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La proximité, atout maître des petites universités - Eric Nunès, "Le Monde", 18 octobre 2017

Mar, 17/10/2017 - 12:26

A l'heure de la mondialisation des études supérieures, les villes moyennes savent tirer profit de leur taille.

En maillot de bain, des jeunes gens quittent la plage des Minimes et déambulent sur le quai du Lazaret. Cris des mouettes, -battement des drisses sur les mâts des bateaux de plaisance… L'ambiance est estivale à La Rochelle en ce 2 octobre. Pourtant la rentrée a sonné depuis plusieurs -semaines à l'université, dont le campus, à deux pas de là, fait partie intégrante de la cité. " Nous avons un cadre de vie de malades. C'est oufissime ! ", sourit Camille Hipeau, 19 ans, étudiante en deuxième année de licence de Langues étrangères appliquées.

Réussir ses études les pieds dans l'eau, bercé par la langueur d'une petite ville, est possible. Cela peut même être un facteur de réussite, affirme une étude de l'association Accueil des villes françaises (AVF) publiée en septembre. Les " universités territoriales " (moins de 15 000 étudiants, selon l'Asso-ciation des -villes universitaires de France) " offrent des avantages importants ", souligne l'AVF, co-organisatrice d'un colloque sur le sujet à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), les 14 et 15 septembre. Les taux de réussite des étudiants dans ces petites universités " témoignent de la qualité de leur formation ". Ainsi, en troisième année de licence, l'université -Bretagne-Sud, avec près de 90 % de réussite, celle de Savoie Mont-Blanc (85 %) ou celle de La Rochelle (83 %) devancent la moyenne -nationale (78 %).

Bien choisir son orientation

Même si, sur plusieurs années, les champions français de la réussite en licence sont à Angers, Lyon-II ou Paris-VI, force est de constater que, à l'heure des fusions et de l'internationalisation de l'enseignement supérieur, des universités de petites agglomé-rations savent tirer leur épingle du jeu. Plus agiles que certaines " usines à diplômés " des métropoles, elles adaptent leurs parcours aux besoins des étudiants, façonnent des filières d'excellence et jouent la carte de la proximité avec leurs élèves comme avec les acteurs économiques locaux.

Bien choisir son orientation dès le lycée est le socle de la réussite en licence. Selon une note annuelle du ministère de l'enseignement supérieur, seuls 40 % des étudiants primo-entrants passent le cap de la première année. Des milliers de néobacheliers se retrouvent en situation d'échec à peine entrés dans l'enseignement supérieur. Le ministère a promis une refonte en profondeur, dès l'année 2018, du système d'orientation Admission post bac (APB), pour mettre un frein à cet " énorme gâchis ", selon les mots de la ministre, Frédérique Vidal.

Sans attendre, et avec les seuls outils dont disposent déjà les établissements, l'université de La Rochelle s'applique à donner des " conseils personnalisés " aux 2 000 lycéens qui sollicitent une place sur la plate-forme d'information. " Le principe est d'accorder un avis éclairé qui corresponde au projet de formation de chacun, explique Pascal Génot, responsable de l'orientation au sein de l'université. 80 % de nos recommandations sont suivies. Si le futur étudiant insiste pour se -diriger vers une voie qui le condui-ra dans une impasse, nous prenons rendez-vous physiquement et nous tentons de le diriger vers une filière adéquate. "

Parallèlement, l'université et les lycées rochelais organisent deux journées d'immersion au sein de la faculté, pendant lesquelles des cours sont co-construits par les enseignants du secondaire et du supérieur. Des dispositifs qui -préviennent des fausses routes. " Ils sont possibles dans une -petite université, mais pas dans les plus grandes ", juge Frédéric Rousseau, vice-président de l'université de La Rochelle.

L'orientation validée, il faut encore soutenir les nouveaux étudiants lorsqu'ils passent le Styx de l'autonomie qui sépare lycée et université. " La première année est la plus redoutable pour les étudiants, rappelle Mickaël Airaud, professeur de biologie. C'est la première fois qu'ils doivent gérer leur temps de travail, mais aussi leur budget, leurs loisirs, souvent leur logement, et trouver le juste équilibre. C'est un passage vers le monde des adultes. "

Les professeurs ont pour mission de tisser et de maintenir un lien avec leurs étudiants. Dès son arrivée, chaque étudiant passe un entretien individuel au cours duquel sont définis le profil, le projet et les parcours possibles pour l'accomplir. Une individualisation des relations enseignants-étudiants rendue possible grâce à de petits effectifs, poursuit Mickaël Airaud : " Nous repérons les visages et les diffi-cultés. " L'anonymat n'est pas la règle, comme dans les grandes universités. " Les professeurs sont très disponibles ", se félicite Mélanie Geffré, 22 ans, en master d'in-formatique.

Parcours à la carte

Ensuite, le premier semestre est un parcours commun qui rassemble l'ensemble des matières scientifiques et technologiques : mathématiques, chimie, informatique, génie civil… La période se termine par une évaluation et un nouvel entretien à l'issue duquel est élaboré un parcours à la carte. Les possibilités offertes vont d'un cursus vers un master en ingénierie (CMI) à l'élaboration d'une licence en quatre ans, avec une première année qui fera office de remise à niveau individualisée dans les matières les plus faibles. " Il s'agit d'une phase de découverte de l'université et de ce qu'elle a à offrir ", témoigne Mélanie Bruzzese, 20 ans, en troisième année de génie civil. Bachelière hésitante au début d'année, le semestre commun lui a permis de se rassurer sur sa voie. " Cela permet de mieux choisir ", abonde Nils Guyon, 17 ans, en -première année.

Loin de " l'usine à gaz "

L'adaptabilité à laquelle s'attache la petite université se poursuit sur l'ensemble du cursus établi par l'équipe pédagogique et l'étudiant. " Nous élaborons des profils de parcours sur mesure avec des enseignements académiques, professionnalisants, entrepreneuriaux, qui seront majeurs et mineurs en fonction du projet de chacun ", expose Frédéric Rousseau. Une formation à la carte, en somme, que l'université s'attache à constituer avec les acteurs locaux de la vie économique.

" Les entreprises ont besoin de jeunes formés à leurs métiers, et l'université est demandeuse d'une intervention des professionnels, reconnaît Philippe Joussemet, président de l'Union maritime du port de La Rochelle, un syndicat professionnel et employeur local. La proximité entre acteurs locaux, entreprises, université et élus permet d'impulser rapidement des projets sans créer d'usine à gaz ingérable ; et la formation en fait partie. "

En 1973, l'économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher publiait Small Is Beautiful - Une société à la mesure de l'homme (Seuil, 1978). La Rochelle s'enorgueillit aujour-d'hui d'être " une université pluridisciplinaire ouverte sur son -territoire et sur le monde ".

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La nouvelle idéologie scolaire - François Dubet, "La Vie des idées", 17 octobre 2017

Mar, 17/10/2017 - 12:18

Le nouveau ministre de l'Éducation nationale paraît incarner une politique conservatrice en matière scolaire. Pourtant, un examen approfondi de ses propositions signale un changement profond de méthode et d'orientation, fondé sur l'expertise. Ceci appelle un déplacement de la critique sur le terrain de la recherche.

Depuis le mois de mai, Jean-Michel Blanquer est un des ministres les plus en vue de l'ère Macron qui vient de s'ouvrir. Il multiplie les déclarations, les annonces et les mesures, mais cette activité n'est pas toujours facile à décoder. Elle peut être perçue comme largement conservatrice, comme un retour à la tradition et à la rigueur contre le « pédagogisme », le « laxisme » et le « nivellement par le bas » attribués à la gauche. Mais Jean-Michel Blanquer est aussi l'auteur de livres dans lesquels il se présente comme un réformateur hardi, désireux de construire une politique fondée sur les données de la science et des comparaisons internationales. Jean-Michel Blanquer peut-il être « en même temps » l'homme du retour aux années Sarkozy et le réformiste qui sortira l'école de ses querelles idéologiques afin de la transformer profondément ? Aujourd'hui, nul ne peut répondre à cette question. Cependant, il peut être instructif de saisir les deux faces de son projet de transformation de l'école.

Une politique conservatrice

Jean-Michel Blanquer fut un des hommes-clés de la politique scolaire de Nicolas Sarkozy et, depuis trois mois, nombre de ses déclarations flattent volontiers la droite et les corporations enseignantes les plus conservatrices : critique de « l'égalitarisme », rencontre amicale avec « Sens commun », apologie du mérite et de l'élitisme républicain, défense du latin, retour des classes bilingues et des sections européennes au collège, soulèvent l'enthousiasme des éditorialistes les plus conservateurs. La dénonciation des « pédagogues » qui auraient, depuis trente ans, détruit l'école, le retour d'un cours préparatoire à la fois exigeant et traditionnel, les appels au « rétablissement de l'autorité » et du redoublement, la critique du Conseil supérieur des programmes, la défense de la chronologie et du roman national en histoire et en littérature situent la politique de Jean-Michel Blanquer dans une filiation conservatrice toujours convaincue que « c'était mieux avant ». Elle ne déplaît pas non plus à de nombreux enseignants, favorables à ce qu'ils perçoivent comme un retour à la sagesse et au bons sens.

Sans doute l'organisation des rythmes scolaires est-elle chaotique, mais elle répond à un problème réel quand l'école élémentaire française concentre le travail des élèves sur peu de jours de classes. On peut alors se demander si, en permettant le retour à la semaine de 4 jours, le ministre n'a pas choisi le confort des enseignants et celui des familles de classes moyennes aux dépens des élèves des classes populaires. Mais, « en même temps », la création de classes de CP de 12 élèves dans les zones difficiles et le dispositif « devoirs faits » au collège démontrent que ce ministre agit, qu'il agit vite, et qu'il ne se soucie pas seulement des écoles des beaux quartiers.

Jean-Michel Blanquer est plus sensible à la question de l'efficacité qu'à celle des inégalités scolaires. Il semble indifférent à la structure des inégalités scolaires elle-même et déclare sa foi dans « l'excellence » et le modèle élitiste français, ignorant que le recrutement des élites scolaires est de plus en plus endogène du point de vue social. Dans le meilleur des cas, grâce aux « Cordées de la réussite » initiées par l'ESSEC dont il a été le directeur, on permettra à quelques élèves méritants des lycées populaires de prétendre à l'élite. Mais la structure des inégalités, elle, ne bougera pas. Plus exactement, Jean-Michel Blanquer pense que l'augmentation de l'efficacité scolaire réduira mécaniquement les inégalités en diminuant le nombre des élèves en échec, d'où l'effort porté sur le CP. Mais les inégalités ne se jouent pas toutes entre 6 et 7 ans, elles se déploient et se creusent bien après et les classes bilingues du collège y contribueront certainement, comme la faible mixité sociale de nombreux établissements. N'est-il pas dangereux de mobiliser le thème de la « diversité des intelligences » quand on sait combien cette rhétorique a toujours conduit à naturaliser les inégalités sociales et culturelles et à hiérarchiser les enseignements bien plus qu'à les diversifier et à les individualiser ? En élargissant le choix des établissements par les parents, Jean-Michel Blanquer prend aussi le risque d'accentuer les inégalités entre les établissements, notamment entre les collèges. Pourtant, il n'ignore pas que l'école française se caractérise, à la fois, par de fortes inégalités entre les établissements et par l'impact particulièrement élevé du niveau culturel et social des parents sur la réussite des élèves.

Si l'on en croit les déclarations de Jean-Michel Blanquer, il suffirait d'établir l'égalité des chances aux premiers âges de la scolarité pour que les inégalités scolaires deviennent ensuite acceptables ; l'élitisme républicain du ministre ne s'attaque pas aux hiérarchies scolaires elles-mêmes. Dès lors que quelques élèves d'origine modeste parviennent à se glisser dans les classes de latinistes et dans les grandes écoles, peu importe que se creusent les écarts entre les élites et les plus faibles. Il suffirait qu'un nombre infime d'enfants de migrants fréquentent la rue Saint Guillaume (ce qui est une bonne chose), alors que dans certains lycées professionnels il n'y a que des enfants issus des immigrations venues du Sud, pour que fonctionne l'élitisme républicain au prix de grandes inégalités scolaires.

Alors qu'Emmanuel Macron avait porté la promesse d'une politique surmontant le clivage entre la droite et la gauche, force est de reconnaître que les paroles et les actes de Jean-Michel Blanquer le situent à droite sur la question scolaire. À l'automne 2017, les lecteurs du Figaro et de Valeurs actuelles ont été mieux entendus que les électeurs de gauche qui ont voté pour Emmanuel Macron.

Il est cependant difficile d'en rester là, car Jean-Michel Blanquer se présente aussi comme un réformateur, et l'on peut imaginer que ceci n'est pas étranger à sa participation au gouvernement d'Édouard Philippe.

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L'inquiétante précarisation de la recherche française - Yann Verdo, Les Echos, 11 octobre 2017

Dom, 15/10/2017 - 10:34

Pour lire cet article sur le site des Echos

Malgré une rallonge budgétaire prévue en 2018, la recherche française est pauvre. Pour l'instant, les pôles d'excellence permettent à notre pays de résister dans les classements mondiaux. Mais le sous-financement chronique finira par les rattraper.

Drôles de résultats que ceux de l'étude conduite par OpinionWay sur la perception par les Français de la recherche scientifique [1]. On y lit d'abord que près de neuf de nos compatriotes sur dix (88 %) en ont une bonne voire une très bonne opinion - et l'on s'en réjouit. On y relève ensuite que 65 % des sondés estiment que la filière scientifique offre des niveaux de rémunération élevés - et notre enthousiasme retombe à la pensée que, s'ils sont si nombreux à en avoir une bonne opinion, c'est peut-être qu'ils ne la connaissent pas. On y apprend enfin que près des trois quarts d'entre eux (74 %) dénoncent le manque de crédits alloués par les pouvoirs publics et que presque autant (69 %) jugent insuffisant l'investissement des entreprises privées en la matière - et l'on se dit que, si, après tout, ils ne la connaissent pas si mal...

Car la réalité de la recherche française est sombre, bien sombre, et ce ne sont pas les 700 millions d'euros d'augmentation du budget de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation annoncés le mois dernier par la ministre Frédérique Vidal qui changeront fondamentalement la donne. « Cette deuxième augmentation budgétaire d'affilée, alors qu'Emmanuel Macron avait simplement parlé de "sanctuarisation" durant sa campagne, est le signe qu'une prise de conscience s'est faite. Les pouvoirs publics ont compris qu'on ne pouvait plus laisser la situation se dégrader encore plus. Mais ce budget 2018 ne fait que mettre quelques rustines ici ou là », commente le biologiste Patrick Lemaire, initiateur de l'association Sciences en marche, dont une enquête réalisée auprès de plusieurs centaines de directeurs de laboratoire avait révélé au printemps 2016 l'état dramatique de sous-financement, de sous-effectif et d'asphyxie administrative de notre recherche publique.

La recherche publique française a-t-elle décroché ? Pas - ou du moins pas encore - pour ce qui est de ses résultats, c'est-à-dire de la capacité des chercheurs français à publier dans les revues scientifiques faisant autorité ou à obtenir grâce à leurs projets des financements internationaux très courus. Certes, la part des publications estampillées « recherche française » a tendance à baisser sous la pression de la spectaculaire montée en puissance de la Chine et d'autres pays émergents - en 2015, la France s'est classée au 7e rang en termes de production scientifique, avec 3,3 % de part mondiale - mais cela n'est pas propre à notre pays. Et si l'on analyse la ventilation géographique des très prestigieux contrats de l'ERC (European Research Council), l'on observe que l'élite des laboratoires français ne s'en sort pas si mal, au moins aussi bien, si ce n'est mieux, que leurs collègues allemands. Ce qui n'empêche pas que les recherches publiques des deux nations sont dans des situations financières très différentes. « Alors que, juste après la réunification, France et Allemagne faisaient à peu près jeu égal au niveau des crédits d'Etat alloués à la recherche publique, nous investissons aujourd'hui 35 % de moins que nos voisins d'outre-Rhin », pointe Patrick Lemaire. Or la recherche est une activité conduite sur le long terme et l'effet des baisses de crédit ne se voit également que sur le long terme, les îlots de recherche d'excellence étant touchés les derniers. Si le terme de « décrochage » se justifie, c'est bien à ce niveau-là.

L'argent ne fait pas tout.

Pour le physicien Michel Spiro, qui préside aujourd'hui la Société française de physique après avoir été à la tête du conseil du CERN, tout le mal vient de ce que « la recherche française s'est fondue, au gré de réformes successives entamées il y a une quinzaine d'années, dans un moule anglo-saxon qui ne correspond pas à sa culture profonde ». Ce moule se caractérise notamment, au niveau des financements, par la prédominance des appels à projet sur les crédits récurrents. « Ce système de financement sur appels à projets, du fait de la multiplicité des guichets - ERC, Agence nationale de la recherche (ANR), régions, pôles de compétitivité, investissements d'avenir, etc. -, s'est trop fragmenté et a perdu de sa cohérence. Cette dispersion fait perdre énormément de temps aux chercheurs », tempête-t-il.

Présentée depuis sa création en 2005 comme le bras armé de l'Etat stratège en matière de recherche, l'ANR a vu son budget s'amoindrir dangereusement depuis 2008 (de 840 millions d'euros, il est tombé à 510 en 2015). Résultat : seul un projet sur dix qui lui est présenté obtient un financement, alors que son équivalent d'outre-Rhin maintient un taux de succès plus encourageant de 25 à 30 %. Encore une fois, le petit coup de pouce de 134 millions donné à l'ANR dans le budget 2018, s'il constitue un signal positif, ne suffira pas à renverser la barre.

L'argent manque. Mais l'argent ne fait pas tout. Et les problèmes de la recherche française ne s'enracinent pas que dans le seul sous-financement. Quoi qu'en dise l'étude d'Opinionway sur la bonne opinion que les Français ont de la recherche et des chercheurs, il est des signes qui ne trompent pas, et ne laissent pas d'inquiéter les observateurs. Si le nombre d'étudiants à l'université augmente sensiblement d'année en année - ce qui ne fait d'ailleurs que compliquer un peu plus l'équation budgétaire -, les inscriptions en doctorat, elles, baissent. Une désaffection qui s'explique bien sûr par la précarisation de la recherche publique, mais aussi et peut-être plus encore par l' insuffisante valorisation du doctorat (par opposition à une formation d'ingénieur ou d'école de commerce) dans les entreprises. « Les docteurs en entreprise se heurtent à un plafond de verre, car les dirigeants n'ont pas cette culture », note Patrick Lemaire, qui met en balance la proportion extrêmement faible de patrons du CAC 40 issus du monde académique et leur place nettement plus importante dans le DAX - même chose pour les gouvernements respectifs d'Emmanuel Macron et d'Angela Merkel. « Le fait que la chancelière ait un doctorat en chimie quantique a un profond impact sur la politique scientifique de l'Allemagne », conclut-il.

Yann Verdo
Journaliste scientifique aux « Echos »

[1] Enquête réalisée les 20, 21 et 22 septembre auprès de 1.059 personnes, pour le compte du créateur d'entreprises en sciences du vivant Quattrocento.

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Vives réactions après la mise en place d'une « procédure presse » à l'université de Strasbourg - Caroline Pain, Le Monde, 12 octobre 2017

Sáb, 14/10/2017 - 08:35

L'établissement a renoncé à ses consignes visant à encadrer les communications des enseignants-chercheurs et personnels administratifs avec les médias.

« En aucun cas, il ne s'agissait de museler les enseignants-chercheurs ! » La réponse de la directrice de la communication de l'université de Strasbourg, Armelle Tanvez, montre l'ampleur du malaise. L'établissement a décidé, mercredi 11 octobre, de reporter « sine die » la « procédure presse » qu'il avait pourtant prévu de mettre en place auprès de ses personnels, afin de rendre la communication vers l'extérieur « plus efficiente ».

Si l'initiative aurait pu être indolore dans une entreprise classique, elle n'a pas manqué de faire polémique dans le monde universitaire. Dans un document envoyé aux personnels de l'université le 5 octobre (voir document ci-dessous), la présidence priait les responsables de composantes, enseignants-chercheurs, personnels des laboratoires et administratifs d'informer désormais le service communication de l'université de tout échange avec un journaliste ou un média, y compris s'ils étaient sollicités directement, et ce, « le jour de l'interview, ou au plus tard le lendemain ». Le service communication en « informera la présidence », précise cette procédure.

« Entrave à la liberté d'expression »

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux, plusieurs enseignants-chercheurs se sont élevés contre ce projet de « bâillonner les universitaires », titre d'un billet de blog sur le site Mediapart faisant la somme des accrocs à la liberté des enseignants-chercheurs, publié par Jérôme Valluy, de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Mais la mesure a surtout beaucoup fait parler au sein de l'université : « Nous avons reçu une cinquantaine de messages de collègues inquiets et indignés, qui craignaient une entrave à leur liberté d'expression », explique Pascal Maillard, enseignant-chercheur à l'université de Strasbourg, et secrétaire académique du Syndicat national de l'enseignement supérieur (Snesup). Ce syndicat a dénoncé une obligation qui « institue de fait le service communication, fonctionnellement rattaché à la présidence, en organe de centralisation, de contrôle et de possible censure de l'expression des personnels, des enseignants-chercheurs, des laboratoires et composantes de l'université ».

Le président de l'université, Michel Deneken, a fait marche arrière, tout en se déclarant surpris par ces réactions. Cette procédure avait pour unique objectif « de mieux relayer les prises de position scientifiques et les projets événementiels de tous personnels ou composantes, ou services de l'université », fait-il valoir dans un communiqué.

Lancée après un audit dans l'établissement en 2015, elle devait « tout simplement » permettre au service communication d'être « à même de faire le travail qu'une grande université est en droit d'attendre de lui ». S'il conserve cet objectif, le président a tout intérêt à en revoir la méthode.

Pour lire cet article sur le site du Monde, et voir le formulaire de la "procédure presse".

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Contre la censure à l'université, défendre les libertés académiques - Tribune d'un Collectif, Libération, 13 octobre 2017

Ven, 13/10/2017 - 23:48

Après l'annulation du colloque « Lutter contre l'islamophobie », à Lyon-II, plus de 300 chercheurs et associations s'alarment, dans « Libération », des « intimidations » visant à « interdire la diffusion et la mise en discussion de la recherche ».

À lire dans Libération ici.

En mai, des journées d'études intitulées « Penser l'intersectionnalité dans les recherches en éducation », placées sous l'autorité d'un comité scientifique international d'une vingtaine de chercheur-e-s, avaient failli être annulées sous la pression de groupes divers, du Front national au Printemps républicain, qui ont mené une violente campagne de dénigrement et de harcèlement sur les réseaux sociaux.

L'état d'urgence aidant, la menace de trouble à l'ordre public avait été invoquée pour empêcher le déroulement de ces journées. Elles s'étaient finalement tenues à l'ESPE de Créteil (Université Paris Est Créteil), avec succès et sans encombre. Le nombre des participant-e-s, la qualité et la richesse des débats avaient prouvé l'importance d'une telle rencontre et le refus de céder à l'intimidation devant la nécessité de partager ces recherches avec le plus grand nombre. Néanmoins, ces journées d'études avaient été désinscrites du plan de formation continue des enseignant-e-s de l'académie de Créteil.

Dernièrement à l'université de Lyon-II, le colloque « Lutter contre l'islamophobie : un enjeu d'égalité ? » a subi des attaques semblables avec les mêmes relais, du site Fdesouche au Printemps républicain, en passant par le Comité Laïcité République et la Licra. Cependant, cette fois-ci, l'université n'est pas parvenue à défendre les libertés académiques et le colloque a été purement et simplement annulé. Et pourtant, la chaire « égalité, inégalités et discriminations », organisatrice du colloque, existe depuis 2010 et a co-organisé de multiples manifestations mêlant chercheur-e-s et société civile dans un objectif de co-construction des savoirs.

Nous nous inquiétons également de remarquer que, dans un tout autre cadre, la présidence de l'université de Strasbourg ait tenté de contraindre ses personnels à contacter les services de la communication avant toute intervention dans les médias, autre manière de contrôler la liberté d'expression.

Que ses intervenant-e-s appartiennent exclusivement au monde académique, ou bien qu'il s'agisse de croiser les points de vue en faisant dialoguer universitaires, praticien-ne-s et militant-e-s associatif-ve-s, annuler une manifestation scientifique revient tout simplement à interdire le développement, la diffusion et la mise en discussion de la recherche. Appelons les choses par leur nom : ce n'est rien moins qu'une censure, grave et indigne.

Que des recherches suscitent des débats, dans les sphères tant scientifiques que politiques et médiatiques, n'est en rien une raison valable pour empêcher la tenue de colloques sur ces sujets. Le débat fait partie des exigences académiques et démocratiques. Que ces manifestations scientifiques dialoguent avec la société civile, rien de plus normal pour des universités qui se doivent d'être ouvertes sur la Cité. Ne s'agit-il pas d'ailleurs d'un critère mis en valeur par l'agence d'évaluation de la recherche ? Rappelons que l'article L123-9 du code de l'éducation dispose : « A l'égard des enseignants-chercheurs, des enseignants et des chercheurs, les universités et les établissements d'enseignement supérieur doivent assurer les moyens d'exercer leur activité d'enseignement et de recherche dans les conditions d'indépendance et de sérénité indispensables à la réflexion et à la création intellectuelle. »

Nous, universitaires et personnel.le.s de l'enseignement supérieur et de la recherche, appelons la communauté scientifique à se mobiliser contre la censure dans nos établissements et à promouvoir au contraire les libertés académiques, en particulier la liberté d'expression, garantes du débat scientifique et démocratique.

Pour signer ce texte : Défendre les libertés académiques contre l'interdiction d'événements scientifiques à l'Université

Les collectifs et associations signataires :

Association des enseignants et des chercheurs en science politique (AECSP) ; Association française d'anthropologie et d'ethnologie (AFAE) ; Association française de sociologie (AFS) ; Association des historiens modernistes des universités françaises (AHMUF) ; Association nationale des candidats aux métiers de la Science Politique (ANCMSP) ; Association de recherche pour le genre en éducation formation(ARGEF) ; Centre de Recherche Interuniversitaire Expérience Ressources culturelles Éducation (EXPERICE). Cercle des enseignant-e-s laïques ; Comité national français de géographie (CNFG), Doctorant-e-s mobilisé-e-s, Université Paris 1 ; Doctorants de l'UMR 6590, Espaces et Sociétés, site de Caen ; Efigies ; Fédération SUD éducation ; Groupe JEDI-Justice, Espace, Discriminations, Inégalités (Labex Futurs Urbains de l'Université Paris-Est) ; Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux ; Laboratoire d'études de genre et de sexualité-LEGS (CNRS, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Université Paris Nanterre) ; Observatoire universitaire international Education et Prévention (OUIEP) ; Réseau des géographes libertaires (RGL) ; Réseau international Education et Diversité (RIED) ; Revue Mouvements ; RT4 de l'Association française de sociologie-sociologie de l'éducation et de la formation ; RT24 de l'Association française de sociologie-Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité ; Sciences pop' Saint Denis-Association d'éducation populaire ; Snesup.

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Que faire ? (1/4) - Première partie. Le néolibéralisme et ses évolutions - Groupe Jean-Pierre Vernant, 11 octobre 2017

Xov, 12/10/2017 - 19:32

Chacun le sent avec plus ou moins de clairvoyance : l'heure est venue de sortir de la passivité, de rompre avec le vide de sens et le conformisme ambiants. Nous ouvrons en conséquence une série de quatre billets — conclusion de nos cinq ans d'existence et de réflexion — autour de cette unique question sur l'Université et la recherche [1]…

Que faire ?

Que faire qui n'ait été cent fois tenté ?

Que faire qui n'ait cent fois échoué ?

Et surtout : pour quoi faire ?

Nous entendons cette question en son sens le plus concret et le plus pragmatique. Pour autant, il nous faut procéder par étapes et commencer par nous dégager des questions préformatées qui empêchent, par leur système même de coupures, toute pensée globale et donc toute pensée politique [2] : pouroucontre le CNU, pouroucontre la sélection à l'Université, pouroucontre APB, pouroucontre l'augmentation des frais d'inscription, pouroucontre le saupoudrage des moyens de recherche, etc. Par essence, toute idéologie entrée dans une phase hégémonique devient aussi diffuse et omniprésente que l'air que l'on respire : ses représentations deviennent des lieux communs que l'on ne discute plus, ses conceptions du simple bon sens en action. Il n'est donc pas étonnant que l'énonciation raisonnée du système de représentation qui prévaut dans l'appareil d'Etat soit l'enjeu de batailles savantes, à commencer par sa dénomination même : néolibéralisme [3]. Aussi nous est-il apparu essentiel de commencer notre réflexion par une synthèse théorique, non pour créer un ennemi extérieur qu'il s'agirait d'abattre, mais pour effectuer un travail réflexif sur ce qui produit une large adhésion à ce système. Les lecteurs impatients puissent nous pardonner ce détour nous permettant de poser les jalons nécessaires à la compréhension de propositions stratégiques à venir sur l'Université et la recherche [4].

Qu'est ce que le néolibéralisme ?

Pourquoi génère-t-il une bureaucratie qui contamine progressivement tous les champs de la société ?

Le néolibéralisme est une représentation du monde comportant de multiples facettes, et née, logiquement, de manière chorale. Il nous faut commencer par écarter les conceptions les plus erronées. Le néolibéralisme n'est pas réductible à une théorie économique : c'est plutôt une modalité d'exercice du pouvoir étatique — une gouvernementalité — telle qu'elle est rationalisée dans les sphères gouvernantes. C'est donc un ensemble d'idées théoriques — culturelles — à partir desquelles la réalité est analysée dans la conduite du gouvernement. En clair, le néolibéralisme est une idéologie. Par extension, l'ère néolibérale désigne la période de montée en puissance de cette modalité de gouvernement après la seconde guerre mondiale jusqu'à sa phase hégémonique, le point de bascule se situant aux alentours de 1979 [5].

Le néolibéralisme n'est pas une intensité du libéralisme ; il n'est en particulier pas réductible à un “ultralibéralisme”, à une forme radicalisée de libéralisme économique. Le néolibéralisme trouve son origine dans une volonté de refonder le libéralisme après guerre, dans un contexte marqué par les totalitarismes - nous y reviendrons. Il se distingue du libéralisme né au milieu du XVIIIe siècle par une série de décalages qu'il s'agit d'isoler.

Dans sa conception du marché, le libéralisme pose le primat de l'échange, échange qui procède d'une relation d'équivalence entre deux valeurs ; le libéralisme s'intéresse aux marchandises, à leur prix, à l'offre et à la demande. Le marché y apparaît comme régi par des lois spontanées, émergentes, en un mot “naturelles”, qu'il s'agit de comprendre pour bien gouverner. Cette naturalisation du marché suppose que l'appareil d'Etat fonctionne comme une technocratie éclairée, rationaliste. La référence constante au saint-simonisme et le rôle, en France, de l'Ecole Polytechnique pendant l'ère libérale en porte témoignage [6]. Dans l'idéologie libérale, l'Etat, en surplomb du marché, se doit d'être aussi frugal que possible : son rôle est d'assurer a minima le fonctionnement “naturel” du marché, en garantissant le respect de la propriété individuelle.

Le néolibéralisme procède à un décalage fondamental dont tout découle : le marché n'a rien de spontané et seule la concurrence est à même de garantir la rationalité économique. L'essence du néolibéralisme, c'est donc la mise en concurrence des individus et des structures de sorte à créer du marché partout où cela est possible, dans chaque recoin de la société qui portait de la vie. Mettre en concurrence pour créer du marché, cela suppose incidemment de détruire méthodiquement toute structure collective, toute coopération entre les individus, au nom d'un rejet viscéral de toute planification raisonnée, saint-simonisme compris [7]. Le néolibéralisme pose une vision constructiviste du monde, réduit à un marché dont la vérité — l'efficience — ne peut émerger que par la concurrence d'agents interconnectés, mus par le profit et traitant de l'information. Hayek, l'un des inspirateurs du néolibéralisme, a le premier posé cet axiome : “the market is posited to be an information processor more powerful than any human brain, but essentially patterned upon brain/computation metaphors.” Le marché comme processeur d'information connecté comme un cerveau humain et dépassant de ce fait toute rationalité individuelle : telle est la croyance fondatrice du néolibéralisme — non-fondée en science et contredite en permanence par l'expérience. Cet obscurantisme se double d'un volontarisme que l'on pourrait formuler comme suit : il n'est pas de problèmes générés par le marché dont le néolibéralisme ne prétende détenir la solution, unique – le marché. Nous reviendrons sur ce dogmatisme digne d'un Pangloss ou de médecins de Molière au sujet de la “politique d'excellence” à l'œuvre depuis dix ans dans l'Université et la recherche.

Pour lire la suite

Que faire ?

Bibliographie sommaire

F.A. Hayek (1960). The Constitution of Liberty, Chicago : University of Chicago Press.

F.A. Hayek (1976). The Mirage of Social Justice, Chicago : University of Chicago Press.

M. Foucault (2004) Naissance de la biopolitique : cours au Collège de France, 1978-1979, Paris, Gallimard/Éditions du Seuil. Voir également le le dossier « les néolibéralismes de Michel Foucault » dans Raisons politiques, n° 52, 2013 ;
https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2013-4.htm
G. Dostaler (2001) Le Libéralisme de Hayek, Collection "Repères"

S. Audier, (2008) Le Colloque Lippmann : aux origines du « néo-libéralisme », Lormont, éd. Le bord de l'eau.

S. Audier (2012). Néo-libéralisme(s). Une archéologie intellectuelle, Paris, Grasset, coll. « Mondes vécus ».

S. Audier (2015), Penser le « néolibéralisme ». Le moment néolibéral, Foucault, et la crise du socialisme, Lormont, Le Bord de l'eau, coll. « Documents », ISBN : 9782356874030.

W. Brown, « American Nightmare : Neoliberalism, Neoconservatism, and De-Democratization », Political Theory, vol. 34, n˚ 6, 2006, p. 690-714 (traduction française : « Le cauchemar américain : le néoconservatisme, le néolibéralisme et la dé-démocratisation des États-Unis », Raisons politiques, n° 28, 2004, p. 67-89. Voir également Brown Wendy, « Neo-Liberalism and the End of Liberal Democracy », Theory & Event, vol. 7, n˚ 1, 2003 (traduction française : « Néo-libéralisme et fin de la démocratie », Vacarme, n˚ 29, 2004).

P. Dardot et C. Laval, La nouvelle raison du monde : essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2010.

P. Dardot et C. Laval (2016) Ce cauchemar qui n'en finit pas – Comment le néolibéralisme défait la démocratie, Paris, La Découverte.

P. Mirowski et D. Plehwe (2009) The road from mont pèlerin The Making of the Neoliberal Thought Collective, harvard university press, Cambridge, Massachusetts

P.Mirowski (2013) : Never Let a Serious Crisis Go to Waste : How Neoliberalism Survived the Financial Meltdown, London, UK, ISBN 978-1-78168-079-7

L'essence du néolibéralisme, Bourdieu
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/3609

B. Hibou (2012) La bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale. Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », ISBN : 978-2-7071-7439-0.

D. Graeber (2015) Bureaucratie. L'utopie des règles, Paris, Les Liens qui libèrent, 304 p., traduit de l'anglais par Françoise Chemla, ISBN : 979-10-209-0291-7.

Bernard Harcourt, The Illusion of Free Markets : Punishment and the Myth of Natural Order, Harvard UP, 2011, 336p.

Michel Feher, Le temps des investis. Essai sur la nouvelle question sociale, Paris, La Découverte, 2017

[1] On pourra se convaincre que cette question est dans l'air du temps en consultant cette série de quatre billets

[2] Les “nouveaux philosophes” ont beaucoup fait, en France, pour légitimer le renoncement, le non-engagement, le repli sur la sphère privée, le bavardage sur des polémiques aussi artificielles que stériles, avec cette rengaine selon laquelle la politique visant le tout, elle est totalitaire, etc.

[3] On emploie le mot ‘néolibéralisme' pour le distinguer clairement du ‘libéralisme politique' et du régime de ‘démocratie libérale' auxquels il tourne le dos. Même le Fonds Monétaire International admet, après avoir mandaté trois de ses économistes pour étudier la question, l'existence du néolibéralisme :
http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf
Nous renvoyons aux ouvrages de la bibliographie sur les fondements et l'usage du mot néolibéralisme. Nous reviendrons longuement sur les batailles sémantiques au sujet du vol du mot “autonomie” par le néolibéralisme. Philip Mirowski est l'un des spécialistes de cette question, dont on peut lire par exemple :
http://cms.ineteconomics.org/uploads/papers/WP23-Mirowski.pdf
Nous conseillons également l'entrée “liberalism” du dictionnaire de Stanford,
l'article Les paradigmes du « Néolibéralisme » de Serge Audier :
ainsi que l'article Du libéralisme au néolibéralisme de Gilles Dostaler.

Deux articles de vulgarisation parus dans le Guardian :
Neoliberalism – the ideology at the root of all our problems,Neoliberalism : the idea that swallowed the world

[4] Nous entendons prendre en compte la liste des échecs essuyés depuis 30 ans par toutes les formes d'intervention dans l'espace public : pétitions, tribunes, plateformes de microblogage (Tumblr, Twitter, etc), manifestations de type sono-ballon-saucisses, co-gestion des universités, happenings destinés à attirer la sympathie médiatique (lancers de chaussures, lancers d'avions en papier, murs de CV de précaires, ascensions sportives, rondes des obstinés), engagement partisan, etc.

[5] Le second acte de naissance du néolibéralisme est sans doute l'accession de M. Volcker à la présidence de la US Federal Reserve en août 1979 : par une politique monétariste brutale, il met fin à l'inflation, provoque l'augmentation des taux d'intérêt réels et installe ainsi l'accroissement structurel des revenus de la rente. 1979 est également l'année où Foucault a fait du néolibéralisme l'objet principal de ses cours au Collège de France. Mme.Thatcher accède au pouvoir en mai 1979 et M.Reagan en janvier 1981. En France, la suppression en 1982 de l'échelle mobile des salaires constitue un tournant symbolique. Il serait tentant, pour souligner l'émergence de subjectivités néolibérales, de faire remonter le point de transition vers son hégémonie à la date d'une dystopie prédictive : 1984.

[6] Alexandre Moatti, “La figure de Saint-Simon dans les discours technocratiques français”
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01306320

[7] Nous reviendrons dans le deuxième volet sur la rhétorique du néomanagement qui, en même temps, exalte dans son travail de dépossession la “synergie”, la “co-production”, etc.

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Budget 2018 de la Recherche : où sont les hausses annoncées ? - Communiqué du SNTRS CGT - 12 octobre 2017

Xov, 12/10/2017 - 11:17

Lors de la présentation du projet de budget 2018, la Ministre de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l'innovation a annoncé une hausse de 712 millions d'euros du Projet Loi Finances MIRES 2018, dont 501 millions d'euros reviendrait à la « recherche », dont 87 millions d'euros pour les organismes publics de recherche !

On a beaucoup de mal à retrouver cette « hausse » dans les « bleus » du projet de budget 2018 en particulier pour le programme 172 de la MIRES comprenant l'essentiel des organismes publics de recherche (CNRS, INSERM, INRA, INRIA, IRD, INED, IRSTEA), l'ANR, certains EPIC (CEA, BRGM, CIRAD, IFREMER) : ce budget augmente de 46 millions d'euros (soit plus 0,9%) consistant essentiellement au financement des mesures salariales de la Fonction Publique (PPCR) et donc, de fait, il n'y a aucune augmentation de leurs moyens budgétaires pour assurer les besoins des laboratoires. Ceux-ci seront encore obligés d'aller chercher les crédits pour leur recherche auprès de l'ANR ou de candidater aux appels d'offres du PIA3 ! L'ANR voit son budget augmenté de 134 millions d'euros (soit plus 22%), crédits qui, certes, iront en partie à la « recherche » mais sur des thèmes ciblés et pour uniquement les équipes lauréates au sein des laboratoires.

Une grande partie de cette « hausse » annoncée des crédits pour la recherche serait orientée vers l'aéronautique civile (Ariane 6) pour 135 millions d'euros ; vers le financement des grands instruments internationaux de recherche (160 millions d'euros), il s'agit d'argent qui n'ira pas directement aux laboratoires des organismes de recherche.

Ce projet de budget est donc en grande partie fondé sur un leurre par l'annonce de millions en plus « pour la recherche » alors que les crédits des organismes de recherche ne verront aucune hausse pour les laboratoires hormis les mesures salariales programmées !

Concernant l'emploi scientifique, aucune création de poste pour l'Enseignement Supérieur et la Recherche, voire même une baisse de postes pour certains EPST (moins 30 postes titulaires en ETPT) se répartissant en moins 21 au CNRS, moins 8 à l'INRA, moins 1 à l'INSERM compensés par plus 30 postes pour l'ANR.

Les conditions d'exercice de la recherche publique ne cessent de se dégrader. Le choix de financer cette recherche quasi exclusivement sur contrats (ANR, PIA, …) au détriment du financement récurrent des organismes obère très sérieusement l'avenir.

Avec ce budget 2018 de stagnation, le gouvernement continue sa politique d'abandon d'une politique de recherche à long terme. Cela va se traduire par encore plus d'austérité, de blocage de carrière, de recours à l'emploi précaire, de mal être au travail !

Le SNTRS-CGT revendique une augmentation significative du budget récurrent des organismes accompagné d'un plan pluriannuel de recrutement sur postes de fonctionnaires. Cela ne sera possible que par la mobilisation de l'ensemble de leurs personnels !

Villejuif le 12 octobre 2017

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Pour le maintien du colloque « Lutter contre l'islamophobie : un enjeu d'égalité ? » - Blog de Médiapart, 11 octobre 2017

Xov, 12/10/2017 - 08:20

C'est « une atteinte aux fondements même de nos universités, de la production de nos savoirs et de la démocratie ». Suite à l'interdiction du colloque sur la lutte contre l'islamophobie organisé par la Chaire Égalité, Inégalités et Discriminations de Lyon 2, des universitaires engagé-e-s dans la recherche académique sur les discriminations et les inégalités exigent le « maintien sans condition » du colloque.

« Toujours un groupe plus fort vise, soit à cause de sa religion, de la couleur de peau, de sa race, son origine, son idéal social ou de ses conceptions philosophiques, un groupe plus petit et plus faible sur lequel il se hâte de décharger les forces destructrices qui sommeillent en lui. » Conscience contre violence, 1936, Stefan Zweig

Suite à l'interdiction d'un colloque universitaire sur la lutte contre l'islamophobie organisé par la Chaire Égalité, Inégalités et Discriminations de l'Université Lumière Lyon 2, nous, engagé-e-s dans la recherche académique sur les discriminations et les inégalités, n'acceptons pas cette atteinte grave à notre liberté de penser le monde social avec celles et ceux qui le font.

Une chaire unique en France

L'existence de la chaire Égalité, Inégalités et Discriminations est pourtant un signe de vitalité incontestable de la recherche française, comme les initiatives sur les études de genre ou l'intersectionalité ailleurs. Forte de son existence développée sous quatre présidences et reconnue pour son expérience et ses compétences par la présidence actuelle de l'Université Lumière Lyon 2 [1], elle a été sollicitée pour l'organisation d'un colloque sur l'islamophobie. Ce colloque avait pour but de rassembler chercheur-e-s et membres de la société civile pour en interroger les contours tant théoriques qu'empiriques. Nous revendiquons en effet une recherche moderne qui se fait avec les personnes concerné-e-s - en l'occurrence des associations de lutte contre l'islamophobie - à qui nous donnons la légitimité d'exprimer une expertise acquise dans l'expérience sociale du racisme vécu par leurs membres.

Co-produire la connaissance avec les « concerné-e-s »

Si la production de la connaissance ne peut ignorer ces voix, certain-e-s pourtant, vantent encore les mérites des « comités scientifiques » comme garde-fou de l'entre-soi académique. À l'heure de la « co-production des savoirs », ils apparaissent comme la dernière manière d'enfermer la recherche dans une tour d'ivoire, loin de l'épreuve des réalités sociales. L'histoire des discriminations et des inégalités nous enseigne que ce sont en premier lieu les personnes qui les subissent qui ont construit les outils conceptuels qui ont facilité la déconstruction de ces faits sociaux. Réfléchir et penser "avec" ne signifie pas pour autant partager des agendas politiques : notre rôle s'arrête là. L'annulation d'une manifestation universitaire sur l'islamophobie aura le mérite d'offrir à de futur-e-s doctorant-e-s l'illustration de la tentative d'invisibilisation des luttes des groupes dominés par des institutions dites "démocratiques", "autonomes", et "indépendantes".

L'université touchée dans ses fondements

C'est pourquoi, nous souhaitons ré-affirmer ici la liberté intellectuelle de concevoir nos espaces de recherche. L'université est pour nous l'agora où il n'est ni de paroles ni de personnes interdites autres que celles contenues dans les limites fixées par la loi. Cet espace d'expression, de construction des savoirs, d'opposition critique, de dissensus et de conflictualité, est le lieu de rassemblement démocratique des paroles et des écrits. La censure n'y a donc aucune place. Elle est une atteinte aux fondements même de nos universités, de la production de nos savoirs et de la démocratie.

Pour une recherche critique

Les sciences sociales - plus particulièrement la sociologie - sont devenues la cible, notamment, des discours racistes et islamophobes. On l'a décrite tantôt comme une « excuse » [2] aux terroristes complices de « l'islamisme » [3] pour les un-e-s ou un « danger » [4]pour d'autres. Face au grotesque et à l'outrance, nous garderons le cap serein d'une recherche critique, conscient-e-s que l'espace social n'est pas neutre et que des rapports de pouvoir et de dominations s'y jouent.

L'ordre social raciste est-il inattaquable ?

Nous avons bien mesuré qu'étudier les discriminations et les inégalités dans le cadre français d'un universalisme républicain abstrait, c'est subvertir et remettre en question un ordre social, assis sur des dominations dont le caractère indicible leur permet de mieux perdurer. Mais n'est-ce pas là justement le rôle émancipateur de la recherche, dès lors qu'elle est faite avec les personnes concernées, de révéler par l'étude méthodique ces rapports de domination qui écrasent nos relations ?

Pour lire la fin et voir la liste des premiers signataires

[1] Prise de parole du Vice-Président en charge de la vie citoyenne et de l'égalité sur la Chaire : http://www.univ-lyon2.fr/culture-savoirs/podcasts/la-reunion-des-annees-1960-1970-emigration-deportation-et-controle-des-naissances-732706.kjsp?RH=podcasts&ksession=3ce30375-2e61-4357-bc63-c537d18dc770

[2] Manuel Valls sur les attentats du 13 novembre : « Expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser » « J'en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses...sociologiques »

[3] Céline Pina dans une tribune du journal Le figaro le 29 septembre 2017.

[4] Gérald Bronner, Le danger sociologique.

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Un cas de censure politique officielle : fermeture du blog de Jacques Sapir sur Hypotheses.org - 29 septembre 2017

Mar, 10/10/2017 - 21:00

Le texte ci-dessous est de Jacques Sapir dont le blog a été fermé. Un cas de censure explicite qui doit mobiliser la communauté universitaire (et au-delà, politique). L'auteur donne quelques pistes à la fin de son courrier.

Une pétition a été ouverte sur Change.org

Une discussion ici

Chers amis,

Chers collègues,

Mon carnet scientifique, ouvert en septembre 2012 sur Hypotheses.org vient d'être suspendu. Je ne puis plus installer de notes ni faire des modifications sur les textes publiés. Le communiqué, signé par Marin Dacos, directeur d'Open Edition dit : « Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d'accès en écriture ont été retirés à son auteur par l'équipe d'OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l'auteur du carnet y a publié des textes s'inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme. » Je conteste formellement cette affirmation et cette procédure, dont on peut s'étonner qu'elle survienne maintenant alors que je publie tout type de textes depuis l'ouverture du carnet, fin septembre 2012. Mais, tous les textes publiés sont en relation avec mes recherches, qu'il s'agisse d'articles scientifiques, de notes de travail, ou d'articles de réaction à l'actualité. Tous ces textes s'inscrivent dans le contexte de mes recherches. De plus, et il faut l'ajouter, de nombreux carnets réagissent eux-aussi à l'actualité.

Parme les textes qui me sont reprochés il y a les textes suivants qui servent de prétextes à ce blocage sont les suivants :

Candidats du passé, candidats du futur(8 avril 2017)

Ce texte est la version française de l'interview que j'avais donnée à Russia Today (RT). Je souhaitais mettre cette contribution à la disposition de mes lecteurs francophones sous une forme écrite..

Times of change for French politics(24 avril 2017)

Ce texte correspond à la version anglaise d'un article publié dans la revue russe Ekspert. Cette pratique de republier un texte paru dans un journal est fréquente sur Hypothèses.org . Par exemple, sur le carnet de Michel Wieviorka on trouve la version française de l'intéressant article qu'il a publié dans le quotidien espagnol La Vanguardia (L'autonomie du politique), ou encore un article publié dans le New-York Times ou enfin dans Libération. Que Michel Wieviorka puisse publier des articles, parus dans la presse, est une fort bonne chose et, quand on ne peut pas suivre les journaux, on est fort heureux de pouvoir retrouver ces textes. Mais pourrait-on m'expliquer ce qui justifie la différence de traitement avec moi ? Est-ce la revue russe, pourtant considérée dans son domaine comme une revue de référence ? Ou alors, faut-il croire que ce sont les opinions ?

Macron, Ferrand et la « propagande » (30 mai 2017)

Ce texte correspond à un point d'application de mes travaux dus la légitimité et la légalité. J'ai d'ailleurs publiés de nombreuses notes sur cette question
[1]

Le président Potemkine ? (2 juin 2017)

Ce texte dresse un parallèle entre la situation actuelle et l'histoire de la Russie sur la question de la communication et des représentations, et s'inscrit à la confluence de mes travaux, tant sur la Russie que sur le couple légalité/légitimité.

La phrase du communiqué « l'auteur du carnet y a publié des textes s'inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses » apparaît, alors, comme un pur prétexte. On se souvient du vieil adage « qui veut noyer son chien l'accuse de la rage ». On comprend immédiatement que pour tout auteur, et c'est mon cas, qui estime que la recherche ne se fait pas dans les limbes, les travaux scientifiques me conduisent à prendre parti dans l'agora électronique. Par ailleurs, rien dans la charte des contenus sur Open Edition ne mentionne l'interdiction d'une démarche « de tribune politique partisane ». On consultera, en annexe l'article 10 de cette dite charte.

Alors, peut-être est-ce tout simplement le succès du carnet Russeurope qui m'attire les foudres de Marin Dacos et d'Open Edition. Et il est vrai que Russeurope a connu un développement auquel je ne m'attendais pas quand je l'ai créé. Le nombre de connexions mensuelles, tout comme le nombre de visiteurs, a atteint des chiffres étonnants.

Tableau

Alors, on peut penser que ce qui aurait été toléré pour un carnet connaissant mois de 40 000 connexions par mois était devenu insupportable pour un carnet connaissant plus de 200 000 connexions mensuelles. Ne soyons pas naïf ; la jalousie, sous ses formes les plus mesquines, existe aussi dans le monde universitaire. Et ce d'autant plus qu'il était de nature publique que les articles et notes de Russeurope étaient repris sur d'autres blogs, que ce soit en France, en Belgique, en Italie. Il est, bien entendu, impossible de tenir une comptabilité précise, mais je pense que le nombre réel des lecteurs dépassait de 50% à 100% suivant les occasions les lecteurs enregistrés par Hypothèses.org. Oui, cela était de nature à fâcher les fâcheux…D'autant plus que Russeurope représentait entre 10% et 15% du flux total de la plateforme.

Il y a un autre point dérangeant dans la démarche d'Open Edition. Tous les articles cités datent de 2017, et de la période dite de « campagne présidentielle », alors que j'ai publié des prises de position dès l'ouverture du carnet. Or, je constate qu'en 2017 M. Marin Dacos est devenu « Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès d'Alain Beretz, Directeur général de la recherche et de l'innovation au Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ». Ceci correspond à une position officielle. Elle est de nature à induire un conflit d'intérêts avec sa position de directeur d'Open Edition qui, par nature, est une plate-forme ouverte à toutes les opinions.

Surtout, elle pourrait me fonder à penser qu'il y a là la source de la mesure qui me frappe. Ce n'est point tant le fait de publier des textes politiques, ou s'inscrivant dans une lecture du politique découlant de recherches scientifiques que l'on me reproche, mais bien les opinions de ces textes. Ce serait donc bien un procès d'opinion, procès sans doute mélangé des effluves recuites de la jalousie.

Devant cet état des faits, et devant les soutiens que j'ai reçus, dont celui de Dominique Lecourt et d'autres noms, que ce soit en France ou en Italie, je demande donc solennellement à Open Edition d'annuler sa mesure arbitraire à mon encontre.

Si, vous aussi, êtes choqués par ce comportement de M. Dacos et d'Open Edition, je vous invite à le faire savoir soit sur le courriel professionnel de M. Dacos (marin.dacos@openedition.org ) soit sur son compte Twitter. Je vous invite à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz, le supérieur hiérarchique de M. Dacos ainsi qu'au ministre de tutelle.

Jacques SAPIR

Mon carnet (ou Blog...)
http://russeurope.hypotheses.org/
Directeur d'études
Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales
Directeur du CEMI-EHESS
54 Bd Raspail - Bur. 335
Tel : (33) 01 40 48 65 31
75006 Paris
France

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Annexe

Extraits de la charte d'OpenEdition

Article 10. Contenu

En adhérant à la plateforme électronique du portail OpenEdition du Cléo, l'Éditeur s'engage à ne pas mettre en ligne un contenu comprenant :

— un message et/ou images faisant l'apologie d'idéologies fascistes, xénophobes, racistes ousectaires ;

— des propos diffamatoires et/ou injurieux ;

— des propos et/ou images à caractère insultant, humiliant ou portant atteinte à la vie privée d'une personne ;

— des propos et/ou images à caractère pédophile ;

— des propos et/ou images et/ou vidéos à caractère pornographique ;

— des propos et/ou images susceptibles de porter atteinte à l'ordre public, au respect de la personne humaine ou de sa dignité, à l'égalité entre les femmes et les hommes, à la protection des mineurs ;

— des propos et/ou des images encourageant, contenant ou provoquant à la discrimination, l'injure, la haine ou la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes, notamment en raison de leur origine, ou de leur appartenance ou non à une ethnie, une nation, une race ou une religion, de leur handicap, de leurs préférences sexuelles ou de toute autre différence ;

— des propos et/ou des images faisant l'apologie ou la négation ou la remise en question des crimes de guerre et/ou contre l'humanité (négationnisme) ;

— des propos et/ou images encourageant la commission de crimes et délits ou le commerce et la consommation de substances illicites, la prostitution, le terrorisme, les agressions sexuelles, le vol, le suicide, la violence, les dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, les atteints à l'autorité de la Justice ;

— des éléments portant atteinte à des droits de propriété intellectuelle (marque, droit d'auteur, dessins et modèles, brevets) ;

— des propos et/ou images portant au droit de la personnalité (atteinte à la vie privée, divulgation d'une image sans l'autorisation de la personne, divulgation de données privées et/ou personnelles…).

[1] Par exemple :

http://russeurope.hypotheses.org/763Comment sommes-nous dépossédés de la Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/765 Légalité, Légitimité et les apories de Karl Schmitt

http://russeurope.hypotheses.org/2300 Souveraineté et Ordre Démocratique 1

http://russeurope.hypotheses.org/2333 Souveraineté et Ordre Démocratique 2

http://russeurope.hypotheses.org/2393Etat Social et Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/4263 La Société au risque de la Souveraineté

http://russeurope.hypotheses.org/4330 Tyrannies et Dictature

https://russeurope.hypotheses.org/5319, Etat de Droit et Politique.

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Lettre du président de Strasbourg pour retirer la "procédure presse" - 10 octobre 2017

Mar, 10/10/2017 - 20:21

Cher.e.s collègues,

La presse, un syndicat, des élus se sont émus de la mise en place d'une procédure presse par l'université. Cette procédure, formalisant la mise en œuvre d'une recommandation d'un audit interne, donc notre Conseil d'administration a eu connaissance, avait pour seul objectif de mieux relayer les prises de position scientifiques et les projets événementiels de tous personnels ou composantes, ou services de l'université. L'unique but était que le service communication soit tout simplement informé et à même de faire le travail qu'une grande université est en droit d'attendre de lui.

Il s'agissait aussi de faire connaître l'offre de service à toutes et tous l'appui que cette direction centrale de notre université peut offrir à ses personnels. Pour des raisons qu'il ne m'appartient pas de connaître, cette initiative a pu parfois être interprétée comme la mise en cause de nos libertés académiques, auxquelles vous connaissez mon attachement personnel et institutionnel.

C'est pourquoi la procédure est suspendue sine die, puisqu'elle semble générer des réactions aussi inattendues que polémiques. J'en suis à la fois surpris et peiné. Je veux profiter de ce message pour dire toute ma confiance, ainsi que celle de l'équipe de présidence, au service de la communication de notre université qui n'a qu'une ambition : être au service de tout.e.s et offrir à toutes les entités internes une expertise en matière de communication.

Je voudrais également rappeler que ma porte est toujours ouverte pour la discussion et l'échange.

Michel DENEKEN

Président de l'université de Strasbourg

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Le SNESUP-FSU de l'Université de Strasbourg demande le retrait immédiat de la « procédure presse » - Communiqué de presse du 9 octobre 2017

Lun, 09/10/2017 - 17:07

Dans un message électronique du 5 octobre, Michel Deneken, Président de l'Université de Strasbourg, a informé les directeurs et directrices de composante et de laboratoire ainsi que l'ensemble des membres des conseils centraux et les représentant.e.s des personnels du Comité Technique d'Etablissement (CTE), de l'existence d'une « Nouvelle procédure pour les relations avec la presse de l'Université de Strasbourg » et de « la nécessité » pour tous les personnels « de la mettre en œuvre ».

Cette procédure fait obligation à toutes les structures et à tous les personnels de l'université - « personnels administratifs » comme « enseignants-chercheurs » et plus largement « toute personne travaillant à l'Université de Strasbourg » - de soumettre tout projet de communication à la presse au Service communication, dans un délai de 10 jours au moins avant l'événement, et de ne communiquer aux médias qu'après « accord du service de la communication ». En outre, il est fait mention d'une obligation d'informer « le(la)directeur(rice) de [ma] composante, de [mon] service ou de [mon] laboratoire ». Nous relevons au passage la rédaction infantilisante de ce texte, l'emploi de la première personne (« mon », « ma », « je dois »...) ne répondant en rien aux standards des milieux professionnels.

Le SNESUP-FSU constate en revanche que la libre expression syndicale est évidemment préservée n'étant pas soumise à une « autorisation préalable ». En effet, « les informations entrant dans le cadre d'une action syndicale » ou « d'une prise de parole au nom d'une association de présidents, d'écoles (Ariut, Adiut, etc) ne sont pas concernées par cette procédure ». Le SNESUP-FSU de l'Université de Strasbourg n'en dénonce pas moins les implications de cette procédure :

1. Par souci d'« efficience » et au prétexte d'harmoniser la communication de l'université, la « procédure presse » institue de fait le Service communication, fonctionnellement rattaché à la présidence, en organe de centralisation, de contrôle et de possible censure de l'expression des personnels, des enseignants-chercheurs, des laboratoires et composantes de l'université.

2. Par le caractère obligatoire qu'elle comporte, par son énonciation et son mode de transmission, cette procédure s'apparente à une note de service. Elle constitue une entorse au principe à valeur constitutionnelle « d'indépendance et d'entière liberté d'expression » dont jouissent les enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de recherche (article L. 952-2 du Code de l'éducation), principe d'ailleurs rappelé à l'article 57 des statuts de l'Université de Strasbourg.

Dans cette affaire, le SNESUP-FSU de l'Université de Strasbourg doit déplorer, une fois de plus, que la présidence de l'Université de Strasbourg s'illustre par un acte de contournement de la démocratie universitaire et, dans le cas présent, d'entorse aux principes et règles qui régissent le fonctionnement des universités et le statut propre des enseignants-chercheurs.

À tout le moins, cette procédure dont les dispositions ont des conséquences majeures sur le fonctionnement de l'établissement et la vie démocratique de la communauté universitaire aurait dû faire l'objet d'une consultation préalable des instances de l'université, en particulier du CTE et du CA. Mais, en l'espèce, elle n'en demeurerait pas moins contraire aux dispositions réglementaires régissant l'Enseignement Supérieur et la Recherche.

Le SNESUP-FSU de l'Université de Strasbourg demande le retrait immédiat de la « note de service » dite « procédure presse ». A défaut de ce retrait, il se réserve la possibilité de formuler tous les recours utiles à son annulation. Sans attendre, il alerte les tutelles (rectorat et ministère) et leur demande de procéder aux contrôles de légalité qu'exige une telle procédure.

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Budget de la recherche 2018 : la vérité est dans le bleu - Sylvestre Huet, Sciences2, blog du Monde, 8 octobre 2017

Lun, 09/10/2017 - 10:50

Zéro. Zéro création d'emplois stables dans les laboratoires de la recherche publique. Celle dont partent les ruptures du savoir qui préparent les ruptures technologiques et la compétitivité future du pays. Zéro création donc. Un symbole. Un chiffre rond, facile à retenir. Qui prête à l'ironie.

D'où sort ce chiffre, alors que la ministre de l'Enseignement supérieur annonce un budget en hausse de 501 millions pour la recherche publique ? Tout simplement du « bleu ». Le bleu budgétaire, le document que ne vont lire que quelques députés, mais qui contient le vrai programme du gouvernement pour 2018. Et voici le tableau que l'on y trouve, dans l'annexe consacrée aux « opérateurs » de la recherche :

L'ennui de ce triste tableau c'est qu'il incarne, dans la chair de la science qui est d'abord affaire de cerveaux, l'ambition réelle du Président de la République Emmanuel Macron pour la recherche scientifique publique. Une ambition nulle, donc, l'autre manière, moins polie, d'énoncer le zéro mathématique dans un langage plus politique.
Acharnement bureaucratique

Et cela pour obéir à un dogme – il faut diminuer le nombre de fonctionnaires – pour le moins stupide en cette matière puisque nul (désolé, je n'ai pas résisté), parmi les responsables politiques, n'ose revenir sur l'argumentaire et les engagements de la Stratégie de Lisbonne, lorsqu'en 2000 l'Union Européenne se vantait de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive au monde. Avec 3% du PIB en moyenne, plus pour la France, consacré à la recherche, dont 1% pour la recherche publique. Or, comme il avait été dit à l'époque par nombre de personnes raisonnables dont le Commissaire à la recherche Philippe Busquin, il est impossible d'atteindre ces objectifs sans augmenter les effectifs de la recherche publique.

Le détail par Organisme de recherche fait penser à un acharnement bureaucratique visant à aboutir à toute force au zéro final. Donc, certains affichent un chiffre identique, à l'unité près, à l'effectif de 2017. C'est le cas pour les 2 120 de l'Institut de recherche pour le développement (il est vrai que pour lutter contre l'immigration que le gouvernement veut réduire, il est inutile d'aider l'Afrique à se développer…). Ou pour les 1 793 de l‘INRIA… bizarre, on avait cru comprendre que, pour notre Président, le numérique et l'informatique sont censés nous sortir du marasme économique. C'était bien la peine de s'embourber dans l'affaire du financement de sa visite de ministre à Las Vegas.

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Bâillonner les universitaires - Jérôme Valluy, blog de Médiapart, 8 octobre 2017

Dom, 08/10/2017 - 20:47

Plus de discussions libres entre universitaires et journalistes : l'Université de Strasbourg vient d'édicter une note de service fixant une procédure générale de subordination de toute expression publique auprès des médias, notamment des enseignants-chercheurs ainsi soumis au bon vouloir des services centraux de communication et du président de l'université de Strasbourg.

Dans l'affaire de censure politique de Jacques Sapir par la coupole d'OpenEdition, depuis le 26 septembre, le silence des universitaires et de leurs associations et syndicats, depuis trois semaines, est impressionnant. A quelques exceptions près : http://libertescheries.blogspot.fr/2017/09/menace-sur-la-pensee-libre-le-blog-de.html

Dans l'affaire certes plus récente de censure, d'un autre type, mais tout aussi politique du colloque sur l'islamophobie à Lyon 2, les réactions de la communauté universitaire et de ses syndicats, sur le plan national, se font encore cruellement attendre : https://www.mediapart.fr/journal/france/051017/un-colloque-universitaire-sur-l-islamophobie-annule-sous-la-pression

La somme des lâchetés individuelles risque de se payer collectivement... au prix fort !
Cette phrase ne vise pas, les collègues directement engagés, bon gré ou mal gré, dans telle ou telle des affaires qui seront listées ci-dessous. Elle vise celles et ceux, beaucoup plus nombreux, extérieurs à chacune de ces affaires, dans l'ensemble des universités françaises, qui ne disent rien et ne font rien contre la censure et les attaques portant atteinte aux fondements mêmes de nos métiers... et aussi à ce que nous en laisserons à celles et ceux qui nous succèderont... "Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles" (E.Plenel)

Voici, la suite de l'histoire, au concret, dans un établissement malheureusement toujours pionnier sur beaucoup de domaines : une procédure générale de subordination de toute expression publique des enseignants-chercheurs ainsi soumis au bon vouloir des services centraux de communication et du président de l'université de Strasbourg. Elle a fait, le 5 octobre 2017, l'objet d'une lettre du président à l'ensemble de l'université que vous trouverez ci-dessous (après mon message) et d'un document de procédure que vous trouverez ci-joint (en PDF) ; c'est édifiant .

Naturellement, cette procédure porte atteinte à l'indépendance des enseignants-chercheurs et l'on retrouve la question que je viens de poser aux collègues membres du comité scientifique d'OpenEdition.

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Stéphane Bern, nouvel « ambassadeur » pour le Val-de-Loire, ou l'Histoire par les nuls - La rotative, 2 octobre 2017

Ven, 06/10/2017 - 21:43

La région Centre-Val de Loire, par le truchement de son président, François Bonneau, a fait de Stéphane Bern « l'ambassadeur de la Renaissance » aux côtés du Comité de pilotage qui doit organiser en 2019 la célébration des 500 ans de la Renaissance.

« Le Centre-Val de Loire réinvente ses Patrimoines ! » Si l'on en croit le carton d'invitation à la conférence de presse que doit tenir aujourd'hui François Bonneau, le président de la Région Centre-Val de Loire [1], le rayonnement patrimonial, devenu outil politique loin de toute cohérence historique, est bien un des leitmotivs de nos édiles. Entre l'anniversaire des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci et de la naissance de Catherine de Médicis, sans oublier la célébration de la pose de la première pierre du château de Chambord, l'année 2019 s'annonce bling-bling pour l'événementiel régional. De quoi « lancer une dynamique exceptionnelle mêlant patrimoine ; culture ; sciences ; art de vivre ; jardins ; architecture ; numérique et économie ».

Bien sûr, les rabat-joie ergoteront sur la haute volée du comité de pilotage dans lequel nous trouvons des hommes politiques et des gestionnaires ou propriétaires de châteaux, mais aucun historien. On pourrait en effet imaginer qu'un événement de ce type demanderait un semblant de garantie intellectuelle et scientifique, pour assurer une logique d'ensemble. Mais plutôt que d'inviter des historiens au sein de son comité de pilotage, la Région a préféré s'assurer les services d'une personnalité de renom : Stéphane Bern, qui a été intronisé pour l'occasion « ambassadeur des 500 ans de la Renaissance en Centre-Val de Loire ».

Stéphane Bern, ou la modernité est un archaïsme à la mode

Évidemment, l'omniprésent Stéphane Bern sait ce qui est bon pour nous et s'en explique, quitte à embrasser sans scrupules une conception arriériste et tendancieuse de l'histoire :

« On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Si vous voulez toucher 5 millions de personnes, vous ne pouvez pas faire de la dialectique historique. Je suis persuadé que ce qui rend l'histoire accessible, c'est que vous retrouvez les passions humaines, l'amour, le sexe, le pouvoir et l'argent. Les gens ont besoin de s'identifier. C'est juste une porte d'entrée mais j'ai conscience que c'est parcellaire. » [2]

Parcellaire ? C'est le moins que l'on puisse dire ! Entre châteaux et monastères, intrigues de salon et coucheries sur divan de soie, la porte d'entrée choisie tient plus du voyeurisme que de l'histoire.

Et les soirées de l'ambassadeur promettent ! Adepte des monuments de prestige et de l'histoire linéaire, ne se cachant pas d'aimer l'Ordre et la Monarchie, Stéphane Bern (avec ses homologues Franck Ferrand, Dimitri Casali ou encore Lorànt Deutsch) joue sur la nécessaire simplification médiatique pour verser dans le roman national. Un roman national forcément conservateur, d'ailleurs [3]. Sans aucune méthodologie et avec bien peu de scrupules dans le choix des thèmes qu'ils présentent au grand public, ces médiateurs sont véritablement des « militants réactionnaires au sens propre » :

Parce qu'ils valorisent un passé idéalisé et fabriqué contre ce qui leur déplaît dans le présent ; mais aussi réactionnaires dans leur conception de l'histoire ; ils négligent tous les subtils progrès d'un champ de recherche qui n'a cessé de s'ouvrir. [4]

Vision étriquée, nationaliste, conservatrice, fantasmatique des faits historiques, histoire spectacle rétrograde... les mots ne manquent pas aux historiens qui ont un peu réfléchi à leur sujet pour qualifier ces nouveaux propagandistes, plus adeptes des légendes noires, des stéréotypes et des fausses évidences que de la discussion historiographique ou tout simplement de l'histoire un peu scientifique et sérieuse [5]

En plein dans le Centre

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[1] Ledit carton est disponible sur le site de l'AFP.

[2] Interview sur le site de Libération

[3] Voir à sur ce point : Suzanne Citron, Le mythe national : L'histoire de France revisitée, 2008 (réédition. 2017), Les Editions de l'Atelier.

[4] Propos tenus par Nicolas Offenstadt (auteur de L'Histoire bling bling – Le retour du national, en 2009) dans la préface du livre de William Blanc, Aurore Chéry, et Christophe Naudin Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson : la résurgence du roman national, éditions Libertalia, 2016.

[5] Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à jeter ça et là des coups d'œil sur les réactions qui fusent depuis quelques jours à propos de la nomination de Stéphane Bern par Emmanuel Macron..

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Un colloque universitaire sur l'islamophobie annulé sous la pression - Faïza Zerouala, Médiapart, 5 octobre 2017

Ven, 06/10/2017 - 20:05

Une conférence mêlant universitaires et acteurs associatifs dédiée à l'islamophobie devait se tenir à l'Université de Lyon-2, avant de subir une offensive menée par le Printemps républicain et l'extrême droite. Les organisateurs dénoncent une atteinte à la liberté d'expression.

Pour lire l'article sur le site de Médiapart

La controverse aurait pu rester confinée dans les tréfonds des réseaux sociaux. Depuis l'annonce de la tenue le 14 octobre à l'Université Lyon-2 d'un colloque intitulé « Lutter contre l'islamophobie, un enjeu d'égalité ? », une véritable mobilisation s'est organisée, du Printemps républicain à l'extrême droite, conduisant finalement l'établissement à annuler l'événement. Les organisateurs dénoncent une atteinte à liberté d'expression, alors que d'autres événements du même type ont failli subir le même sort ces derniers mois.

Cette fois encore, c'est le Printemps républicain – ce collectif, venu de la gauche tendance vallsiste, qui fait la promotion d'une laïcité stricte – qui a enclenché la croisade numérique, avec le concours de la Licra. Puis l'ex-élue locale socialiste, devenue essayiste, Céline Pina a publié une tribune dans Le Figaro Vox, le 28 septembre dernier, donnant ainsi à l'événement une plus forte résonance.

La « laïcosphère » est appuyée par l'extrême droite dans son entreprise de dénonciation d'un tel colloque. Le site Fdesouche s'en indigne dès le 21 septembre tout comme l'émanation « jeune » du Bloc identitaire, Génération identitaire, bien implantée à Lyon qui publie un communiqué sur Facebook huit jours plus tard.

La mobilisation a payé car, sous la pression, la présidence de l'Université Lyon-2 a annoncé le 3 octobre l'annulation pure et simple de cette réunion, à laquelle une centaine de personnes s'étaient déjà inscrites. Officiellement, il s'agit de raisons de sécurité. Dans un communiqué – le seul élément rendu public avant une conférence de presse de rentrée prévue le 11 octobre –, l'université promet de « poursuivre et approfondir les échanges avec les auteurs/rices de la société civile sur toutes les questions, y compris les plus sensibles, qui la traversent ».

Organisé par la chaire « Égalité, inégalités, discriminations » de Lyon-2 avec le concours de l'Institut supérieur d'étude des religions et de la laïcité (ISERL), l'événement devait permettre à plusieurs associations de débattre aux côtés d'universitaires. La démarche était ainsi justifiée dans la présentation de cette journée de réflexion : « Cette articulation entre le militantisme pour les droits humains et la réflexion universitaire vient montrer que les phénomènes qui préoccupent la société font écho à l'intérêt porté par l'université aux problématiques sociales. Il n'existe pas de cloisonnement hermétique entre ces deux mondes qui, au contraire, se complètent pour la construction d'une collectivité responsable et citoyenne. »

Ainsi les organisateurs ambitionnaient-ils de montrer que le monde universitaire n'est pas hermétique aux interrogations de la société. Le colloque entendait aussi réfléchir à cette notion d'islamophobie, contestée par ceux qui jugent qu'elle muselle toute critique de la religion musulmane. Les initiateurs de cette journée expliquent ainsi avoir voulu questionner de manière scientifique le terme d'islamophobie et essayer de comprendre si cette notion est une demande et une recherche d'égalité ou si elle relève seulement de l'affirmation identitaire.

De fait, la démonstration est un échec et pose question sur la liberté des universitaires de se saisir de sujets brûlants. Tous les participants déplorent ce qu'ils vivent comme « une censure ». Certains évoquent même la possibilité de tenir ce colloque dans un lieu qui ne serait pas soumis à ces pressions, comme une salle privée. Un autre propose de publier une tribune commune, dans Le Figaro, là d'où tout est parti, comme droit de réponse.

Dans un communiqué, la Ligue des droits de l'homme a condamné le 5 octobre une « atteinte à la liberté d'expression » de la recherche et dénonce « un acte de censure ». La LDH dénonce aussi les « outrances et mensonges qui ont accompagné cette campagne » et regrette que la présidence de l'Université Lyon-2 ait cédé à cette pression. Invité à réagir dans le Bondy blog, Yasser Louati, cofondateur de l'organisation antiraciste Comité justice et libertés et ancien porte-parole du CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France), se dit « consterné ».

Il poursuit : « Un débat est censuré, annulé à cause de pressions d'organisations extrémistes, d'extrême droite et laïcardes qui se retrouvent sur un point de convergence : la censure des débats autour de l'islamophobie. D'un côté, on promet la liberté d'expression, et à raison, et de l'autre, l'université se plie aux pressions et c'est très inquiétant quant à la libre expression et circulation des idées. »

L'avocat Gilles Devers devait également faire partie de l'un des panels. Lui ne comprend même pas le fondement juridique de cette volte-face. « Les motifs de l'interdiction ne tiennent pas, il n'y avait pas de risques tels que la police n'aurait pas pu y faire face… Le programme est le même depuis le début, il n'y a pas eu d'élément nouveau permettant un revirement de la direction de l'Université », explique-t-il.

À quelques semaines de sa tenue, le colloque a fait l'objet d'une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux. Des mails de protestation ont été envoyés à Nathalie Dompnier, présidente de l'Université de Lyon. Dans l'un de ces courriers que nous avons pu consulter, on peut par exemple lire que ce colloque est « islamiste » ou encore qu'en l'accueillant, l'établissement « cautionne les thèses et les idées totalitaires de l'islamisme politique ».

Tout commence sur Twitter. Le politologue Laurent Bouvet, l'un des animateurs actifs du Printemps républicain, publie un tweet le 22 septembre dénonçant un colloque « plein d'intervenants islamistes ».

Le compte « Sofia Izbak », déjà à la manœuvre lors de l'attaque contre l'association Lallab (lire l'article de Louise Fessard sur le sujet), publie des tweets sur le sujet dès le 22 septembre.

Le Comité laïcité et république de Patrick Kessel, ancien grand maître du Grand Orient de France, dénonce dans un communiqué le 30 septembre la « laïcophobie » (sic) de certains universitaires accusés de « flatter le communautarisme et soutenir l'irruption dans la société des exigences religieuses ». Même champ lexical pour la Licra qui publie un communiqué d'une teneur identique. « Aujourd'hui, l'islam politique utilise les mêmes méthodes à l'Université Lyon-2, pour faire labelliser des thèses indéfendables comme celle de “l'islamophobie d'État” en présence d'un fiché S. Comme pour l'extrême droite, il nous faut être intransigeants avec ces initiatives et dénoncer “les idiots utiles” qui ont une fois de plus ouvert les portes de l'Université aux ennemis de la liberté. »

Céline Pina, qui a par ailleurs fondé en 2016 l'association Viv(r)e la République avec une enseignante en collège Fatiha Boudjahlat, brocarde la présidence de l'Université qui soutient à ses yeux « un raout islamiste » ou encore « une manifestation politique extrémiste, travestie en communication scientifique ».

Dans Causeur, l'une des plateformes préférées de cette mouvance, l'enseignante Barbara Lefebvre raconte l'offensive concertée, déclenchée par la tribune de Céline Pina. Fdesouche s'enorgueillit d'avoir été le catalyseur de cette annulation. Là où le Printemps républicain la revendique également… Lequel somme le journaliste de Rue 89 qui a écrit sur l'annulation du colloque de rétablir la chronologie des faits et le félicite lorsqu'il l'a fait.

D'emblée, les récriminations s'étaient cristallisées sur Jean-Louis Bianco, le président de l'Observatoire de la laïcité, rattaché au premier ministre, jugé par les mêmes comme trop complaisant avec l'islamisme. En réalité, ce dernier ne devait pas être présent au colloque. L'une de ses contributions devait seulement être lue à la tribune.

Puis l'attention s'est déportée vers les autres membres de la liste des participants, épluchée par cette nébuleuse. Une partie d'entre eux est accusée par ces différents réseaux d'être des chevaux de Troie de l'islamisme, donc indignes de prendre la parole dans un tel événement. Fonctionnant par logique de capillarité et par anathèmes, plusieurs des intervenants sont ainsi jugés coupables d'être proches de l'islamologue Tariq Ramadan. Certains – sans qu'aucune preuve soit apportée – seraient des agents des Frères musulmans. D'autres se voient reprocher leur opposition à la loi de mars 2004 qui proscrit les signes religieux, dont le voile, à l'école. Ou des positions vues comme contraires à la laïcité. L'un des participants, Souhail Chichah, rattaché à l'Université de Lyon-2, est discrédité pour avoir protesté lors d'une intervention de l'essayiste Caroline Fourest à l'Université libre de Bruxelles.

Le président de la Coordination contre le racisme et l'islamophobie (CRI), Abdelaziz Chaambi, militant antiraciste de longue date dans la région lyonnaise, ancien dirigeant fondateur des éditions Tawhid décrites comme publiant « la propagande des Frères musulmans », est accusé d'être fiché S. Même regard sur Djamila Farah, responsable de la CRI, « militante acharnée contre la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école », qui s'est présentée en France aux élections législatives sous l'étiquette du Parti égalité justice du président turc Erdogan.

Lila Charef, directrice juridique du CCIF, ou même François Burgat, de l'Université d'Aix-Marseille, sont aussi considérés comme des ennemis à combattre. Ismahane Chouder, coprésidente du Collectif féministe pour l'égalité, une association cofondée par la féministe Christine Delphy fin 2004 en réaction à la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques, est accusée d'avoir participé aux manifestations contre le mariage pour les couples homosexuels. Elle est aussi membre de PSM (Participation et spiritualité musulmane), une association qui a participé en 2013 à l'université d'été d'Alliance Vita, groupuscule militant contre l'avortement.

Comme elle l'a expliqué à Mediapart, elle nie avoir participé à ces manifestations. « À titre personnel, je me suis toujours élevée contre ces méthodes limite fascisantes. J'ai signé toutes les pétitions en Espagne, en Pologne, etc. Mais à chaque fois que je suis invitée à un festival LBGT ou autre, ces réseaux proches des Identitaires et du Printemps républicain font passer cette photo aux organisateurs pour tenter de démontrer mon double discours. » Quant à la présence de PSM aux côtés d'Alliance Vita, il s'agit, assure-t-elle, de l'initiative personnelle, « malheureuse », d'un membre qui a ensuite publié son compte-rendu.

Menace sur la liberté universitaire

Selon un protagoniste du colloque, « le but de l'université est d'interroger des notions. Là, ces militants qui se disent laïcs se comportent en police de la pensée ». Vincent Geisser, sociologue et chercheur au CNRS/Iremam à l'Université d'Aix-Marseille, devait y participer. Il déplore l'annulation de cet événement et désapprouve les méthodes employées : « Les militants visés sont stigmatisés comme voulant islamiser la France. Or ils sont dans une logique de dialogue et ne sont pas haineux. Il y a des gens avec des biographies diverses. La limite, c'est la loi. Sont-ils négationnistes par exemple ? Non. On noie cette pluralité pour empêcher la discussion et on empêche les passerelles. Avec cette attitude, on va favoriser le discours de ceux qui, justement, pensent que la France est raciste. »

Patrick Rozenblatt, responsable de la chaire « Égalités, inégalités et discriminations », co-organisatrice du colloque, espérait produire lors de cette journée une discussion éclairée et ouverte. « C'est grave qu'un an et demi de travail soit mis au placard. On dirait qu'il y a le feu dans la société française à cause de ce colloque ! On voulait seulement faire entendre plusieurs voix. » Djaouida Sehili, sociologue, responsable scientifique de la chaire, confirme : « L'idée de ce colloque était d'entrer dans un processus de déconstruction de certaines représentations. Par exemple, dans le programme, on parle d'islamophobie. Qu'est-ce que ça veut dire, comment on l'emploie ? Il me semble que si le colloque avait pu avoir lieu que cela aurait été heuristique, constructif, intéressant. Ce qui s'est produit montre paradoxalement que c'est un enjeu. »

Dépité, Patrick Rozenblatt s'inquiète des conséquences d'une telle annulation sur la capacité de la société à s'interroger sur des sujets devenus, de fait, cruciaux. « S'il est interdit de rentrer en débat sur n'importe quelle terminologie dans la société française… Il y a quand même quelque chose qui ne va pas dans le pacte républicain. Ça ne choque personne. En France, on interdit donc de réfléchir à une terminologie », déplore-t-il.

Quant à lui, Vincent Geisser est d'autant plus déçu qu'il projetait d'apporter la contradiction en étant critique sur la question de l'islamophobie. « Je dénonce les usages abusifs faits de ce terme et la notion d'islamophobie d'État. Il n'y a pas de lois comme à Vichy ou dans les colonies avec un régime d'exception. Cette interdiction à mon sens ne favorise pas les espaces de lutte universaliste contre le racisme. Les juifs défendent les juifs, les homosexuels luttent contre l'homophobie et les Noirs contre la négrophobie. Là, on recrée du passionnel et on relégitime le cloisonnement. »

Le sociologue a le sentiment de revenir à l'époque où l'islamologue Tariq Ramadan ou les débats sur le voile avec l'interdiction des signes religieux créaient ce genre de crispations au début des années 2000. Alors aussi, des débats étaient annulés. « Nous sommes dans un climat régressif. C'est un symptôme de la frilosité de la société de réfléchir autour de notions complexes. Mais ce n'est pas étonnant dans un sens puisque l'université, en dépit des apparences, n'est pas un espace protégé de débat. Elle fonctionne plutôt à la censure et est sensible aux questions de sécurité. »

Le sentiment est partagé par François Burgat. L'islamologue rappelle lui aussi que plusieurs conférences ont fait l'objet du même sort. Lui-même devait intervenir au CNRS et a vu cette intervention annulée. Il considère qu'une telle interdiction est « grave » car, dit-il, « on est dans la posture de Valls. Expliquer, c'est excuser. C'est extrêmement dommage et inquiétant ».

Gilles Devers en tant qu'avocat perçoit les mêmes menaces sur la liberté de parole, avec cette décision qui pourrait faire des émules. « Il y a ici une logique de censure par rapport à ce que vous êtes susceptibles de dire avec cette interdiction a priori. On est responsables devant le pénal. Nous, on souhaite que ce colloque se tienne et que tout le monde puisse juger des propos tenus. Cette affaire est révélatrice d'une dérive entamée depuis 2004 avec la loi d'interdiction des signes religieux où on sanctionne un comportement. »

La réflexion ayant présidé à l'organisation de ce colloque est née avec les attentats de janvier 2015. Frédéric Abécassis, l'un des organisateurs du colloque, universitaire et co-président de Raja-Tikva, association d'amitié arabo-juive, en raconte la genèse : à l'époque, plusieurs associations musulmanes de l'agglomération lyonnaise ont commencé à discuter entre elles, afin de comprendre l'inquiétude, voire la défiance, d'une partie de la population vis-à-vis des Français de confession musulmane. Elles voulaient aussi s'employer à donner une autre image de l'islam que celle véhiculée par les terroristes.

Ces associations ont entrepris très vite de s'ouvrir à d'autres pans de la société civile, confessionnelle, mais aussi de tradition non confessionnelle. C'est le cas de Coup de soleil en Rhône-Alpes qui travaille depuis trente ans sur la longue durée de l'histoire franco-algérienne ; ISM Corum, qui met en avant les discriminations, ou encore bien sûr de Raja-Tikva. Les échanges entre toutes ces composantes ont parfois été vigoureux, se remémore Frédéric Abécassis.

Celui-ci le reconnaît, elles étaient demandeuses « de dialogue mais aussi de reconnaissance ». Avant ce colloque, il y a eu une journée d'étude qui avait été organisée en partenariat avec l'Institut supérieur d'étude des religions et de la laïcité (ISERL) le 5 mars 2016. Le thème en était « Islamophobie, le poids des mots, la réalité des maux ». C'était un préalable réclamé par Frédéric Abécassis. « Il n'était pas question de faire un colloque si on n'avait pas fait une journée d'étude autour du terme controversé d'islamophobie, jamais pris pour argent comptant. Cette journée a permis de lever beaucoup de préventions chez des militants d'associations laïques et musulmanes aussi. On se situe tous sur le terrain républicain et cela a fluidifié les choses. On voulait vraiment un discours modéré et surtout que d'autres discriminations comme le sexisme, l'antisémitisme ou l'homophobie figurent aussi dans la discussion. »

De fait, il est déçu de cette annulation. « Les opposants ont opté pour la stratégie de vautours. Ils ont jeté en pâture des noms dans l'opinion. C'est d'une violence inouïe de dire à ces gens qu'ils n'ont pas leur place à l'université. Ici, il s'agit de dire que les musulmans n'ont pas leur place dans la cité française sauf s'ils sont de bons musulmans. Est-ce qu'on soigne des questions sociales en faisant taire ? » Ce colloque reposait sur le pari de laisser s'exprimer des propos, même outranciers (à l'exception évidemment de ceux qui tombent sous le coup de la loi), dans une enceinte universitaire.

L'année dernière, un colloque consacré à l'intersectionnalité avait failli subir le même sort. In extremis, il a été autorisé, et seule la partie destinée à la formation des enseignants a été repoussée à une date ultérieure.

Cette conférence, baptisée « Penser l'intersectionnalité dans les recherches en éducation », a fait l'objet d'une intense polémique à tel point qu'elle s'est déroulée sous la protection des forces de l'ordre, avec fouilles à l'entrée et force contrôles. Plusieurs enseignants-chercheurs et formatrices à l'ESPE, les nouveaux IUFM, voulaient réfléchir à l'imbrication des rapports de genre, race, classe dans la fabrication des discriminations à l'école. Rien de subversif de prime abord.

À l'époque, le Mouvement républicain et citoyen (MRC) du Val-de-Marne avait dénoncé « une atteinte au principe d'égalité républicaine ». Le mouvement a demandé l'annulation de ces journées d'études « identitaires ».

Il a été relayé par le site d'extrême droiteFdesouche, soutenu par Marine Le Pen qui a dénoncé l'initiative dans un meeting à Perpignan au mois d'avril. Causeur et Boulevard Voltaire se sont indignés à leur tour. L'une des co-organisatrices, la maîtresse de conférences à l'ESPE de Créteil Fanny Gallot, explique toutefois qu'elle n'imaginait pas que l'organisation de ce colloque prendrait de telles proportions : « Cela veut dire qu'on a mis le doigt sur quelque chose d'essentiel et que la question doit être posée et discutée. »

De son côté, Lila Belkacem, son homologue, n'est pas si surprise de cette polémique : « De nombreuses recherches qui interrogent l'ordre social sont exposées à des attaques de ce type. Pour certains, derrière cette opposition à l'intersectionnalité par exemple, il y a un déni des discriminations ethnoraciales, et un souci d'invisibiliser le rôle des institutions dans la production des inégalités et des discriminations. C'est la même chose pour l'islamophobie. »

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Les nouvelles de Félix Potin (ou : les petits plaisirs de ma vie universitaire réformée)

Xov, 05/10/2017 - 19:30

SLU a ouvert une nouvelle rubrique, consacrée aux petites annonces que l'on reçoit de sa fac, tout au long de l'année, qui vous font prendre la mesure de ce qu'est la vie dans l'université réformée ou dans la langue nouvelle de l'excellence. N'hésitez pas à envoyer vos témoignages, messages, etc. pour nourrir la rubrique.

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6/ Ah, Strasbourg, modèle de l'Université même…

Chers et chères collègues,
Mesdames et Messieurs,

L'impact médiatique d'un événement, d'une action, d'une prise de position par un membre de la communauté universitaire dans la presse peut avoir des conséquences importantes sur l'image générale de l'université, positivement ou négativement.

C'est pourquoi le service communication a formalisé une procédure relative aux relations presse, que je vous adresse aujourd'hui. Cette démarche fait suite à l'une des recommandations de l'audit consacré à la fonction communication, qui préconise que le cabinet de la présidence et le service communication soient a minima informés de toute démarche en direction de la presse, ce qui permettra aussi de mieux suivre et repérer les retombées presse générées par ces actions.

Cette procédure explique très clairement, en fonction des situations, comment procéder et quelle aide le service communication est en mesure de vous apporter.

Merci d'accorder à cette nouvelle procédure toute l'attention nécessaire et d'informer vos collègues et collaborateurs de son existence et de la nécessité de la mettre en œuvre.

Très cordialement,

Michel Deneken
Président de l'Université de Strasbourg

Le SNES-UP FSU de Strasbourg a publié un communiqué sur ce courrier.

5/ Toujours Bordeaux, la ville de l'avenir !

"Cette année, certains collègues se retrouvent avec des très grands groupes de TD dans une salle de cours dont la capacité d'accueil n'est pas suffisante. Les étudiants viennent donc chercher des tables ou des chaises dans les salles voisines.
Si vous êtes concerné par ce problème, nous vous serions reconnaissants de veiller à ce que le mobilier soit remis dans sa salle d'origine à la fin de votre cours et disposé dans la configuration initiale.
"

4/ Encore Bordeaux (le même document ?)

"Comme vous le savez, le gouvernement a annoncé une forte réduction des contrats aidés. Leur nombre baisse drastiquement dès cette année, passant de 459 000 en 2016 à 310 000 en 2017 en attendant une nouvelle baisse en 2018. A l'Université Bordeaux Montaigne, l'entretien et la documentation sont affectés par cette mesure avec la disparition progressive de 23 Contrats aidés. (...)
C'est pourquoi nous vous demandons de nous aider à assurer la propreté de nos espaces communs et le respect du travail de nos collègues dans ce moment difficile
."

3/ Septembre 2017, dans un document de rentrée, déclinaison bordelaise d'un Plan Investissement Avenir (PIA3)

« Les prévisions d'effectifs à la hausse, sans moyens supplémentaires, nous invitent à faire preuve d'inventivité, afin d'absorber des afflux sans dégrader la qualité de la formation »

2/ 12 septembre, Aix-Marseille university

« une certaine unanimité approuve ce classement »
Ainsi est annoncé le résultat d'un vote dans le département de lettres.

1/ 4 septembre 2017, université de Bourgogne

Les enseignants-chercheurs, enseignants et personnels des différents bâtiments de l'université sont informés que "le parc de stationnement situé entre le bâtiment Sciences Gabriel et le bâtiment Droit-Lettres sera fermé demain mardi 5 septembre 2017 toute la journée pour permettre l'organisation de l'Université d'Eté du MEDEF".

(pour plus d'informations)

( et concernant l'accueil estudiantin du Medef, ce 5 septembre…)

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Liberté d'expression : la justice soutient les chercheurs - Pascale Robert-Diard, "Le Monde", 3 octobre 2017

Mér, 04/10/2017 - 09:25

La société Chimirec a perdu le procès en appel intenté à un universitaire pour diffamation

En publiant dans une revue juridique, en juin 2014, un commentaire de cinq pages sur le jugement de condamnation rendu par le tribunal de Paris à l'encontre de la société Chimirec, pour diverses pratiques contraires à la réglementation sur le traitement des déchets, l'enseignant-chercheur Laurent Neyret n'imaginait pas qu'il allait se retrouver à son tour devant la justice.

Pour lire cet article sur le site du Monde.

Spécialiste du droit de l'environnement – il est notamment à l'origine de la notion de " préjudice écologique " entrée dans le code civil en août 2016 –, Laurent -Neyret analysait dans la première partie de cet article les charges – retenues par le tribunal à l'encontre de la société et des dirigeants de Chimirec, accusés d'avoir indûment perçu des subventions publiques pour dépollution, livré des huiles polluées et falsifié des documents administratifs. Le chercheur y examinait aussi les peines d'amendes prononcées d'un montant de 100 000 euros à 180 000 euros.

M.Neyret développait, dans une seconde partie, une argumentation en faveur d'un alourdissement des sanctions en cas d'infractions environnementales en considérant que celles-ci n'étaient pas suffisamment dissuasives. L'article titré " Trafic de déchets dangereux : quand les dépollueurs se font pollueurs "lui ayant fortement déplu, la société Chimirec décidait de poursuivre le juriste pour " diffamation " devant le tribunal correctionnel de Paris.

L'affaire avait suscité l'émoi de la communauté des chercheurs, de plus en plus souvent confrontée à une forme d'intimidation judiciaire de la part de certaines entreprises, l'objectif poursuivi étant de décourager les travaux de recherche en faisant planer sur leurs auteurs le risque de poursuites. Devenue familière de ces -procédures dites " bâillons ", la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, juge des libertés publiques, se montre particulièrement attentive.

L'excuse de la bonne foi

Par un jugement du 13 janvier 2017, elle a débouté la société et les dirigeants de Chimirec, en reconnaissant l'excuse de la bonne foi à Laurent Neyret. Elle a surtout considéré que la procédure intentée était abusive et a condamné les plaignants à verser respectivement 12 000 et 8 000 euros de dommages et intérêts à l'auteur de l'article et à la revue juridique qui l'avait publié. Dans son jugement, le tribunal relevait que Chimirec et ses dirigeants avaient fait preuve d'une " particulière témérité " dans l'exercice de leur droit " en choisissant d'agir en diffamation contre le commentaire d'une décision de justice par un enseignant en droit, alors même qu'il apparaît que ledit article s'est à l'évidence basé -factuellement sur la motivation même de cette décision ".

La société Chimirec a fait appel de cette condamnation civile. A l'appui de sa demande, elle a notamment fait valoir qu'elle avait été entre-temps relaxée partiellement de certains délits qui lui étaient reprochés. Mais dans son arrêt, rendu jeudi 28 septembre, la cour d'appel de Paris confirme le jugement prononcé et va plus loin que le tribunal dans la protection du chercheur. Elle considère que " dès lors que sont ni établies, ni même évoquées, une animosité personnelle de l'auteur - à l'égard de Chimirec et de ses dirigeants - ou l'existence de propos étrangers à la question de droit traitée, le seul fait d'examiner le caractère diffamatoire d'un article tel que celui rédigé par Laurent Neyret est une atteinte à sa liberté d'expression ".

La cour ajoute que cette liberté doit être d'autant plus préservée que l'analyse des décisions judiciaires demandées à un professionnel du droit " n'a pas pour objet d'être seulement didactique mais doit nourrir le débat sur les orientations de la jurisprudence, qu'il s'agisse d'y adhérer ou de proposer des évolutions souhaitées ". Les juges de la cour d'appel relèvent au passage, et non sans ironie, que l'arrêt qui relaxe partiellement Chimirec, mérite " à son tour d'être commenté ".

La vigilance des juges face à ce type de procédures ne rassure toutefois pas complètement les universitaires. Comme le soulignait le professeur de droit Denis Mazeaud en février 2017 dans la revue La Gazette du Palais au lendemain du jugement de relaxe de Laurent Neyret, " ce qui doit retenir l'attention, c'est le message subliminal adressé à tous les enseignants-chercheurs qui n'ont pas peur de déranger, de s'engager, de faire leur métier (…) et d'exprimer leurs opinions sans concession en toute liberté et en parfaite indépendance. Attention, leur est-il dit, il pourrait vous en coûter très cher et pas seulement en frais d'avocat ! "

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Quand l'Université annule un colloque sur l'islamophobie : une mécanique de censure - Antoine Lévêque, Blog de Médiapart, 4 octobre 2017

Mér, 04/10/2017 - 09:10

Quelle surprise lorsque nous apprenons, ce mardi 3 octobre, l'annulation d'un colloque à l'Université Lumière Lyon 2, auquel nous comptions nous rendre, autour du thème : “Lutter contre l'islamophobie, un enjeu d'égalité ?”. Cette décision semble donner raison aux prises de positions qui, derrière la mise en cause des participants, dénient l'enjeu de lutte contre l'islamophobie.

Derrière la journée d'études et de débats se cacherait une entreprise “islamiste” et “antirépublicaine”, à la recherche d'une “caution scientifique”.

L'événement est pourtant semblable à bien des manifestations organisées à l'université en rassemblant des universitaires issus de diverses disciplines (science politique, sociologie, sciences économiques…), des associations intervenant dans le champ en question, ou encore des responsables politiques.

Que reproche-t-on exactement à la tenue d'un tel colloque ? Qui en sont les “pourfendeurs” ? Il semble, une fois n'est pas coutume, que la discussion autour de l'islamophobie souffre de la mobilisation de quelques personnalités, journalistes, et de quelques associations s'étant auto-revendiqués défenseurs d'une conception de la république bien particulière. Lorsqu'un tel réseau obtient de la part d'une université l'annulation d'un débat, c'est plus largement plusieurs piliers démocratiques qui sont mis en danger : la libre expression des associations d'une part, l'université et le débat scientifique d'autre part. Retour sur une dynamique de censure autour du fait “islamophobe”.

Une entreprise “islamiste” et “antirépublicaine” dans les murs de l'université ?

Dans un article publié sur le Figaro.fr le 28 septembre dernier, Céline Pina, essayiste et ancienne élue locale socialiste relayée fréquemment dans différents médias (Le Point, Marianne, LCI, Bourdin direct, La Règle du jeu…) se fait lanceuse d'alerte en dénonçant la tenue du colloque. Participants et organisateurs seraient issus d'une “nébuleuse islamiste et indigéniste” en quête de “caution universitaire”.

En cause donc, la participation au colloque d'un certain nombre d'associations et collectifs jugés controversés, citons pêle-mêle le CCIF (Collectif contre l'islamophobie), l'EMF (Étudiants Musulmans de France), la CRI (Coordination contre le racisme et l'islamophobie)... Signalons avant toute chose que le colloque est organisé par la chaire “Égalité, inégalités et discriminations” de l'université Lyon 2 et l'Institut des Etudes du Travail de Lyon (IETL) et par l'Institut Supérieur d'Étude des Religions et de la laïcité (ISERL). Il s'inscrit donc dans les travaux de recherche portés par ces structures, mais également dans un débat citoyen portant sur les inégalités et discriminations. Comme indiqué sur le programme du colloque : “La société française est amenée à s'interroger : au-delà d'un développement de l'islamophobie, la persistance d'inégalités, l'ampleur des discriminations, la remise en débat de mesures portant atteinte aux droits des femmes, les incitations à la haine, l'essor de manifestations homophobes ou d'actes racistes et antisémites interpellent les citoyen.nes quant aux conditions d'exercice du vivre et de l'agir ensemble dans le respect de l'altérité. Ces enjeux sont au coeur même de la notion de laïcité. Le monde universitaire, dans toutes ses composantes, est concerné au premier chef, tant dans son fonctionnement, dans l'égalité d'accès au savoir que dans la recherche. Cette articulation entre le militantisme pour les droits humains et la réflexion universitaire vient montrer que les phénomènes qui préoccupent la société font écho à l'intérêt porté par l'université aux problématiques sociales. Il n'existe pas de cloisonnement hermétique entre ces deux mondes qui au contraire se complètent pour la construction d'une collectivité responsable et citoyenne.”

Bien évidemment, aucune des organisations participantes ne souffre d'interdiction légale quelconque. Céline Pina les incrimine au nom de liens supposés de certains intervenants à des groupes comme les frères musulmans, ou - réactivant des figures diabolisées - à des individus comme Tariq Ramadan.

On pourrait en rester là : invoquer des connivences entre des intervenants et des groupes soi-disant controversés est-il une raison valable pour faire taire les débats ? À plus forte raison, lorsque ces derniers sont encadrés par des universitaires travaillant précisément sur les thématiques sur lesquelles interviennent les associations ?

Mais la confusion générale semée dans la tribune de Céline Pina mérite que l'on s'y attarde un instant. Tous les critères semblent bons pour faire taire le débat.

On invoque ici les dispositifs issus de l'état d'urgence, en l'occurrence la constitution d'un fichier “S” pour le président de la CRI. Sans doute le dispositif n'allait-il pas assez loin, que Céline Pina réclame désormais l'interdiction pour un fiché S de pouvoir s'exprimer lors d'un colloque. Fort heureusement, juridiquement, un fiché “S” garde le droit de s'exprimer.

On évoque, sans la moindre administration de la preuve, des liens entre les frères musulmans et le CCIF, quand bien même le collectif l'a toujours démenti et ne cesse de revendiquer son attachement aux principes de la loi de 1905 sur la laïcité. Rappelons que celui-ci, à travers les statistiques qu'il constitue, et l'un des rares organismes permettant de prendre la mesure des actes islamophobes et qu'il est à cet égard consulté par de nombreuses institutions publiques ou par des travaux de recherche, au grand damne de ses détracteurs.

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Communiqué du Snesup Strasbourg sur l'ouverture d'une enquête judiciaire concernant le Centre de primatologie - 3 octobre 2017

Mar, 03/10/2017 - 19:23

Veuillez ouvrir le document ci-dessous pour lire le communiqué.

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Regroupement des universités : quel statut ? - Maxime François, le Monde Campus, 2 octobre 2017

Lun, 02/10/2017 - 22:35

Le ministère se donne dix ans pour tirer le bilan du rapprochement entre établissements du supérieur, censé améliorer leur visibilité à l'international.

Pour lire cet article sur le site du Monde Campus

Parmi les dossiers chauds de la rentrée, celui des regroupements d'universités et d'établissements est passé au second plan derrière la question des « prérequis » et celle du système APB, qui mobilisent les syndicats étudiants. Les acteurs de l'enseignement supérieur sont toujours dans l'expectative : quel cap le gouvernement souhaite-t-il donner à ces rapprochements ? Et à quoi ressembleront les futures politiques de gouvernance des universités ?

Ces questions suscitent à l'Elysée un silence qui en dit long sur l'impasse dans laquelle les politiques se sont enfermés et dont ils ont du mal à trouver la sortie. Contacté à deux reprises, le conseiller enseignement supérieur et recherche d'Emmanuel Macron, Thierry Coulhon – dont on suppose qu'il connaît le sujet sur le bout des doigts en tant qu'ancien président de la Comue PSL (communauté d'universités et d'établissements, ­Paris Sciences et Lettres) –, se borne à refuser « de commenter le dossier ».

Garder son indépendance ou se fondre dans l'ensemble

Frédérique Vidal, la nouvelle ministre de l'enseignement supérieur, se donne le temps : elle souhaite fixer à dix ans la durée de la période d'expérimentation, à l'issue de laquelle chaque entité pourra soit garder son indépendance soit se fondre juridiquement dans l'ensemble. Un délai long qui constitue pourtant une diminution de cinq ans de la période d'expérimentation initialement envisagée. Ce projet proposera aux établissements de choisir entre les deux statuts existants : la Comue, donc, et l'EPSCP (établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel).

Les regroupements, lancés en 2013 par la loi Fioraso pour donner plus de visibilité à l'enseignement supérieur français dans les classements internationaux, n'ont pas apporté les résultats espérés. Les problèmes de gouvernance perdurent, face à une multitude d'écoles aux identités fortes et à des disparités territoriales importantes. La Comue ­Paris-Saclay, première expérience d'envergure destinée à regrouper 15 % de la recherche publique française autour d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche prestigieux, tels que Polytechnique, le CNRS, le CEA et l'université Paris-Sud, sur le plateau de Saclay, au sud-ouest de la capitale, est pour l'heure au milieu du gué. Alors que 5 milliards d'euros y ont déjà été engagés.

« Le rythme des chantiers n'est pas assez soutenu », critiquent certains présidents d'université, alors qu'approche l'examen de plusieurs labels par un jury international, dont l'Initiatives d'excellence (Idex), une aide financière d'envergure dont l'objectif est la construction d'ensembles pluridisciplinaires d'enseignement supérieur et de recherche de rang mondial. « Le calendrier est serré, admet Gilles Roussel, le président de la Conférence des présidents d'université. Il nous faut rapidement le nouveau cadre législatif et des orientations en début d'année 2018, pour que les sites puissent trouver une solution. »

Un retour en arrière impossible

« On navigue en eaux troubles, dénonce Stéphane Leymarie, secrétaire général du syndicat Sup'Recherche-UNSA. Sous couvert d'expérimentation, des questions de gouvernance et de personne prennent le pas sur le projet éducatif. » Emmanuel Roux, le président de l'université de ­Nîmes et de la commission juridique de la CPU, craint « un fonctionnement à la carte dans chaque regroupement, ainsi que la multiplication d'Etats dans l'Etat ». Au centre de ses inquiétudes, la perte pour chaque entité d'un regroupement de son statut juridique propre pendant la période de l'expérimentation. « Comment faire machine arrière dix ans après l'expérimentation si une école a abandonné ses statuts juridiques et que la Comue disparaît ? Quel cadre donner aux expérimentations pour éviter une multiplication des statuts entre regroupements ? », s'interroge le juriste.

Une équation à double inconnue, alors que, sur le terrain, chaque Comue répond à des problématiques différentes. « Pourra-t-on s'organiser comme on le souhaite ou aurons-nous moins de liberté ? demande Philippe Raimbault, président de l'Université fédérale de Toulouse. Tout cela est encore confus. Dans les deux cas, il y a un risque : aboutir à des sites à deux vitesses ou se retrouver avec un cadre juridique trop exigu. » « Il faudra un cadre juridique souple, plaide également Lise Dumasy, la présidente de l'université Grenoble-Alpes. On ne peut pas se satisfaire des mêmes solutions partout car les sites sont très différents, entre les gros pôles, très constitués, et des sites plus petits, qui ne nécessitent pas les mêmes solutions. » Un beau casse-tête en perspective pour le gouvernement, qui devra étudier au cas par cas les spécificités de chaque regroupement.

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