959. Celle-ci prévoyait à l'horizon 1967 le passage à la scolarité obligatoire à 16 ans. L'annonce a provoqué une anticipation des familles. Dès 1967, plus de 60 % des jeunes Français poursuivent leurs études au-delà de 16 ans.

Or, cette croissance révèle l'inadaptation des structures et des méthodes pédagogiques. L'explosion universitaire a fait pousser des colonies étudiantes massives et anonymes (notamment à Nanterre, foyer de départ de la crise). À cet égard, le problème de l'exiguïté des locaux s'avère central. Dans le secondaire, la croissance s'est déversée dans des établissements préexistants. « On imposa d'occuper à fond toutes les classes, tous les jours et à toute heure en entassant les élèves comme harengs en caque » [2]. Or, cet encombrement freine directement la modernisation pédagogique. Même des lycées pilotes comme celui de Sèvres sont progressivement contraints de renoncer aux méthodes actives et à l'autodiscipline, lorsque les effectifs par classe sont portés de 25 à 35. D'autres transforment les foyers culturels des élèves en salles de classe.

Pourtant, cette pression sur les locaux impose une nouveauté : la mixité. Présente dans les annexes des lycées et les nouveaux collèges, la coéducation des sexes est introduite davantage par nécessité que sous l'effet d'une réelle réflexion. Cette entrée des filles conduit cependant à renforcer l'identité du groupe des jeunes.

Une école productrice d'ennui et d'anxiété chez les jeunes

La croissance scolaire a également provoqué un renouvellement des publics. Les étudiants et les lycéens des années 1960 sont le plus souvent issus des classes moyennes et populaires. Vu leur nombre et la complexification des filières, la hantise du diplôme et le souci des débouchés deviennent plus prégnants qu'autrefois. D'où la crainte du déclassement social et l'anxiété de ne pouvoir obtenir la promotion sociale que le diplôme était censé assurer.

Le malaise est surtout sensible dans les facultés de Sciences humaines. Dans ces filières vouées par définition à l'analyse sociale, se diffusent les critiques contre la culture « bourgeoise » et contre les professeurs « chiens de garde du capitalisme ». Il faut bien sûr relativiser en observant que le marxisme est loin d'être dominant dans les universités. Mais l'incertitude générale rend les jeunes plus réceptifs.

Face à ces inquiétudes, les réformes gaullistes s'avèrent insuffisantes ou maladroites. La réforme Fouchet sur les universités de 1966 ne fait qu'ajouter au trouble, en suscitant des problèmes d'équivalence entre ancien et nouveau régime des études. Elle rigidifie le système en accentuant la spécialisation des filières, ce qui désavantage les facultés généralistes qui ont accueilli les plus gros effectifs. Le pouvoir gaullien laisse également planer le doute sur une orientation imposée après le bac.

Plus grave, l'État enseignant a manqué une occasion historique au cours des années 1960. Le renouvellement des corps professoraux n'a pas débouché sur une réforme de la formation, du fait des pressions des corporatismes disciplinaires. Aux jeunes enseignants n'est donc proposé que la reproduction des pratiques pédagogiques de leurs aînés.

Ces déséquilibres ne sont pas ignorés par les spécialistes du monde éducatif. Les colloques de l'AEERS (Association pour l'étude et l'expansion de la recherche scientifique) à Caen en 1966 et à Amiens en mars 1968 soulignent justement l'urgence de rénover les méthodes d'enseignement. Mais le mode dominant continue à être le cours magistral. En somme, il n'est guère étonnant que l'ennui quotidien ait conduit à vouloir « vivre sans temps mort et à jouir sans entraves ».

Un catalyseur des revendications d'autonomie et de liberté

En 1968, les conditions paraissent réunies pour un conflit de générations. Signe des temps, Pierre Grappin, doyen de Nanterre et ancien résistant, est taxé de « nazi ». Le vocabulaire des pères est retourné contre eux. Mais, au-delà de la violence verbale, les manifestations expriment l'exigence d'autonomie de la part des jeunes.

Le mouvement étudiant et lycéen est ainsi précédé de nombreuses alertes. Celles-ci se focalisent sur deux domaines : la liberté sexuelle et la liberté d'expression. Les premiers troubles éclatent à partir de 1966 à propos des visites des garçons dans les résidences universitaires des filles. Le moralisme des autorités apparaît alors plus pudibond que les souhaits des familles. Dans le second degré, la critique des « lycées casernes » est à l'origine des premiers Comités d'action lycéens en janvier 1968. Les revendications sont concrètes : essentiellement la liberté d'expression. Mais ces demandes ont du mal à être relayées par les voies habituelles, du fait de la crise que traversent alors les syndicats étudiants.

Cela laisse le champ libre à des petits groupes d'étudiants radicaux. La protestation contre la guerre au Vietnam contribue d'ailleurs à une flambée de mobilisation en dehors des structures traditionnelles. On va appeler ces groupes les « enragés ». Leur composition est loin d'être homogène : on y trouve des marxistes-léninistes, des maoïstes et des trotskystes. Ils se font remarquer en utilisant la dérision et l'irrespect pour critiquer les atteintes à la liberté. Les vieilles structures scolaires sont une cible toute trouvée. A partir du 22 mars 1968, les « enragés » enclenchent le cycle provocation-répression-solidarité-mobilisation. C'est bientôt l'extension du domaine de la lutte lorsque la Sorbonne est occupée, puis fermée par le ministre Peyrefitte. Le Quartier latin s'embrase le 10 mai.

Un accélérateur des réformes

Le séisme de Mai 68 n'a pas permis à la dynamique étudiante d'accéder au pouvoir ; mais il donne raison aux réformateurs. Plutôt libéral, le nouveau ministre Edgar Faure était convaincu de la nécessité d'accéder à certaines aspirations en termes d'autonomie et de participation.

Le premier acte est la liquidation des symboles de distinction des filières élitistes. On peut citer le report du latin en 4e, la fin des compositions trimestrielles et des classements ou encore l'extension de la mixité. A ces mesures s'ajoutèrent spontanément les abandons dans les établissements de certaines interdictions symboliques (fumer, porter des pantalons et se maquiller pour les filles).

Le deuxième volet consiste dans la relance de la rénovation pédagogique sous l'impulsion du directeur de la pédagogie au ministère : Henri Gauthier. La généralisation du tiers-temps pédagogique (arrêté du 7 août 1969) et la tentative d'introduction de la notation par lettres (circulaire du 6 janvier 1969) constituent des effets de Mai 68. Néanmoins, il s'agit davantage d'une extension d'expériences antérieures que d'une véritable naissance.

Enfin, le troisième volet concerne la participation des acteurs, y compris les jeunes, au fonctionnement de leur établissement. Le décret du 8 novembre 1968 reconnaît ainsi l'existence des délégués de classe et les foyers socio-éducatifs dans le second degré. De même, la loi Faure d'octobre 1968 entérine la représentation des étudiants et des différents corps enseignants dans les conseils universitaires. La loi remodèle également le système universitaire en regroupant les anciennes facultés dans des unités d'enseignement et de recherche (UER). Néanmoins, c'est davantage un desserrement du centralisme napoléonien qu'une véritable autonomie des universités. De plus, le contenu de l'enseignement est à peine remis en cause par la généralisation du contrôle continu.

Après cet épisode conciliateur intervient un choc en retour sous la présidence de Georges Pompidou. Le président est persuadé du risque encouru lors de la « crise de civilisation » de 68, qu'il explique par « une sorte de désespérance de la jeunesse », provoquée par un excès de liberté [3]. Tout nouveau bouleversement de l'école apparaît alors subversif. Dès lors, les ministres Guichard puis Fontanet adoptent une attitude plutôt immobiliste. Mai 68 a ainsi politisé les choix pédagogiques et conditionné les réformes à l'alternance politique.

Au final, dans le domaine scolaire, la crise de Mai n'est pas un début. Ce n'est pas non plus un aboutissement, car les réformes éducatives et les évolutions culturelles se poursuivent durant cette période que Pascal Ory a baptisé « L'entre-deux-mai » (1968-1981). Mai 68 a agi à partir de tendances de fond et d'évènements contingents, comme un révélateur et un catalyseur, étalant dans un extraordinaire happening les problèmes d'une jeunesse en pleine mutation.

Youenn Michel
Maître de conférences en Histoire moderne et contemporaine à l'Université de Caen Basse-Normandie

Bibliographie :
Louis Chauvel, Le destin des générations, structure sociale et cohortes en France au XXe siècle, PUF, coll. Le lien social, 2002.
Antoine Prost, Éducation, société et politiques, une histoire de l'enseignement en France de 1945 à nos jours, Le Seuil, coll. Point, 1ère édition 1992, réédition 1997.

[1] Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 15 mars 1968.

[2] Florence Berthaut, censeure du lycée Hélène-Boucher de Paris, J'en connais les détours, Debresse, 1970, p. 209.

[3] Georges Pompidou, Le nœud gordien, Plon, 1974, p. 176. L'ouvrage a été rédigé en 1969.

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Mai 68 et l'école, vus par les Cahiers pédagogiques
Ça ne se veut ni un coup marketing sur le marché de l'édition pédagogique, ni une autocélébration plus ou moins nostalgique du glorieux passé des Cahiers, mais un butinage roboratif dans les archives de notre chère revue : un numéro hors série au format PDF disponible en téléchargement, à l'occasion du 40e anniversaire de Mai.

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Revue de presse du mardi 8 mai 2018

Mar, 08/05/2018 - 17:00

Prendre ou non la parole. Du côté de parcoursup ça coince toujours. Quelques nouvelles du numérique et des conflits de calendriers.

Paroles

Au nom de quoi être critique sur les directives ministérielles ? par Jean-Michel Zakhartchouk. “Seulement, si on veut (et on doit !) apporter un point de vue critique, il me semble qu'il faut choisir entre plusieurs angles d'attaque vis-à-vis de ces mesures et ces déclarations, et si possible choisir le bon ! En tout cas, on ne peut pas utiliser des arguments qui se contredisent, ou qui contredisent des options qu'on défend par ailleurs. Je voudrais développer ici quelques arguments qui me semblent fallacieux, en donnant au passage ma position.”

Stéphane Crochet : « Le ministre a voulu ressusciter une polémique autour d'un supposé laisser-aller ». Professeur des écoles, Stéphane Crochet est secrétaire général du SE-UNSA depuis mars 2017

Stages de troisième : « Il faut leur dire qu'ils valent quelque chose, qu'ils sont quelqu'un » par Maïté Darnault, correspondante à Lyon. “A Vénissieux, près de Lyon, un collectif met en relation des élèves en manque de réseau avec des professionnels de la région pour le traditionnel stage de fin de collège. Une initiative pour faire tomber les « frontières invisibles » de la banlieue.”

Sexisme à l'école, silence dans les rangs par Emmanuel Polanco/Colagene. “Le sexisme prend souvent racine dès la maternelle et le primaire, avant d'être poussé à l'extrême au collège et au lycée.
Partout, dans les établissements scolaires, les filles sont victimes de violences sexistes. Dans un mutisme assourdissant
.”

Supérieur

Orientation : dans les coulisses de la machine Parcoursup par Christel Brigaudeau. “Facs et écoles classent en ce moment les dossiers des futurs bacheliers. Qui décide qui sera pris ? Comment gère-t-on la pénurie de places ? Notre enquête met en évidence des stratégies très différentes d'un campus à l'autre.”

Parcoursup : comment s'opère le tri des dossiers des candidats en fac de droit. “Classement automatique ou étude individuelle des dossiers de candidature des lycéens, chaque université a sa méthode.”

Ce qu'il y a d'odieux dans ParcourSup, c'est évidemment le mensonge marketing… Par Johanna Siméant-Germanos (ENS, département de sciences sociales). Texte lu à l'occasion d'un « colloque intempestif » à l'ENS le 2 mai 2018.

Dans l'académie de Dijon, les filières BTS collectent le plus de voeux sur Parcoursup

Education : les étudiants de Tolbiac obligés de passer leurs examens à Rungis

Enseignement supérieur Jacques des Courtils dans La Croix. “Professeur d'université depuis des décennies, je souhaite exprimer ma colère contre les contre-vérités qu'on nous assène depuis quelques années sur le baccalauréat et sur l'entrée à l'université. Faire croire que les 60 % d'étudiants qui échouent et/ou abandonnent l'université en 1re année se sont « trompés d'orientation » est un mensonge cynique ! Pourquoi se tromperaient-ils plus aujourd'hui qu'il y a vingt ans ?
La vérité est beaucoup plus sombre : elle est que le niveau désastreux du baccalauréat ne leur permet plus de suivre des cours à l'université
.”

Numérique

Les sorties scolaires organisées dans les magasins Apple proscrites par l'Education nationale. Par Alexandra Saviana. Un long rappel de l'historique de cette histoire.

Fin des sorties de classe Apple Store en France

On a coupé les enfants de la nature. “Ecrans, emploi du temps surchargé, peur de l'insécurité… tout retient la nouvelle génération à l'intérieur. Un constat inquiétant, tant jouer dans la nature est essentiel au développement humain.”

Affaires de calendriers

Les parents d'élèves du lycée de Pondichéry refusent d'adopter le calendrier du bac français. "L'an prochain, les élèves de ce lycée français du sud de l'Inde passeront le bac aux mêmes dates qu'en France. Mais des parents ne l'entendent pas de cette oreille. En cause : la canicule qui sévit en juin."

Le 8 Mai, un jour de classe comme un autre dans les écoles privées. “C'est un jour férié et pourtant des milliers d'élèves auront classe ce mardi. La faute à un calendrier très compliqué que des établissements privés ont décidé d'aménager.”

Bernard Desclaux

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

Categorías: Educación, Universidade

Revue de presse du lundi 7 mai 2018

Lun, 07/05/2018 - 19:45

Accès à l'emploi
Accès à l'emploi : une jeunesse de plus en plus fractionnée
« Les conditions d'accès à l'emploi des jeunes se sont globalement dégradées au cours des deux dernières décennies. Si les différentes formes de précarité ont augmenté pour tous, y compris parmi les bac + 5, c'est la situation des sans-diplôme qui s'est le plus sensiblement aggravée » selon une étude du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq).
« Le risque de connaître des parcours marqués par de l'emploi sporadique, entre situations de chômage et inactivité... concernait 25% des jeunes sortis sans diplôme en 1998 et 12% des titulaires d'un CAP ou d'un BEP. Dans la génération 2010, ces proportions sont passées respectivement à 42% et 25%. »

Formation professionnelle : La FSU dénonce la philosophie du projet de loi
« “Dans une longue analyse publiée le 4 mai, la FSU fait le point sur le projet de loi "pour la liberté de choisir son avenir professionnel" qui arrive en discussion à l'Assemblée nationale. "La formation professionnelle ne doit pas se décliner uniquement pour les projets professionnels mais préserver aussi la possibilité de formations pour développer des projets personnels", estime la Fsu. "Or dans le projet de loi, l'article 4 ne définit plus la formation professionnelle comme « continue ». L'apprentissage y est dorénavant introduit dans le champ des actions de formation et non plus définie comme une formation initiale. Cela ouvre la voie à une nouvelle définition possible de la formation initiale qui aurait les mêmes objectifs que la formation professionnelle continue. Or, il y a une différence essentielle entre les responsabilités des employeurs vis-à-vis des salarié.es et celle du système de formation initiale vis-à-vis des jeunes. Les objectifs de la formation professionnelle sont redéfinis et axés essentiellement sur le développement des compétences : l'objectif étant uniquement l'employabilité ou la ré-employabilité immédiate".” »

Sélection
Mediapart dénonce :
Universités, recherche et grand capital mondialisé
“Que deviendront les universités, les organismes de recherche, l'enseignement supérieur et la recherche scientifique dans le contexte politique actuel dominé par la stratégie du grand capital mondialisé ? La mise en concurrence des populations à l'échelle planétaire conduit à une privation de l'accès à la connaissance pour la majorité des êtres humains, y compris dans les pays jadis « riches ».”

« Les universités vont avoir besoin de plus de moyens pour absorber la hausse du nombre d'étudiants » selon François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise interviewé dans La Croix.
« Le gouvernement prévoit une forte augmentation du nombre d'étudiants dans les années à venir : 65 000 de plus dès la rentrée 2018 et 216 000 en 2021. Or, les moyens annoncés ne suffiront pas à absorber ce pic démographique. » Si je ne m'abuse, c'est un chiffre de 19000 places qui a été annoncé par le gouvernement.

Tandis que les universités sélectionnent et trient des dossier, avec des méthodes qui paraissent encore assez opaques.
Orientation : dans les coulisses de la machine Parcoursup
« Facs et écoles classent en ce moment les dossiers des futurs bacheliers. Qui décide qui sera pris ? Comment gère-t-on la pénurie de places ? » se demande Le Parisien. « Notre enquête met en évidence des stratégies très différentes d'un campus à l'autre. »
Parcoursup : comment s'opère le tri des dossiers des candidats en fac de droit ?
« Classement automatique ou étude individuelle des dossiers de candidature des lycéens, chaque université a sa méthode » reconnait Le Monde. Je ne sais pas pourquoi, je pense aux Shadoks et à cette phrase "Et les Shadoks pompaient, pompaient..."

Faire entendre sa voix
C'est Lucette, enseignante depuis les années 1960, qui témoigne de la mise en place progressive de la ségrégation scolaire à Argenteuil.
Ecole : l'apartheid selon Lucette

Ce sont les militants anonymes de 68, entendus pour une fois par Libération : Mai 68, émoi, émois et moi
« Que sont devenus les anonymes de 68 ? Une équipe de chercheurs a retrouvé plus de 300 féministes, gauchistes, syndicalistes. Fidèles à leurs idéaux contre toute attente, ils ont souvent payé le prix de leur engagement »

C'est enfin la MGEN qui prend soin de la voix des enseignants avec
Vocal'IZ : une application gratuite pour prendre soin de sa voix

En vrac : crêpes, barquettes et pommes interdites ?

Décès d'un enfant après avoir mangé une crêpe : l'institutrice mise en examen
L'institutrice qui aurait donné une crêpe à un enfant allergique a été mise en examen ce vendredi par le parquet de Villefranche-sur-Saône.

Barquettes en plastique à la cantine : grâce aux parents de Montrouge, c'est presque fini
« Après le combat mené par les parents d'élèves de la ville des Hauts-de-Seine, la députée LREM Laurianne Rossi veut faire inscrire dans la loi l'interdiction définitive du plastique dans la restauration scolaire.
Le petit collectif des parents d'élèves de Montrouge (Hauts-de-Seine) contre le plastique dans la restauration scolaire s'est transformé en association, Cantine sans plastique, qui fédère désormais d'autres groupes à Strasbourg, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Pau, Montpellier… « La démarche que nous avons menée doit servir à tous les enfants », appuie sa présidente, Candide Lopes. Et le combat de ces parents arrive sur les bancs de l'Assemblée nationale ! Ce sera lors de l'examen de la loi sur l'alimentation, dite Egalim.
»

​Les sorties scolaires organisées dans les magasins Apple proscrites par l'Education nationale
« Des sorties scolaires organisées dans les magasins Apple avaient créé la polémique début avril. Joint par nos soins, le ministère de l'Education nationale dit les avoir désormais interdites » nous informe le magazine Marianne.

« Nous sommes nombreux au Sénat à nous préoccuper de la perméabilité de l'éducation nationale à l'influence des géants américains du numérique. » indique la sénatrice Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la culture, lors des questions au gouvernement du 10 avril dernier.
Néanmoins, La commission de déontologie de la fonction publique a donné son feu vert au recrutement par Amazon du Directeur du numérique pour l'éducation, Mathieu Jeandron, qui occupera un poste d'architecte solutions cloud pour le géant américain. Il devra s'abstenir de certains contacts en lien avec ses précédentes fonctions.

Catherine Rossignol ( sur une récolte de Philippe Watrelot)

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 545 - Accompagner en pratiques
Dossier coordonné par Rachel Harent et Xavier Dejemeppe
mai 2018
Qu'est-ce qu'accompagner au sein et hors de la classe ? Qu'en est-il de l'accompagnement personnalisé ? Comment l'accompagnement vise-t-il à construire l'autonomie de l'élève ? Ce dossier interroge le sens donné aujourd'hui à l'accompagnement de tous les élèves par les enseignants et aussi par les coéducateurs.

N° 544 - Les écrits de travail des élèves
Dossier coordonné par Jacques Crinon et Hélène Eveleigh
mars-avril 2018
À l'école, on n'écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d'un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?

Et aussi, peuvent être utiles par les temps qui courent...

N° 542 - Bienveillants et exigeants
Dossier coordonné par Danièle Manesse et Jean-Michel Zakhartchouk
janvier 2018
La notion de bienveillance a fait ces dernières années une entrée en force à l'école. Son articulation avec la mission principale de l'école (transmettre) n'est pas simple, surtout lorsqu'on inscrit cette « transmission » dans l'exigence que tous les élèves parviennent à un niveau qui leur donne de l'autonomie.

N° 532 - Justice et injustices à l'école
Dossier coordonné par Marie-Christine Chycki et Émilie Pradel
novembre 2016
L'école est traversée par tous les débats qui agitent la société. La question de la justice y est particulièrement vive et le sentiment d'injustice très prégnant chez tous les acteurs aux prises avec l'institution. Entre la subjectivité du sentiment et les conditions objectives des injustices vécues à l'école, quelles réponses pouvons-nous apporter ?

N° 504 Le sens de l'orientation Dossier coordonné par Florence Daniaud et Dominique Brosseau
mars 2013
Comment adapter l'éducation à l'orientation aux besoins de chaque élève, en prenant en considération les plus fragiles ? Comment concilier les compétences et le rôle de chaque acteur ? Comment éduquer à l'autonomie, développer l'estime de soi dans un système qui aiguille le plus souvent uniquement en fonction des résultats scolaires ?

N° 539 - Pouvoir d'agir et autonomie, de l'école au lycée
Dossier coordonné par Michèle Amiel et Gwenaël Le Guével
septembre 2017
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d'école, de l'IEN, du chef d'établissement ? Au bout du compte, l'augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c'est celle du chef ou celle des personnels ?

N° 530 - Former les futurs citoyens
Dossier coordonné par Laurent Fillion et Pascal Thomas
juin 2016
Mise en place du nouveau socle commun, de l'enseignement moral et civique : l'éducation à la citoyenneté, thème souvent abordé par les Cahiers pédagogiques, revient au cœur des préoccupations. De quelle éducation à la citoyenneté parle-t-on ? Comment ne plus la confondre avec une éducation au civisme et à la civilité ?

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Sciences et prise de décision en éducation

Lun, 07/05/2018 - 13:38

L'IREA-SGEN-CFDT organise un colloque sur le thème :

Sciences et prise de décision en éducation

Validation et appropriation des recherches


En pleine actualité, pour éviter les Charybde du scientisme et les Scylla du refus des recherches au nom du « bon sens » et du savoir-faire des acteurs.

Les vendredi 15 et samedi 16 juin à la cité scolaire Paul Bert, 7-8 rue Huyguens, Paris 14e Métro : Vavin, Edgar Quinet, Notre-Dame-des-Champs).


Il est important de vous inscrire dés maintenant. Vous pouvez le faire simplement par mail.

Conférence inaugurale interactive par Carine Royer, maîtresse de conférence en psychologie cognitive à l'université de Cergy-Pontoise et à l'ESPE de l'académie de Versailles
Tables rondes 1 : Qu'est-ce qu'une veille scientifique et à quoi sert-elle ?
Table ronde 2 : Chercher et faire : recherches et pratiques professionnelles
Table ronde 3 : Formation initiale et continue
Table ronde 4 : Recherches et décisions politiques
Avec de nombreux intervenants, dont Sylvain Connac, Philippe Watrelot, et sous réserves Najat Vallaud-Belkacem.
Conférence de synthèse : Catherine Moisan, présidente de l'AFAE (Association française des acteurs de l'éducation), ancienne directrice de la DEPP
Le bulletin d'inscription est téléchargeable sur le site de l'Irea

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