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Motion de l'AG de l'UFR d'histoire de Paris I - 16 décembre 2017

Dom, 17/12/2017 - 18:55

L'Assemblée générale de l'UFR d'histoire de l'université de Paris I refuse de faire remonter des attendus spécifiques tant que le ministère n'aura pas accordé les moyens nécessaires, ni précisé les conditions réglementaires de sa réforme.

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Après le personnel et les enseignants, les étudiants de l'université Jean-Jaurès votent la grève - La Dépêche, 14 décembre 2017

Dom, 17/12/2017 - 11:57

Première journée de grève musclée, ce jeudi matin, pour les enseignants et le personnel de l'université Toulouse Jean-Jaurès, mobilisés contre la fusion prévue de l'université du Mirail avec Toulouse 3, l'INP, l'Institut national polytechnique et l'Insa, l'Institut national des sciences appliquées.

Les étudiants ont aussi voté ce jeudi en début d'après-midi la grève, à la quasi-unanimité. Ils étaient 600 à 700 à s'être déplacés à l'assemblée générale, selon Anna Trotzky, la représentante de Solidaires-Etudiant.e.s. "C'est la plus grosse assemblée générale de l'année", précise-t-elle. Ils décideront lundi lors d'une prochaine assemblée générale s'ils la reconduisent.

"Démission, démission !"

Après avoir voté hier la grève et une motion de défiance contre Daniel Lacroix, le président de l'Université, en exigeant sa démission, environ 250 personnes, selon les organisateurs, se sont donc réunies ce matin pour amplifier la mobilisation et porter en personne la motion de défiance à Daniel Lacroix. Un cortège s'est formé pour rejoindre le conseil documentaire, où siégeait le président de l'Université. Une délégation constituée des représentants de l'intersyndicale (FSU, CGT, Sud-Solidaires, FO, Unsa) et des représentants des étudiants (UET, Solidaires) a pénétré dans la salle, alors que la foule scandait "Démission, démission !"

Après voir lu à Daniel Lacroix la motion de défiance, ils lui ont remis le document en mains propres et lui ont demandé de le signer, ce qu'il a refusé. Puis, le reste des personnels a aussi fait son entrée dans la salle, et tour à tour, plusieurs personnes ont exprimé leurs griefs. "Tu t'es rendu indigne de tes fonctions, je te demande solennellement de démissionner", a lancé l'un, se présentant comme l'un des membres du conseil d'administration. "C'est pas si simple", proteste Daniel Lacroix. "M. le président, vous avez réussi par votre fellonie à faire se lever tous les personnels", reprend une autre personne. "Il faut juger les choses globalement", tente encore de reprendre Daniel Lacroix. "Trahison, démission !", scande à nouveau la foule.

Pour lire la suite sur le site de La Dépêche

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Mobiliser contre le « plan étudiant Appel des fédérations CGT, FO, FSU, SUD éducation, Solidaires étudiant-e-s, UNEF, UNL - décembre 2017

Dom, 17/12/2017 - 11:52

Alors même que les personnels, étudiant·es et lycéen·nes prennent connaissance du contenu du projet de réforme du premier cycle universitaire et commencent à se mobiliser, le gouvernement fait le choix du passage en force et de la précipitation. Un certain nombre de mesures sont mises en place avant même l'adoption de la loi. Le plus emblématique est la saisie du CSE sur des décrets avant même l'étude de la loi par l'Assemblée Nationale.

Dans les universités les budgets proposés aux conseils d'administration prévoient la gestion des demandes d'affectation, les modules de mise à niveau, la définition des « attendus » et celle des capacités d'accueil des filières. Dans les lycées la mise en place du·de la 2e professeur·e principal et des nouvelles mesures d'orientations sont mises en œuvre à marche forcée.

De toute évidence, cette précipition va mettre en difficulté immédiate les bachelier·es, leurs familles, les personnels des lycées et des universités. Mais ce sont aussi les établissements et les formations du supérieur qui seront en difficultés : comment définir le nombre de dossiers acceptés au vu des capacités d'accueils en prévoyant les désistements de candidat·es qui auront formulés dix vœux non hiérarchisés ?

Ce ne sont pas les annonces budgétaires qui vont permettre une amélioration de la situation, le budget est loin d'être à la hauteur des ambitions affichées. Sur le milliard annoncé à destination de l'Enseignement supérieur étalé sur cinq ans, 450 millions d'euros étaient déjà budgétisés à travers le Grand plan d'investissement qui se fera sous forme d'appels à projets privant de facto une partie des universités de ce financement. Il ne reste que 500 millions d'euros sur 5 ans pour accueillir près de 3 millions d'étudiant·es d'ici 2025, ce qui est largement insuffisant. Aucune garantie n'existe sur les recrutements d'enseignant·es et de personnels techniques, administratifs et de bibliothèques pour accueillir l'ensemble des étudiant·es attendus, faire baisser les effectifs des cours en TD et en amphi, améliorer les conditions de travail des personnels de universités très dégradées ces dernières années.

Cette réforme remet en cause le principe de libre accès à l'université qui garantit à chaque jeune titulaire du baccalauréat de pouvoir continuer ses études. Sans oser le dire, le gouvernement met en place une véritable logique de sélection dans tout l'accès aux études supérieures. Nous tenons à rappeler que le nombre de PSY EN qui sont les personnels qualifiés pour orienter les élèves est nettement insuffisant et qu'en ce moment même c'est bien le gouvernement qui prend la responsabilité de fermer des Centres d'Information et d'Orientation. En prévoyant que le conseil de classe de terminale examine les vœux du·de la lycéen·ne et participe à un avis formulé par le·la chef·fe d'établissement, cela revient à faire des enseignant·es en lycée des acteurs de la sélection.

Les fuites organisées dans la presse et les déclarations du ministère de l'éducation sur une refonte du lycée font preuve d'une accablante cohérence avec nos analyses du projet de réforme du premier cycle post-bac et de la mise en place des « prérequis » ou « attendus ». Se dessine une réduction des matières sujettes à un examen ponctuel, une introduction très importante du contrôle continu, une modularité des cursus des lycéen·nes et des examens de spécialité avancés dans l'année pour permettre leur prise en compte dans les dossiers d'admission post-bac. Ces annonces constituent manifestement la volonté de remettre en cause le baccalauréat comme diplôme national reposant sur des épreuves nationales, terminales et anonymes et comme premier grade universitaire.

Nos organisations réaffirment :

la nécessité de travailler tout au long du parcours au lycée à une orientation choisie, construite, accompagnée et évolutive avec les moyens humains et financiers nécessaires.
Le maintien du baccalauréat comme diplôme national et 1er grade universitaire, garantissant l'accès de tous les bachelier·es sur tout le territoire aux filières post bac et aux établissements de leur choix.
- L'exigence d'ouverture massive de places supplémentaires en 1er cycle post bac et le refus de toute sélection à l'entrée à l'université.
Le refus de l'instauration de blocs de compétences en lieu et place des diplômes et des qualifications.
L'abandon du projet de loi sur 1er cycle post bac et du plan « étudiants » qui l'accompagne, condition pour permettre une réforme ambitieuse qui garantisse le libre accès de chacun·e au supérieur.

Nos organisations confirment leur volonté de construire dans la durée la mobilisation nécessaire pour exiger le retrait des projets gouvernementaux.

Elles invitent les personnels de Education nationale, de l'Enseignement supérieur, les étudiant·es, lycéen·nes et parents d'élèves à se réunir en assemblée générale pour définir les formes de leur mobilisation.

Elles soutiennent les mobilisations qui s'organiseront le 12 décembre, jour de présentation du projet de loi à l'Assemblée Nationale. Elles appellent les personnels, les étudiant·es, les lycéen·nes, en particulier de la région parisienne, à organiser les délégations qui se rassembleront devant l'assemblée nationale à 12h.

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Motion de l'AG des personnels et étudiants de l'université de Bourgogne contre le projet Vidal - 15 décembre 2017

Dom, 17/12/2017 - 10:01

Cette motion figure sur le site du SNES-UP de l'UB et sera sur celui de la FERC-Sup (dès demain)

La loi sur la sélection en licence portée par la ministre Frédérique Vidal n'a pas encore été adoptée par le Parlement, qui commence sa première lecture et qui la votera définitivement au mieux en février ou mars. Or, les universités et les lycées ont déjà commencé à la mettre en œuvre, comme si le projet avait déjà force de loi, comme si nul amendement ne pouvait être apporté au cours de la discussion parlementaire. Non content de chercher à imposer une réforme sous le coup d'une urgence largement construite sur des fausses évidences, le gouvernement méprise une nouvelle fois les institutions démocratiques de ce pays. Ce projet de loi est une tromperie qui vise à mettre fin au principe fondamental de libre accès à l'enseignement supérieur.

Le nombre d'étudiants ne cesse de croître depuis plusieurs années mais les moyens financiers ne suivent pas. Les gouvernements successifs demandent aux universités et à leurs personnels toujours plus d'efforts mais asphyxient le fonctionnement en ne compensant pas (ou très peu) tout ce qui peut contribuer à l'augmentation des dépenses. La dégradation des conditions d'accueil des étudiants se répercute sur les conditions de travail et d'études, notamment par le nombre extrêmement élevé d'heures d'enseignement supprimées (environ 40 000 à l'uB).

Les responsables de cette situation sont les gouvernements successifs qui n'ont eu de cesse de distribuer des miettes aux universités alors que les besoins en matière d'accueil des étudiants sont de plus en plus criants. Les personnels sont à bout ! La dépense moyenne par étudiant.e baisse mais le gouvernement actuel a l'indécence de demander aux universités de renforcer l'accueil et la réussite en licence tout en généralisant la sélection à l'entrée en première année sur la base de capacités d'accueil. L'édifice public de l'enseignement supérieur s'effrite de plus en plus. Pourtant, les moyens financiers existent, comme le montrent les montants investis dans le crédit impôt recherche, les plans d'investissement avenir, les mille-feuilles administratifs (COMUE…), etc.

Les personnels et étudiants de l'UB, réunis en assemblée générale, ont débattu du « projet de loi relatif à l'orientation et à la réussite des étudiants ». Sous prétexte de mettre fin à la sélection opaque effectuée par la plate-forme APB, le gouvernement ouvre la voie à une autre forme de sélection tout aussi injuste, sans résoudre aucun des problèmes de fond qui pèsent sur l'enseignement supérieur depuis de nombreuses années. Chaque université pourra classer les lycéens en fonction de critères locaux et qui ne seront pas plus lisibles que ceux d'APB, ce qui risque de renforcer les inégalités sociales et territoriales. Surtout, la sélection s'opérera par le biais des capacités d'accueil, qui seront fixées en fonction du manque de moyens et pas en fonction des « attendus » des diverses filières. La définition de ces attendus pose de nombreux problèmes, notamment : ils éludent la responsabilité du système éducatif dans les lacunes des lycéens au regard des exigences académiques dans l'enseignement supérieur ; ils créent de fait des parcours cloisonnés ; ils vont encourager les stratégies de placement des élèves les plus à l'aise avec l'institution scolaire, et amener les autres à s'autocensurer. Leur objectif caché n'est autre que d'ajuster le nombre d'étudiants aux moyens.

Si l'orientation des lycéens vers la filière de leur choix est aussi complexe et laborieuse, c'est avant tout en raison du manque de moyens dévolus aux universités à l'échelle nationale. L'accueil de tous les bacheliers qui le souhaitent dans la filière de leur choix, de même que leur réussite une fois entrés à l'université, implique une augmentation massive des moyens matériels et humains. Rappelons que l'État dépense en moyenne 10 930 € par étudiant d'université, contre 15 100 € en classes préparatoires aux grandes écoles. Le préalable à toute réforme est de donner les moyens aux équipes pédagogiques et administratives de faire leur travail dans de bonnes conditions. Nous tenons à rappeler que le nombre de PSY EN — qui sont les personnels qualifiés pour orienter les élèves — est nettement insuffisant, et qu'en ce moment même c'est bien le gouvernement qui prend la responsabilité de fermer des Centres d'Information et d'Orientation.

Malgré de nombreuses oppositions qualifiées, à commencer par celle du CSE (Conseil supérieur de l'éducation, 9 novembre 2017), le gouvernement a engagé sa réforme dans l'urgence, pour une mise en œuvre dès la rentrée 2018. Dans les universités, les équipes pédagogiques et administratives devraient inventer en quelques semaines des parcours de remise à niveau sans aucune visibilité sur les conséquences de la réforme de l'affectation des étudiants, ni sur les moyens qui seront effectivement attribués, et selon quelles modalités. Nous refusons de faire les frais de la précipitation du gouvernement à se dédouaner de l'échec d'APB, et d'accepter des délais incompatibles avec une vraie réflexion sur les besoins des étudiants.

Nous réaffirmons :

la nécessité de travailler tout au long du parcours au lycée à une orientation choisie, construite, accompagnée et évolutive, avec les moyens humains et financiers nécessaires ;
le principe fondamental de libre accès à l'enseignement supérieur, avec son corollaire : le maintien du baccalauréat comme diplôme national et premier grade universitaire, garantissant l'accès de tous les bacheliers sur tout le territoire aux filières post bac et aux établissements de leur choix ;
le refus déterminé des critères d'accès et de tout numerus clausus ;
le refus de l'instauration de « blocs de compétences » en lieu et place des diplômes et des qualifications.

En conséquence, nous nous prononçons pour le retrait du projet de loi sur le premier cycle post bac et du « plan étudiants » qui l'accompagne, condition préalable à une réforme ambitieuse qui garantisse le libre accès de chacun.e au supérieur.

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La réforme de l'accès à l'université passe sans encombre à l'Assemblée nationale - Faïza Zerouala et Loup Espagilière, Médiapart, 15 décembre 2017

Sáb, 16/12/2017 - 12:00

Qui a dit lors de la discussion à l'AN "« Aujourd'hui, il y a une foule de filières mal distinguées et il faut être très averti pour échapper au jeu des voies de garage ou des nasses, et aussi au piège des orientations et des titres dévalués. Cela contribue à favoriser un décrochage certain des aspirations par rapport aux chances réelles. » Cette phrase ne date pas d'aujourd'hui. Elle a été prononcée par Pierre Bourdieu il y a quarante ans." ?
… Le rapporteur LRM Gabriel Attal ; citer Bourdieu pour justifier la sélection, il ne manque pas de poumons le bougre !

Les députés ont adopté sans difficulté, jeudi 14 décembre, le projet de loi sur l'entrée à l'université. La loi prévoit la mise en place d'attendus, de quotas de bacheliers dans les filières sélectives, la fin du régime de sécurité sociale étudiante ou encore la possibilité de réaliser une année de césure.

Pour lire le texte sur le site de Médiapart

Il y a quelque chose d'étrange d'assister à un débat en en connaissant d'avance la fin. Mardi 12 décembre, l'Assemblée nationale a démarré l'examen de la loi de réforme de l'entrée à l'université en séance publique. En trois jours et en 16 heures de débat, le texte - avec 250 amendements- n'a pas connu de modification profonde puisque les groupes La République en marche (LRM), largement majoritaire, le MoDem tout comme la majorité des Constructifs soutiennent la loi. Elle a été adoptée et sera votée le 19 décembre avant de passer entre les mains des sénateurs.

Frédérique Vidal a mis la pression d'entrée de jeu à l'hémicycle. Sans cette loi, les ratés vécus cette année avec le tirage au sort devraient se reproduire a prédit la ministre de l'enseignement supérieur.

Les Républicains d'emblée se sont émus de l'impréparation de la réforme et de la célérité avec laquelle le gouvernement entend la mettre en œuvre. Patrick Hetzel qui défendait la motion de rejet déposée par son groupe a accusé le gouvernement de transformer en « cobayes » les futurs étudiants.

Même si les jeux sont faits, l'opposition, France insoumise en tête, a néanmoins décidé de ferrailler contre le nouveau système d'accès à l'enseignement supérieur, accusé d'organiser une sélection et de creuser les inégalités. Jean-Luc Mélenchon, ancien ministre délégué à l'enseignement professionnel sous Lionel Jospin bouillonnait sur son banc et a largement insisté à chaque prise de parole sur le fait que Frédérique Vidal, par le truchement de sa loi, instaurait ainsi « un numerus clausus » et vise à « établir un marché de l'enseignement supérieur. »

Les Républicains, par la voix des députés Constance Le Grip, Patrick Hetzel ou Annie Genevard déploraient pour leur part le manque d'ampleur de la réforme qui refuse selon eux « la sélection ». « C'est un texte inachevé » et de « demi-mesures », a critiqué le député LR Patrick Hetzel, ancien directeur général pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnel au ministère sous Valérie Pécresse, artisane de la loi LRU instaurant l'autonomie des universités en 2008. Frédéric Reiss a parlé « d'occasion manquée. » Pour lui, « En voulant éviter à tout prix de parler de sélection, le gouvernement propose un système complexe et bureaucratique, une usine à gaz, qui n'apportera aucune solution aux problèmes actuels de l'université. » L'opposition a souligné le surcroît de travail engendré par la réforme pour le personnel des universités.

Le rapporteur du texte a choisi de ne pas trancher le débat en adoptant une posture macroniste au possible : « Certains affirment que le projet de loi masque une sélection qui ne dit pas son nom. D'autres, au contraire, regrettent que la majorité n'ait pas fait le choix de la sélection. Aux débats sémantiques, je préfère les faits. Non, notre choix n'est pas de fermer les portes de l'université, bien au contraire. »

De son côté, l'opposition a insisté sur la remise en cause du baccalauréat comme premier grade universitaire. Le Front national choisissait pour sa part d'encombrer les débats en demandant l'introduction de la préférence nationale à l'université.

C'est un bouleversement majeur qui se produit pour l'université. La ministre a est allée jusqu'à qualifier cette réforme de « révolution copernicienne ». Jusqu'alors, et c'est un principe fondateur, seul la possession d'un baccalauréat ouvrait les portes d'une licence générale. Sans condition. Les filières dites en tension procédaient parfois au tirage au sort pour départager les candidats. Cet été 66 000 étudiants ont subi les affres de ce procédé. C'est sur ce ratage d'affectation que l'exécutif a su capitaliser pour faire accepter sa réforme. Rapporteur du texte, le député LREM Gabriel Attal a, lui aussi, insisté sur le caractère « injuste » de la procédure du tirage au sort.

Majorité comme opposition se sont néanmoins entendues sur le fait que le système n'est plus satisfaisant à l'instar de la plateforme APB à laquelle va succéder ParcourSup.
Un texte qui conforte les inégalités sociales pour l'opposition

C'est cet angle d'attaque qu'ont choisi les députés insoumis et communistes. « L'université est un service public, qui doit être ouvert à tous », a mis en garde Michel Larive, tandis que Sabine Rubin, députée de Seine-Saint-Denis, a fustigé un nouveau système, qui opère, selon elle, « une sélection sur dossier » et « organise un tri entre l'excellence et la seconde zone » qui va « prolonger et conforter les inégalités sociales », en empêchant en premier lieu les « lycéens de classe populaire » d'accéder aux filières désormais « sélectives » de l'université. Un argumentaire repris en boucle par le reste du groupe. L'esprit de Pierre Bourdieu, qui a théorisé l'inégalité des chances à l'école, a plané sur les débats avec à chaque fois des interprétations dissonantes.

D'abord par le rapporteur du texte, Gabriel Attal. De quoi énerver la députée communiste Elsa Faucillon qui hurle à la captation d'héritage en s'écriant : « Citer Bourdieu pour justifier la sélection, il fallait oser ! » Les visions se sont opposées à de multiples reprises. Les déterminismes sociaux contre lesquels la gauche souhaite lutter ont été au cœur des discussions autour de la philosophie du texte.

La ministre a balayé les critiques sur le successeur d'APB, Parcoursup. Un amendement déposé par Cédric Villani, de LREM, demandait que le code source de la plateforme soit dévoilé, une demande jamais totalement satisfaite concernant feu APB. Il a été adopté. Les élu·e·s de La France insoumise n'ont cessé de réclamer plus de place pour accueillir les étudiants. Cette année, l'afflux démographique a été tel que l'université a vu 39 000 bacheliers supplémentaires s'y inscrire.

Le rapporteur Gabriel Attal a opposé une fin de non-recevoir à cette demande, référence à l'appui : « Nous ne sommes pas dans Astérix, mission Cléopâtre ! Nous n'avons pas de potion magique ! Nous ne pouvons pas créer des universités en six mois ! Il faut tenir des propos un peu réalistes ! » La ministre Frédérique Vidal a mis en avant l'investissement « exceptionnel » du gouvernement pour l'enseignement supérieur, 1 milliard d'euros sur la législature.

À plusieurs reprises encore, Ugo Bernalicis, député du Nord, ou François Ruffin, élu de la Somme, ont ramené le débat sur le terrain de la précarité étudiante. Le premier en insistant sur les mauvaises conditions de vie dans les résidences universitaires, infestées de « nuisibles ». Le second, en citant « les sortes de réunions Tupperware » qu'il a organisées avec des étudiants de sa circonscription. Aucun de ceux-ci ne sont satisfaits par la réforme, a raconté le député, exemples précis à l'appui, autour du travail et des difficultés à concilier ces jobs et études.

Avec cette loi, l'inscription pourra « être subordonnée à l'acceptation » des « dispositifs d'accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l'établissement ». La ministre promet avec une tentative d'humour que cet « accompagnement » ne sera pas une « punition » durant laquelle l'étudiant se verrait « infliger des heures de colle » ou serait forcé « à recopier cinquante fois des tables de multiplication ».

Le décrié tirage au sort disparaît. « Lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d'accueil », les universités trancheront « au regard de la cohérence entre, d'une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation et ses compétences et, d'autre part, les caractéristiques de la formation. » Le recteur pourra aussi prendre en compte les situations particulières liées par exemple au handicap du candidat.

Une nouvelle contribution pour financer la vie étudiante a également fait son apparition. À l'origine, le gouvernement avait prévu un montant variable selon le cycle de l'enseignement supérieur dans lequel est inscrit l'étudiant : 60 euros pour le premier cycle, 120 euros pour le deuxième et 150 euros pour les doctorants. L'opposition de gauche comme de droite a fait front contre cette proposition, lui préférant un montant unique.

Les élus de La République en Marche se sont cramponnés tout au long de la discussion à ses éléments de langage tels « l'émancipation » et « la responsabilisation » des jeunes voulues par ce projet. Difficile dans ces conditions de trouver un espace pour infléchir ces positions aussi affirmées.

Les députés ont rejoué la même partition qu'en commission des affaires culturelles et de l'éducation. Une semaine plus tôt, au sein de cette commission, hormis quelques interrogations, le texte était passé sans grand mal. Dans un style très consensuel, donnant des gages d'intérêt et de bonne volonté à chacun des groupes d'opposition, le rapporteur du texte Gabriel Attal avait réussi à limiter les prises de bec sur les points les plus sensibles de la réforme.

La droite n'avait pas trouvé grand-chose à redire au projet de loi. « Si nous étions en conseil de classe nous pourrions dire “des progrès certes, mais peut mieux faire” », avait évalué Constance Le Grip pour Les Républicains.

C'est la nouvelle plateforme, censée remplacer APB, qui avait suscité le plus de débat. Pour le groupe Nouvelle Gauche, George Pau-Langevin s'était émue de l'« abandon de la règle traditionnelle selon laquelle tout candidat est libre de s'inscrire dans l'établissement de son choix ». Sabine Rubin, de La France insoumise, avait considéré que le vrai enjeu, qui avait entraîné le tirage au sort dans certain cas, n'était pas tant la plateforme et ses modalités que le nombre de places.

Les échanges avaient également porté sur les « dispositifs d'accompagnement pédagogiques », ou « parcours personnalisés », sortes de mises à niveau préalables à l'inscription des bacheliers qui n'auraient pas répondu à tous les attendus d'une formation du supérieur. « Est-ce un parcours parallèle pendant la première année universitaire ou demande-t-on aux candidats de suivre une année supplémentaire post-bac avant l'accès à l'université ? » s'était par exemple interrogé le député LREM Jacques Marilossian.

De l'autre côté, c'est peu dire que la contestation est anesthésiée. La Fage, principale organisation étudiante, soutient le gouvernement. L'Unef, désormais seconde voix du syndicalisme étudiant, peine à agiter les foules estudiantines. La preuve, le premier jour d'examen du texte, un micro-rassemblement a réuni une quarantaine de personnes selon l'AFP, à quelques pas de l'Assemblée nationale. L'hémicycle quant à lui n'affiche pas meilleure mine, une soixantaine de députés ayant participé à ces débats.

La première journée a été consacrée à débattre de l'article premier de la loi. Celui-ci rappelle que le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat – ou équivalence – mais qu'il est précédé d'une procédure nationale de pré-inscription.

Désormais, les universités pourront examiner les dossiers des candidats et leur demander de suivre une remise à niveau. Si l'université manque de places, elle pourra refuser un candidat au regard de son dossier et des compétences et connaissances attendues. Celles-ci ont été dévoilées le même jour. Dans un document de 48 pages, le ministère détaille les éléments de cadrage national pour chaque mention de licence.

Seulement la liste reste floue. Rien ne permet de savoir comment les universités mesureront l'adéquation des souhaits du candidat avec la formation souhaitée. Ces nouvelles conditions ont suscité la circonspection parmi les organisations étudiantes et les syndicats. La députée LR Constance Le Grip a souligné le caractère timoré de celles-ci : « Les timides “prérequis” envisagés dans un premier temps et devenus depuis les euphémiques “attendus” ne répondent pas à cette attente, loin s'en faut. » Le débat à l'Assemblée nationale n'a pas pu livrer d'éclairages supplémentaires.

Pour accéder en droit, le lycéen devra témoigner de capacités rédactionnelles et oratoires et suivre un module « découverte du droit », matière non dispensée au lycée. Mais sous quelle forme ? Pour la psychologie, les bacheliers devront avoir des connaissances scientifiques solides. Or en filière littéraire, en terminale, il n'y a plus de mathématiques et de sciences, évaluées en fin de première. Difficile d'imaginer dès lors que les titulaires d'un bac L auront la priorité pour intégrer cette filière en tension.

Les bacheliers professionnels semblent n'avoir pas plus de chance d'entrer en licence au vu de l'étendue des connaissances demandées. La démocratisation de l'enseignement supérieur prend, de fait, un coup d'arrêt avec cette loi malgré les dénégations de l'exécutif.

La ministre de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal, Gabriel Attal et Christine Cloarec, députés LREM, ont fait adopter un taux unique de contribution à 90 euros dont devront s'acquitter les étudiants. Les boursiers en seront exonérés.

L'Assemblée nationale a aussi voté, comme prévu, la suppression de la cotisation de Sécurité sociale de 217 euros que versaient les étudiants, dès la prochaine rentrée. Plusieurs députés ont fait valoir la nécessité de veiller à ce que les étudiants aient un accès facilité aux soins, beaucoup d'entre eux faisant l'impasse faute de moyens, ou se soignent en ayant recours à l'automédication avec tous les risques encourus.

Les députés ont voté la suppression du régime de sécurité sociale spécifique des quelque 2 millions d'étudiants et leur rattachement progressif au régime général à partir de la rentrée 2018.

« Une avancée majeure réclamée par un certain nombre d'organisations représentatives des étudiants et qui permettra une réelle simplification administrative pour ce public, facilitant leur accès aux soins », a justifié le rapporteur Gabriel Attal. Les Républicains ont néanmoins protesté et demandé, sans succès, un report de deux ans de la réforme. Ils craignaient un engorgement de dossiers à l'assurance maladie qui doit par ailleurs absorber également la suppression du RSI, le régime social des indépendants.

Les mutuelles étudiantes ont essuyé nombre de critiques ces dernières années en raison de leur frais de gestion trop élevés, de leurs remboursements ou délivrance de carte vitale aléatoires. Pour que les étudiants puissent « participer à la gouvernance de l'assurance maladie », Gabriel Attal a fait adopter un amendement prévoyant la présence d'un représentant des étudiants au conseil de l'assurance maladie. L'opposition en réclamait deux.

Les désaccords sont aussi apparus à l'occasion de l'évocation de l'année de césure. Dorénavant, tout étudiant pourra suspendre, « pour une durée maximale d'une année universitaire, sa présence dans l'établissement pour exercer d'autres activités lui permettant d'acquérir des compétences qui seront utiles pour sa formation ou de favoriser un projet personnel ou professionnel », selon le texte défendu par la ministre de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Les députés insoumis ont souligné le « caractère irréel » de la discussion selon les mots de Jean-Luc Mélenchon, appuyé par Alexis Corbière. Ce dernier a expliqué que cette disposition sera génératrice d'inégalités : « À défaut, on reproduira l'inégalité qui fait que seuls les fils des catégories les plus aisées pourront mettre à profit cette année-là, tandis que ceux des catégories modestes, boursiers, ne le pourront pas. »

Parfois, l'Assemblée a su taire ses divergences. Les députés ont par exemple adopté à l'unanimité (par 60 voix sur 61 votants) un amendement, déposé par le groupe Nouvelle Gauche, qui « fixe un pourcentage minimal de bacheliers retenus bénéficiaires d'une bourse nationale de lycée » dans les classes préparatoires aux grandes écoles, les BTS et les IUT afin de favoriser la diversité sociale. « Nous entendons votre souhait de favoriser une plus grande démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur pour plus de boursiers dans les grandes écoles et les classes préparatoires », a commenté le rapporteur du projet de loi.

La ministre de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a de son côté « salué le travail déjà fait par nombre de filières sélectives et des classes préparatoires aux grandes écoles ». Le chef de file de La France insoumise a voté le texte pour, a-t-il dit, « en finir avec le mécanisme de reproduction sociale ». Les députés ont également su s'accorder sur la possibilité de mettre en place un parcours adapté pour des femmes enceintes ou pour raisons de santé.

Jusqu'au bout, l'opposition aura tenté de faire entendre ses arguments. En vain, en dehors de ces quelques concessions. Le vote solennel du texte aura lieu le 19 décembre.

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Motion CUFR Sciences Aix-Marseille Université - 15 décembre 2017

Sáb, 16/12/2017 - 09:47

Texte voté par le conseil de l'UFR Sciences le 15 décembre 2017 :

« Nous prenons acte de la volonté ministérielle d'améliorer la réussite des étudiants en licence et nous y adhérons sans réserve sur le principe.

Néanmoins, nous regrettons le manque de temps pour mettre en place correctement un tel changement dont le but devrait être d'améliorer les conditions d'accueil des étudiants.

Si des filières déjà très en tension ont besoin d'une évolution en urgence, la mise en place précipitée d'une réponse trop globale risque d' avoir des conséquences négatives pour les lycéens et étudiants des autres filières universitaires.

Le conseil de l'UFR Sciences demande donc de surseoir à la mise en place de certains points de ce plan concernant notamment les modalités d'accès aux Universités pour permettre une réelle concertation de tous les acteurs impliqués et une évaluation des moyens nécessaires. »
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"Assez des managers ! Pour une université du 21eme siècle ouverte et accessible à tous" : positions adoptées en AG à AIx-Marseille Université - 14 décembre 2017

Ven, 15/12/2017 - 14:22
Assez des managers !

Pour une université du 21eme siècle ouverte et accessible à tous

Le mal–être au travail grandissant des personnels de l'Université d'Aix Marseille, (enseignants-chercheurs, enseignants, chercheurs, BIATSS) et les inquiétudes des étudiants face à la nouvelle réforme de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) ont conduit à la tenue d'Assemblées Générales sur plusieurs sites de l'Université.

Le constat est sans appel :

Un manque de moyens grandissant qui fait que les étudiants ont cours dans des conditions qui empirent chaque année (infrastructures vieillissantes et tombant en morceaux, insuffisance de matériel informatique fonctionnel pour un nombre d'étudiants en augmentation, amphithéâtres ni chauffés ni isolés, etc.) sauf pour certains sites récemment rénovés et quelques lieux privilégiés

Une incertitude des actuels et futurs étudiants quant à la qualité des enseignements qui pourront être dispensés à cause de ces manques de moyens, couplé à une inquiétude face à des processus de sélection qui se profilent et qui risquent d'augmenter les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur

- L'augmentation attendue du nombre d'étudiants qui s'effectuera sans aucune garantie sur les recrutements d'enseignants, de personnels techniques, administratifs ou de bibliothèques en dépit d'annonces gouvernementales démagogiques. Cette augmentation démographique n'est même pas actuellement intégrée aux maquettes en cours d'accréditation, pourtant fondées sur une logique minutieusement comptable.

- Une pression temporelle et une charge de travail accrues sur l'ensemble des personnels qui amènent à une perte de motivation et de sens dans le travail. Ainsi, nous nous trouvons de plus en plus confrontés à des injonctions justifiées au nom de l'urgence, auxquelles nous devons répondre dans des délais de plus en plus courts, et qui ont de moins en moins de sens pédagogique et scientifique.

Les réformes [1] successives entérinent la mise en place d'une logique de gestion économique et comptable des filières universitaires au détriment des besoins réels. Les "outils de gestion informatisés" apparaissent de plus en plus comme des "outils de contrôle" des personnels, traduisant à la fois une la négation de nos compétences par les instances supérieures mais aussi le moyen de nous enrôler dans des logiques contraires aux valeurs qui sont pour nous inhérentes à l'exercice de nos métiers de l'ESR et plus généralement du service public. Il ne s'agit plus de faire une recherche de qualité et de dispenser un enseignement de valeur, mais d'apprendre à gérer l'urgence et la pénurie qui sont organisées au plus haut niveau de l'État par des choix politiques et budgétaires affirmés.

Cette logique technocratique de la gestion de l'ESR s'appuie sur un resserrement des pouvoirs et des prises de décisions qui marginalise la très grande majorité de la communauté universitaire, nie son expertise et la réduit souvent au silence quant aux orientations prises au sein des Établissements.

Sur la base de ce constat, l'Assemblée générale en appelle

* Localement au sein d'Aix Marseille Université :

à ce que la communauté universitaire puisse s'exprimer sur les réformes en cours et celles à venir et que leur adoption et mise en œuvre soient soumises à l'approbation des personnels. L'université ne doit pas être gérée comme une entreprise, avec un Président-manager.

- à la sortie d'une gestion purement quantitative des filières et des personnels, soumise à une évaluation par des logiciels de gestion comptable.

- à une modification profonde des circuits de décision, reposant sur une véritable décentralisation et sur une confiance faite aux personnels et aux instances

* Nationalement :

A la mise en place d'une coordination des universités pour la défense d'un service public d'enseignement supérieur,

A l'arrêt du processus d'autonomisation des universités et de mise en concurrence des filières et des universités entre elles

Au retrait du Plan Etudiant.

L'ESR a besoin aujourd'hui d'une véritable réforme, en profondeur et qui s'appuie sur une nouvelle réflexion permettant de redonner à l'Université une mission de service public et d'ouvrir un débat et des perspectives pour construire l'Université du 21ème siècle, humaniste, ouverte, accessible à tous, et disposant de moyens adaptés à ses objectifs. Nous, personnels de l'université et étudiants, voulons en être les acteurs principaux.

[1] La mise à mal du service public d'enseignement supérieur est le résultat direct de la LRU, loi d'autonomie des universités qui met en concurrence les Établissements et les filières. Celle-ci est la traduction à l'université de la réforme des missions de services publics et de leur rentabilisation entamée en 2001 par l'adoption de la LOLF.

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« Parcoursup, qui succède à APB, risque de créer du stress continu pour les candidats et leurs familles » - Séverin Graveleau, Le Monde, 5 décembre 2017

Xov, 14/12/2017 - 22:41

Pour lire cet entretien sur le site du Monde

Bernard Koehret a créé et piloté, jusqu'à cette année, la plate-forme d'affectation dans le supérieur Admission post-bac. Il revient sur les polémiques qui ont marqué l'été et s'inquiète des conséquences de la fin d'APB.

C'est la première interview que le créateur d'Admission post-bac donne à la presse depuis que le ministère de l'enseignement supérieur a annoncé la fin de cette plate-forme en septembre. L'ingénieur et professeur émérite Bernard Koehret pilotait l'équipe de dix personnes chargée, à l'Institut national polytechnique de Toulouse, de faire fonctionner cette plate-forme. Et ce, jusqu'à cette session 2017, qui a vu exploser le tirage au sort dans les filières universitaires en tension. Pour lui, la suppression de l'algorithme d'APB est incompréhensible, et la réforme qui se profile promet un système moins efficace.

La procédure a fonctionné normalement cette année. Mais lorsqu'on a 808 000 candidats inscrits en début de procédure sur APB, pour 654 000 places proposées dans l'ensemble des formations, je ne vois pas comment on a pu penser une seconde que la demande pouvait être satisfaite. Ce n'est pas APB qui explose, c'est l'enseignement supérieur qui manque de places, en particulier l'université.

Pour cette raison, chaque année des candidats se retrouvent « sans proposition » durant la procédure. Compte tenu de la hausse démographique ils étaient, de fait, plus nombreux cette année dans ce cas lors de la première phase de réponses début juin (120 750, contre 100 600 en 2016). Mais à la fin des trois phases de la procédure normale, mi-juillet, ce chiffre était tombé à 87 000 (soit moins qu'en 2016 : 90 800). Il faut noter tout de même que ces chiffres des candidats « sans affectation » sont gonflés, car ils intègrent aussi ceux qui ont démissionné de la plate-forme.

Là-dessus est venu s'ajouter le tirage au sort, qui a évincé plus de candidats que l'année dernière des licences qu'ils demandaient en premier vœu. La presse a alors parlé des « dysfonctionnements » d'APB, alors que la plate-forme n'y est pour rien.

Qui est responsable alors ? Pourquoi le tirage au sort a-t-il été utilisé ?

Pour faire fonctionner l'algorithme d'affectation, il faut que chaque formation puisse classer les candidats. Les filières sélectives le font à partir de leurs propres critères (lettre de motivation, notes, entretiens, etc.). Mais pour les filières universitaires, les critères prévus jusqu'à aujourd'hui par la loi (domicile, préférences des candidats, et situation de famille) étaient insuffisants pour départager les candidats.

En l'absence de décision politique sur une quelconque forme de sélection à l'université, le tri aléatoire a été retenu pour « classer » les candidats. Cette solution technique, la moins injuste trouvée, existait déjà dès 2004 dans l'algorithme [voir ci-dessous l'encadré « Les dates clés d'APB »]. Sauf qu'il n'y avait pas, à l'époque, de filières en tension. C'est seulement en 2015 que le tirage au sort a commencé à être pointé.

Une autre critique faite à APB est que la plate-forme favorisait les candidats les plus stratèges. Que répondez-vous ?

Cela est avant tout dû à une absurdité que le ministère nous a imposée à la demande de la Conférence des présidents d'université : le rang du vœu est un critère dans l'affectation dans les filières universitaires en tension – seulement dans ces dernières, les formations sélectives n'ayant pas connaissance de l'ordre des vœux. Résultat : alors que cet algorithme a été créé pour satisfaire les souhaits des candidats et les encourager à être sincère, cette règle engendre des stratégies.

Vous attendiez-vous à l'annonce de la fin de la plate-forme en septembre ?

J'ai appris cette suppression par la presse. Mais je pensais que la « fin d'APB » signifiait la fin du tirage au sort, c'est-à-dire la résolution du vrai problème, et l'ouverture du débat sur une nouvelle forme de sélection à l'entrée de l'université. Je n'avais pas imaginé qu'on puisse se passer d'un algorithme qui a fait ses preuves. Car la suppression de la hiérarchisation des vœux sur laquelle il repose signifie bien la fin de l'algorithme.
Le seul moyen d'avoir une chance d'obtenir une place dans une licence en tension est de la placer en premier vœu, quand bien même cela ne serait pas la filière que l'on souhaite rejoindre prioritairement. C'est pervers.

L'argumentaire du ministère était de dire que la loi demande que soient prises en compte les « préférences exprimées » par les candidats dans ces filières. Or l'algorithme utilisé prend naturellement en compte les souhaits exprimés en essayant de donner au maximum de candidats leur premier vœu, et à défaut leur deuxième, etc. Donc il n'était pas nécessaire de surajouter une règle pour les licences en tension.

Cette décision est dangereuse et incompréhensible. Personne ne l'avait demandée. Sauf à vouloir changer pour changer, je ne me l'explique pas.

Quels sont les risques de la fin de la hiérarchisation des vœux ?

Comme l'ont expliqué plusieurs chercheurs économistes spécialistes des processus d'affectation scolaire, la procédure annoncée vise à refaire ce que faisait l'algorithme, mais plus lentement. Les candidats ne recevront plus une seule réponse par phase, mais des réponses en continu pour chacun de leurs vœux. Ils auront une semaine pour répondre à chacune, et ne pourront pas garder plus d'une proposition en même temps, en attendant d'autres réponses.

Le ministère espère qu'ils répondront immédiatement afin de libérer leur place pour d'autres candidats. Mais notre expérience de plus de 20 ans nous montre que les candidats ne sont pas aussi réactifs. S'ils font deux réponses par semaine, ce sera déjà bien. Pour certaines formations, il faudra entre 5 et 8 semaines pour que la quasi-totalité des candidats aient une proposition ou un refus d'admission.

Cela peut fonctionner, mais de manière très lente. Je crains que cela ne crée du stress continu chez les candidats et les familles, alors qu'ils seront à quelques semaines du bac, puisque le ministère a décidé d'avancer la publication des réponses de la plate-forme au mois de mai.

En 2018, le nombre de vœux maximum passera de 24 à 10…

Nous avons toujours insisté pour que le nombre de vœux possibles reste important. Car quand il est insuffisant, cela conduit à des stratégies de la part des candidats. Avec dix vœux il y a un risque que les jeunes s'autocensurent, en ne s'estimant pas assez « fort » pour telle ou telle formation, alors même que la plate-forme a été mise en place pour leur ouvrir le champ des possibles. A l'inverse, cela peut faire craindre aussi que certains se surestiment en ne demandant « que » des formations inatteignables… En 2017, alors même qu'on pouvait mettre 24 vœux, quelque 35 000 candidats se sont retrouvés sans proposition, car aucune des filières sélectives demandées ne les avait acceptés.

Avec seulement 10 vœux, il y aurait eu 4 000 candidats supplémentaires sans propositions dans les filières sélectives, et 4 000 autres dans les licences. Car ils avaient demandé la formation finalement obtenue « après » leur dixième vœu.

Le ministère réfute le terme de « sélection ». Qu'en pensez-vous, au regard de la nouvelle plate-forme qui se dessine ?

C'est très simple : toutes les filières universitaires vont désormais classer les candidats. Elles pourront d'ailleurs, à ce titre, utiliser les outils d'aide à la décision que nous avons développés pour les filières sélectives, permettant d'effectuer un classement des candidats selon leurs notes ou autres éléments de leurs dossiers (CV, parcours,…). Elles auront ensuite le droit, si les capacités d'accueil sont atteintes, d'accepter seulement certains candidats. Dans ce cas, il s'agit bien d'une sélection.

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Motion Snesup-FSU, votée en CFVU le mardi 12 décembre 2017, université Paul-Valéry Montpellier 3

Xov, 14/12/2017 - 21:36
Sélection des étudiants, sélection des établissements : le sens des réformes et des « expérimentations » en cours

Depuis plusieurs années, l'université Paul-Valéry Montpellier 3 se voit contrainte, faute de moyens suffisants, comme de nombreuses autres universités françaises, de geler ou suspendre des postes de façon chronique (un poste suspendu sur deux cette année encore), et de mettre en oeuvre des capacités d'accueil dans les filières sous tension, cela alors même que le nombre d'étudiants ne cesse d'augmenter.
On conçoit mal comment l'établissement pourrait mettre en place, sans moyens adéquats, un processus d'étude de dossiers qui fasse sens et une remédiation efficace destinée aux étudiants qui en auraient besoin.

Les universités ont à cœur d'accompagner, de former et de favoriser la réussite du plus grand nombre. C'est là tout le sens de leur mission. Mais pour atteindre cet objectif, il faut des moyens. Alors que 6 milliards d'euros partent vers les entreprises en crédit impôt recherche d'un côté, et que de l'autre, le gouvernement continue de dépenser deux fois plus par élève de CPGE que par étudiant.e, l'on demande l'impossible aux universités chroniquement sous-dotées depuis les RCE.

En mettant en place des « attendus » sans accorder de moyens suffisants aux universités et sans réfléchir aux formations en amont de l'université, le ministère s'apprête en réalité à mettre en œuvre une sélection qui ne dit pas son nom. Derrière l'affichage d'une volonté d'amélioration de la réussite des étudiants en licence, sous couvert d'une supposée personnalisation, c'est un changement complet de la politique d'accès des bacheliers à l'enseignement supérieur qui est organisé. C'est un recul, et non un progrès social.

La sélection des étudiants va de pair avec la sélection des établissements qui sont mis en concurrence de façon toujours plus criante au nom d'une prétendue excellence qui aboutit à accentuer les inégalités au lieu de les réduire. À force d' « expérimentations » tous azimuts, c'est tout le système universitaire public français qui est mis en péril et qui se dissout dans une mise en concurrence des étudiants et des établissements, alors que l'État devrait s'engager à assurer la formation de toutes et tous, et permettre l'accès à la culture, à la science, au débat d'idées sur tout le territoire.

Comment ne pas voir que la réforme en cours vise à faire le tri entre les établissements dits « d'excellence » qui accueilleront les « excellents » étudiants et les « autres » établissements qui accueilleront les « autres » étudiants ? Comment ne pas voir que l'enjeu derrière cette réforme est de continuer à faire émerger quelques sites qui figureront dans le sacrosaint classement de Shanghai, alors que les autres en seront réduits au statut de collèges universitaires ?

Afin de continuer à défendre le service public universitaire français, le CEVU de l'université Paul-Valéry Montpellier 3 refuse de mettre en place la réforme de l'accès à l'université sans un investissement massif dans l'université, dans un contexte où il est de plus en plus vital que chaque jeune puisse avoir accès au savoir et à la formation, sur tout le territoire.

(Unanimité moins 7 abstentions)

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Motion du conseil d'UFR ALLSH d'Aix-Marseille Université concernant le plan étudiant - 14 décembre 2017

Xov, 14/12/2017 - 17:04

Nous prenons acte de la volonté ministérielle d'améliorer la réussite des étudiants en licence et nous ne pouvons qu'y adhérer sur le principe ; mais le Plan envisagé pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. C'est pourquoi le conseil d'UFR ALLSH d'Aix-Marseille Université demande au ministère de surseoir à sa mise en place.

Sans une vision globale et préalable de la refonte du paysage du secondaire (réforme du lycée et du baccalauréat annoncée) et de l'enseignement supérieur (ainsi que de la formation professionnelle et continue), ce Plan risque de devenir incohérent, injuste et finalement inapplicable.

D'autre part, le Plan Etudiant en l'état impose un changement complet de la politique d'accès des bacheliers à l'enseignement supérieur : outre la suppression de la priorité académique, les attendus devenant de fait pour les filières en tension des critères de sélection. La sélection des étudiants va de pair avec la mise en concurrence des établissements (de par la déclinaison locale des critères). Cela aboutirait à accentuer les inégalités déjà existantes (entre universités et grandes écoles, et entre universités elles-mêmes) et à créer de fait un enseignement supérieur à plusieurs vitesses contraire à l'esprit de service public et d'égalité sociale et territoriale.

Les universités ont toujours eu à cœur d'accompagner, de former et de favoriser la réussite du plus grand nombre. C'est là tout le sens de leur mission. Mais pour atteindre cet objectif, il faut des moyens, or ce Plan ne les fournit pas. On conçoit mal comment l'établissement pourrait mettre en place, sans moyens adéquats, un processus d'étude de dossiers qui fasse sens et un accompagnement efficace destiné aux étudiants qui en auraient besoin.

Affirmant son attachement au service public universitaire français, le conseil d'UFR ALLSH d'Aix-Marseille Université demande donc au ministère de surseoir à la mise en place de ce Plan, et de mettre en œuvre une concertation approfondie et éclairée permettant d'aboutir à la conception d'un Plan Etudiant capable de répondre aux besoins et missions de l'université, et impliquant un investissement massif dans l'université.
:
Motion adoptée à l'unanimité

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Motion du département de Lettres modernes de l'Université Jean Moulin-Lyon 3, 12 décembre 2017

Xov, 14/12/2017 - 14:13

Le département de Lettres s'étant réuni pour discuter de la mise en place de la nouvelle plateforme « Parcours Sup » fait le constat d'un certain nombre de problèmes touchant à la réforme des modalités d'accès en Licence 1 à l'université. Il s'avère, en effet, que l'examen des dossiers des candidats doit donner lieu à un classement de toutes les demandes, selon des critères qualitatifs. Cette opération, et les conditions dans lesquelles il nous est demandé de la mettre en place, remettent fondamentalement en cause notre mission :

Le classement qui nous est imposé va rendre de facto sélectives des notes d'examen (épreuves anticipées du baccalauréat) ou des moyennes de trimestre qui n'avaient pas vocation à l'être et dont les critères sont susceptibles d'être fluctuants selon les établissements.

Le système des 10 vœux non classés par les lycéens démultiplie artificiellement les candidatures, au lieu de prendre en compte − ce qui serait préférable − l'ordre des vœux des candidats. Une des conséquences est d'imposer aux équipes d'établir une liste largement fictive dans la mesure où l'on classe des demandes qui ne correspondent pas à un vœu prioritaire des candidats.

Le ministère donne la possibilité de répondre « Oui si… » à un candidat dont il est estimé qu'il ne satisfait pas aux attendus de la filière, pour lui proposer un parcours aménagé visant à lui permettre d'obtenir le niveau requis. Or cette réponse est conditionnée à l'existence actuelle de tels parcours dans les universités, qui sont en fait peu nombreuses à disposer de ces solutions de remédiation. En l'état actuel des formations, et des moyens, le « oui si… » est donc une option qui reste très limitée.

On peut, enfin, s'interroger sur l'effet démoralisant de ces classements à répétition sur les lycéens à la veille du baccalauréat.

Ce dispositif se met en place dans la précipitation, sans moyens supplémentaires, sans concertation avec les équipes pédagogiques de terrain et d'une manière qui semble difficilement réalisable en l'état. Les problèmes rencontrés par APB reposaient en grande partie sur le manque de capacités d'accueil des universités, que le dispositif actuel, en l'absence de création de postes et d'augmentation des moyens, ne résout pas.

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Sélection à l'université : la catastrophe qui vient - Pascal Maillard, blog de Médiapart, 13 décembre 2017

Mér, 13/12/2017 - 22:12

Les « attendus » étaient très attendus. Ils sont désormais connus. Les lycéens savent tout ce que l'Université publique attend d'eux. Ou plus exactement ce à quoi le gouvernement les pousse : déserter l'université en choisissant le supérieur privé ou les formations courtes, ou bien faire appel à des officines pour préparer la nouvelle course d'obstacles de la sélection.

C'est donc ce 12 décembre que les parlementaires ont commencé à étudier en première lecture le projet de loi « relatif à l'orientation et à la réussite des étudiants ». C'est aussi ce 12 décembre que le ministère de l'enseignement supérieur a mis en ligne sur son site les attendus nationaux qui définissent les critères d'accès dans toutes les licences. Parallèlement les binômes professeurs principaux se mettent en place dans les lycées alors que les universités planchent, en ce moment et dans l'urgence, sur la définition des capacités d'accueil de leurs différentes composantes et sur la déclinaison locale des attendus et des éléments pris en compte pour l'examen des vœux des lycéens. Ces éléments doivent être retournés aux rectorats par les universités avant le 17 janvier, soit bien antérieurement à toute possibilité d'adoption par les conseils centraux des universités. A ce sujet, il convient de dire haut et fort que c'est en dehors de tout cadre législatif et règlementaire que les établissements d'enseignement secondaires et supérieurs travaillent d'arrache-pied à mettre en application un dispositif administratif lourd de conséquences pour toute une partie de la jeunesse.

En effet, la loi est encore à l'état de projet, de nombreux amendements sont annoncés et elle ne sera pas promulguée avant le printemps. Il n'y a plus guère que quelques organisations syndicales pour relever cette entorse majeure à la vie démocratique de notre pays. Voir ICI, par exemple, un communiqué qui appelle à ne pas organiser et ne pas mettre en oeuvre la sélection. La question du SNESUP-FSU est pertinente : « Imagine-t-on que l'on puisse procéder ainsi en matière fiscale ou en matière pénale ? ». En aucun cas. Dans l'Enseignement supérieur cela fait 10 ans qu'on met en place des réformes avant tout cadre législatif, soit par anticipation (illégale), soit à l'occasion d'expérimentations (systématiquement conduites à se généraliser). Ces pratiques détestables sont celles d'un néolibéralisme autoritaire, de Sarkozy-Pécresse à Hollande-Fioraso. Le couple Macron-Vidal semble prendre les mêmes chemins de traverse. Nos jeunes et bouillonnants députés feraient bien de s'en inquiéter et de rappeler à l'ordre le gouvernement Philippe.

On imaginait que les attendus allaient être plutôt exigeants, mais, comme beaucoup d'autres collègues, les bras m'en sont tombés quand j'ai pris connaissance de ce « cadrage national des attendus pour les mentions de licence ». Avant de parcourir les 48 pages du document, je suis évidemment allé à la mention qui m'intéresse le plus : les Lettres, une discipline que j'enseigne depuis 25 ans à l'université, du niveau L1 au master 2. Mon constat est simple : si ces attendus devaient être appliqués, les deux tiers des étudiants de première année de Licence que j'ai en cours ne devraient pas être inscrits, ou bien ne pourraient l'être qu'après une formation complémentaire d'au moins une année. Ces attendus sont de mon point de vue ceux de la fin d'une L1. Certains relèvent de compétences et de savoirs savants qui ne seront maîtrisés qu'au terme de la licence. Voici quelques-uns de ces attendus : « disposer d'un très bon niveau rédactionnel », « une maîtrise globale de la langue française », « des qualités de compréhension fine de textes de toute nature », « de solides capacités d'expression », « une connaissance de la genèse et de l'évolution des lettres françaises, avec une attention particulière pour leur dimension historique. » Les attendus des autres mentions de licence sont de même nature. J'ai le sentiment, partagé par des collègues d'autres disciplines, que les concepteurs de ces attendus ont défini des objectifs de sortie de licence et non les prérequis pour y accéder. De très nombreux attendus étant en décalage complet avec les compétences et les savoirs savants acquis dans le secondaire, nul doute que nombre de lycéens vont paniquer et renoncer à certaines orientations : des filières pour lesquelles ils éprouvent de l'attrait ou de la motivation et qui leur apparaîtront désormais inaccessibles. Voudrait-on désespérer un peu plus la jeunesse qu'on ne s'y prendrait pas autrement !

Précisons enfin que ces « attendus » sont définis nationalement. Il y aura certes des déclinaisons ou des adaptations locales, mais le cadre est bien là et ce sont ces « prérequis » qui serviront à la fois de guide pour orienter les lycéens dans leur choix ; de référence pour les professeurs de lycée ; et de critères pour les universitaires dans leur travail d'évaluation et de sélection des dossiers de candidature. Et ceci, pour toutes les filières dites « en tension » : à savoir, a minima, la PACES (médecine), Droit, Staps (sciences du sport) et Psychologie. Mais seront aussi concernées toutes les formations pour lesquelles les universités, en accord avec les rectorats – en cas de désaccord les rectorats auront le dernier mot - auront défini des capacités d'accueil. Un travail titanesque en prévision pour les universitaires *, un travail complexe et chronophage, sans moyens complémentaires alors que des années d'austérité et de compression de la masse salariale des universités ont épuisé tous les personnels, qu'ils soient administratifs ou enseignants. Et de nouvelles tâches et responsabilités pour les professeurs de lycée qui devront se transformer en prophètes lorsqu'ils devront mettre des avis prédictifs sur chaque voeu d'élève lors des conseils de classe en Terminale. Comme si le parcours d'un élève était prévisible ou programmable, réductible à un profil. Comme si les enseignants pouvaient devenir des conseillers d'orientations et avoir une connaissance de l'ensemble des filières du supérieur. Le prédictible, le profilage et la science infuse : voilà la catastrophe qui vient. Alors que la vie est faite d'inconnu. Alors qu'il n'existe aucun savoir sans reconnaissance du non-savoir. Alors que tout système éducatif doit comprendre et accepter l'inconnu et l'incertitude, le droit à l'erreur et donc à la réorientation.

Pour lire la suite

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Lettre du président de la CPU sur le traitement des dossiers d'étudiants - 11 décembre 2017

Mér, 13/12/2017 - 21:06

Veuillez lire ci-joint la lettre du président de la CPU en date du 11 décembre, concernant le traitement des dossiers d'étudiants à la rentrée 2018.

On y lit que ce traitement ne sera pas entièrement automatisé, que l'ensemble des dossiers sera ordonné (oui / oui si / en attente au delà des capacités d'accueil) et que les responsables accès premiers cycles devraient avoir cette charge (on anticipe d'ailleurs déjà des contentieux).

De plus, le courrier dit bien qu'on doit prendre en compte des éléments, et non définir des critères opérationnalisables sous forme d'algorithme automatisé (comme le seraient les notes, le type de bac, etc.) : cela implique un traitement qualitatif des milliers de dossiers puis leur classement.

Le système devrait fonctionner un peu comme le faisait APB, mais les éléments pris en compte diffèreront. Là où auparavant on prenait en compte surtout la hiérarchie des choix de l'étudiant et son origine académique, il n'y a plus de prise en compte de la hiérarchie, mais en revanche on intègre des paramètres de profil de l'étudiant.

Du point de vue des personnels universitaires, un traitement qualitatif de milliers de dossiers se prépare.

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Communiqué de l'Intersyndicale des personnels CGT-FO-FSU-SUD-UNSA de l'université de Toulouse Jean Jaurès et communiqué de l'IS du Mirail - 13 décembre 2017

Mér, 13/12/2017 - 20:28

Veuillez lire les deux communiqués convergents dans les documents joints. Ils décrivent bien le passage en force de la présidence locale concernant le projet de fusion.

Suite à l' ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES PERSONNELS DE

l' UNIVERSITÉ TOULOUSE- JEAN JAURÈS (UT2J) qui s'est tenu ce matin,

MERCREDI 13 DÉCEMBRE 2017 A 10H30 EN AMPHI E, et qui a rassemblé plus

de 200 personnes, vous trouverez ci-joint le nouveau COMMUNIQUE de

l'INTERSYNDICALE DES PERSONNELS CGT-FO-FSU-SUD-UNSA

DE l'UNIVERSITÉ TOULOUSE - JEAN JAURÈS (UT2J).

L' ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES PERSONNELS DE

l' UNIVERSITÉ TOULOUSE- JEAN JAURÈS (UT2J) A VOTE

LA GRÉVE RECONDUCTIBLE A PARTIR De JEUDI 14 DÉCEMBRE 2017 à 8h

et ce jusqu'à la Prochaine AG des PERSONNELS UT2J qui aura

lieu le Vendredi 15 DÉCEMBRE 2017 A 10h30 dans le

GRAND AMPHI (Bâtiment ACCUEIL UT2J).

L' ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES PERSONNELS DE

l' UNIVERSITÉ TOULOUSE- JEAN JAURÈS (UT2J) A ÉGALEMENT VOTE LA

DÉMISSION de Daniel LACROIX de la PRÉSIDENCE DE l' UNIVERSITÉ

TOULOUSE- JEAN JAURÈS !!!!

L'INTERSYNDICALE DES PERSONNELS CGT-FO-FSU-SUD-UNSA

DE l'UNIVERSITÉ TOULOUSE - JEAN JAURÈS (UT2J) APPELLE TOUS LES

PERSONNELS DE l' UT2J A SE MOBILISER CONTRE LE PROJET IDEX-UT

et une délégation de l'Intersyndicale participera

à l' ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ÉTUDIANTS DE L' UT2J qui aura lieu demain,

Jeudi 14 DÉCEMBRE à 12h30 dans le GRAND AMPHI (Bâtiment ACCUEIL UT2J).

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Motion de l'Assemblée Générale du 12 décembre 2017, UFR ALLSH, Aix-Marseille Université et CR de la délégation intersyndicale reçue au Rectorat

Mér, 13/12/2017 - 12:42

1/ Motion de l'Assemblé Générale du 12 décembre 2017, UFR ALLSH, Aix-Marseille Université

L'Assemblée Générale des personnels et des étudiants, réunie le mardi 12 décembre à Schuman, demande aux instances d'AMU (conseils d'UFR, CAC, CA…) :

De mettre au début de l'ordre du jour des différents conseils la question du « plan étudiant » ;
D'informer dans les plus brefs délais les personnels et les étudiants sur ce plan et ses conséquences au niveau local ;
De permettre les débats et la libre circulation de l'information et des opinions à travers l'ouverture d'une liste de diffusion non modérée ;
De se prononcer sur ce plan, conformément aux prérogatives qui sont les leurs et pour lesquelles leurs représentants ont été élus.

L'Assemblée Générale et les organisations syndicales présentes se prononcent pour le retrait du « plan étudiant ».

Adopté à l'unanimité, moins une abstention et un présent ne prenant pas part au vote.

UNEF, CGT FERC-Sup, SNPREES-FO, SNESUP-FSU, SUD Éducation, et des membres du collectif DESIRS.

2/CR de la délégation intersyndicale au Rectorat – Aix-en-Provence 12 décembre 2017

Organisations représentées
UNEF
FO
FSU (SNESUP – SNES)
Sud Education
FERC-Sup CGT

Rectorat représenté par
M. Lazzerini (secrétaire général adjoint) et M. Cassar (conseiller technique, en charge de l'orientation), qui précisent qu'ils feront remonter au Recteur et aux ministères nos propos.

La réunion a duré 1h30.

Les représentants des OS présentent leurs analyses convergentes et détaillées sur le « plan étudiant » et demandent unanimement le retrait de ce plan et un réel investissement dans l'ESR.

Une discussion s'en est suivie où les représentants du Rectorat ont soutenu que ce « Plan étudiant » a comme principal objectif une meilleure orientation des bacheliers, ne vise pas à établir une quelconque sélection ni à diminuer le nombre d'étudiants dans les universités. Ils ont apporté quelques éclaircissements techniques sur
le fonctionnement de la plateforme ParcoursSup en cours d'installation (l'absence de hiérarchisation des vœux n'aurait pas selon eux comme conséquence que les décisions ne seraient pas prises par les bacheliers)
le fonctionnement et le rôle de la future Commission d'Accès à l'Enseignement Supérieur : elle prendra la suite de la Commission académique des formations post-bac (loi Fioraso), a pour but d'harmoniser les conditions d'accès (seuils) au sein de l'académie, et ne saurait remettre en cause l'autonomie des universités en termes d'offre de formation. La composition de cette commission n'est pas encore établie. L'UNEF demande à ce qu'elle comporte au moins un représentant étudiant.

À l'issue de cette rencontre, les OS se félicitent d'avoir été reçues, sont bien conscientes que cet échange n'apportera aucune réponse satisfaisante, et appellent à la poursuite de la mobilisation de la communauté universitaire pour le retrait du Plan étudiant.

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Le cadrage national des "attendus" pour les mentions de licence est paru (et on a même le cadrage local de South University) !! Décembre 2017

Mar, 12/12/2017 - 23:51

Ci-dessous, quelques éléments d'analyse par Mathieu Brunet. Avec le cadrage national, et le cadrage local.

Viennent d'être rendus publics les "attendus" nationaux qui vont servir d'outil d'"orientation" pour les bacheliers à partir de la rentrée prochaine.

L'enjeu n°1 : résorber le trop-plein d'étudiants dans 4 formations de licence : STAPS (de mon temps on disait éducation physique), PACES (de mon temps on disait médecine), Psychologie (de mon temps, ça n'existait pas vraiment :D ) et Droit (de mon temps, c'était déjà des gens bizarres :D ).

L'enjeu n°2 : "requalifier" les études universitaires, et lutter contre l'échec en 1e année. De mon temps, on appelait ça sélectionner.

Ces attendus consistent à présenter des sortes de prérequis ou de conseils aux lycéens, afin de les guider dans leurs vœux pour le supérieur. Mais ces vœux, à la différence du fonctionnement actuel d'APB (plein de défauts par ailleurs), ne seront plus hiérarchisés. On saura que tel lycéen émet 10 vœux, on ne saura pas ce qu'il préfère. S'il désire aller dans l'une de ces 4 formations "en tension", il sera donc sélectionné sur une série de critères dont je vous laisse découvrir le florilège ci-dessous, ainsi que sur une lettre de motivation. Accessoirement, cela signifie, pour les enseignants (du sup comme du secondaire) un surcroît considérable de travail (il va falloir lire un nombre accru de ces dossiers, de ces lettres, etc). Accessoirement encore, je ne serais pas étonné de voir fleurir, dans le courant du mois de janvier, des officines proposant aux lycéens de les aider dans la rédaction de ces lettres de motivation. Perso, je crois que je vais en ouvrir une, ça me permettra de prendre ma retraite plus tôt.

Bien, alors, ces attendus sur les filières "en tension" ? (ce sont des extraits)

STAPS :
Disposer de compétences sportives
Les études en STAPS comportent une part importante de pratique sportive. Il semble donc nécessaire au préalable, en tant que pratiquant, de posséder une expérience régulière et diversifiée dans les activités physiques et sportives.

Ah ?

PACES :

Disposer de très bonnes connaissances et compétences méthodologiques et comportementales
Ces connaissances et compétences visent notamment à attester d'une :
• capacité d'apprentissage : curiosité, capacité organiser et à conduire ses apprentissages,
• capacité à fournir une très importante quantité de travail personnel : être capable de le programmer et de s'y tenir dans la durée.
Disposer de qualités d'engagement importantes compte tenu de la difficulté de la PACES et des filières qui en sont issues.

En d'autres termes, c'est vraiment dur, n'y venez que si vous avez les épaules larges (et la famille derrière)

DROIT :

Avoir suivi un module « Découverte du Droit ». Le suivi de ce module constitue une condition de recevabilité du dossier
Ce module est un outil informatif et pédagogique offert aux lycéens qui peuvent avoir un premier aperçu de l'adéquation de leur profil à une Licence de droit. Si le passage de ce module est obligatoire, son résultat n'est connu que du seul lycéen.

Tu veux faire du droit ? t'avais qu'à le savoir dès la classe de 1e (mais tu peux venir quand même si t'es nul, l'essentiel est que tu aies eu ta vocation très tôt)

PSYCHO :

Pouvoir travailler de façon autonome et organiser son travail
Cet attendu marque l'importance, pour la formation en psychologie, de la capacité du candidat à travailler de façon autonome. Comme beaucoup de formations universitaires, la Licence de psychologie laisse en effet une place substantielle à l'organisation et au travail personnel.

Si t'es intelligent, tu comprends : c'est une filière avec des amphis surchargés, donc faudra que tu te démerdes tout seul.

Rassurez-vous (si vous êtes encore là), c'est pas mieux pour les filières sans tension particulière :
Pour la musicologie par exemple, il faut maîtriser une langue étrangère et savoir travailler en autonomie, mais il n'est pas nécessaire de savoir lire une partition, l'essentiel est d'être "sensibilisé" à la musique.

No comment...

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Communiqué de presse du SNCS-FSU - Make our planet great again - 11 décembre 2017

Mar, 12/12/2017 - 13:01

Pour lire ce communiqué sur le site du SNCS

A la veille de l'annonce par le gouvernement des résultats de l'opération présidentielle « Make our planet great again », le SNCS-FSU dénonce une opération de pure communication qui n'apporte aucun soutien supplémentaire à la recherche française.

Le SNCS-FSU souligne que l'effort de recherche de la France ne fait, au contraire, que décroître par rapport à ses principaux partenaires. La France s'était engagée en 2002, avec ses partenaires européens, à porter son effort de R&D à 3% du produit intérieur brut (PIB) à l'horizon 2010, dont 1% consacré à la recherche publique et 2% à la recherche privée (Conclusion 47 du conseil européen de Barcelone, 15 et 16 mars 2002). Avec 2,22% du PIB consacré à la R&D en 2015 (chiffre de, l'OCDE) – chiffre en baisse depuis 2013 - non seulement la France ne s'approche pas de l'objectif européen mais elle s'en éloigne. Elle se situe en dessous de la moyenne de l'OCDE (2,38%) et loin des USA (2,79%), de l'Allemagne (2,93%), du Japon (3,29%) et de la Corée (4,23%).

Le budget 2018 de la recherche n'apporte rien de plus que les budgets précédents. Au mieux il permettra de maintenir une situation qui stagne depuis plusieurs années et détériore les conditions de travail. C'est pourquoi l'invitation en France de collègues étrangers, alors qu'aucun moyen supplémentaire n'est donné à la recherche publique, ne constitue en rien une amélioration de la situation générale ni ne peut constituer une réponse à l'urgence des questions environnementales, la question climatique en particulier.

Pour relever le défi de la recherche en France, il ne suffit pas d'un appel aux scientifiques américains et d'autres pays étrangers. Leur donner une espèce de priorité, en particulier en matière de rémunérations, constitue en premier lieu une insulte envers les scientifiques français, dont le très haut niveau est reconnu régulièrement par des récompenses internationales mais dont l'engagement n'est pas correctement récompensé dans leur propre pays. Ainsi les salaires des scientifiques sont-ils, en moyenne, trois fois plus élevés aux Etats-Unis qu'en France. En second lieu cet appel spécial à des scientifiques d'autres pays tend à occulter le fait que les organismes de recherche et les universités françaises recrutent massivement des étrangers tous les ans (dans une proportion de plus du quart des recrutements au CNRS), en nombre bien plus important que les futurs lauréats de ce paradoxal concours « Viens travailler en France, mais sans moyens » lancé par l'Elysée. Tous comptes faits le Gouvernement n'apporte aucune réponse aux besoins urgents de la recherche publique française, qui ne peuvent être satisfaits que par la programmation sur 10 ans d'un effort budgétaire supplémentaire à hauteur d'un milliard d'euros supplémentaire par an pour la recherche publique et 2 milliards d'euros supplémentaires par an pour le service public de l'enseignement supérieur (conformément à l'avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) du 18 septembre 2017).

Pour ce qui est des réponses de la recherche aux défis environnementaux, il est urgent de passer à un niveau exceptionnel d'investissements financiers de tous les Etats. Toutes les forces scientifiques doivent être mobilisées, sans exclusive, par une contribution de tous les pays à la mesure de leurs moyens, du nord comme du sud. Il est illusoire de prétendre réaliser les transitions énergétique, écologique, économique et sociale, devenues urgentes pour nos sociétés, sans aucun moyen supplémentaire, sans une mobilisation de grande ampleur pour la recherche.

Meudon, le 11 décembre 2017

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Motion de l'AG des personnels de l'UFR SHS de l'université Paris-Est Marne-la-Vallée - 5 décembre 2017

Mér, 06/12/2017 - 20:40

Détournons nos yeux de Marnes-La-Coquette en ce jour, et tournons-les vers Marne-La-Vallée.

Veuillez trouver ci-jointe la motion de l'AG des personnels de l'UFR SHS de l'université Paris-Est Marne-La-Vallée concernant le projet de loi relatif à l'orientation et à la réussite des étudiants.

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Procédure APB défaillante ou manque de place à l'université (808 000 candidats inscrits pour 654 000 places proposées dans l'ensemble des formations) ? Le monde campus, 5 décembre 2017

Mar, 05/12/2017 - 16:51

« Parcoursup, qui succède à APB, risque de créer du stress continu pour les candidats et leurs familles »

Lire sur le site du monde

Bernard Koehret a créé et piloté, jusqu'à cette année, la plate-forme d'affectation dans le supérieur Admission post-bac. Il revient sur les polémiques qui ont marqué l'été et s'inquiète des conséquences de la fin d'APB.

C'est la première interview que le créateur d'Admission post-bac donne à la presse depuis que le ministère de l'enseignement supérieur a annoncé la fin de cette plate-forme en septembre. L'ingénieur et professeur émérite Bernard Koehret pilotait l'équipe de dix personnes chargée, à l'Institut national polytechnique de Toulouse, de faire fonctionner cette plate-forme. Et ce, jusqu'à cette session 2017, qui a vu exploser le tirage au sort dans les filières universitaires en tension. Pour lui, la suppression de l'algorithme d'APB est incompréhensible, et la réforme qui se profile promet un système moins efficace.

La plate-forme APB a-t-elle dysfonctionné cet été ?

La procédure a fonctionné normalement cette année. Mais lorsqu'on a 808 000 candidats inscrits en début de procédure sur APB, pour 654 000 places proposées dans l'ensemble des formations, je ne vois pas comment on a pu penser une seconde que la demande pouvait être satisfaite. Ce n'est pas APB qui explose, c'est l'enseignement supérieur qui manque de places, en particulier l'université.

Pour cette raison, chaque année des candidats se retrouvent « sans proposition » durant la procédure. Compte tenu de la hausse démographique ils étaient, de fait, plus nombreux cette année dans ce cas lors de la première phase de réponses début juin (120 750, contre 100 600 en 2016). Mais à la fin des trois phases de la procédure normale, mi-juillet, ce chiffre était tombé à 87 000 (soit moins qu'en 2016 : 90 800). Il faut noter tout de même que ces chiffres des candidats « sans affectation » sont gonflés, car ils intègrent aussi ceux qui ont démissionné de la plate-forme.

Là-dessus est venu s'ajouter le tirage au sort, qui a évincé plus de candidats que l'année dernière des licences qu'ils demandaient en premier vœu. La presse a alors parlé des « dysfonctionnements » d'APB, alors que la plate-forme n'y est pour rien.

Qui est responsable alors ? Pourquoi le tirage au sort a-t-il été utilisé ?

Pour faire fonctionner l'algorithme d'affectation, il faut que chaque formation puisse classer les candidats. Les filières sélectives le font à partir de leurs propres critères (lettre de motivation, notes, entretiens, etc.). Mais pour les filières universitaires, les critères prévus jusqu'à aujourd'hui par la loi (domicile, préférences des candidats, et situation de famille) étaient insuffisants pour départager les candidats.

En l'absence de décision politique sur une quelconque forme de sélection à l'université, le tri aléatoire a été retenu pour « classer » les candidats. Cette solution technique, la moins injuste trouvée, existait déjà dès 2004 dans l'algorithme [voir ci-dessous l'encadré « Les dates clés d'APB »]. Sauf qu'il n'y avait pas, à l'époque, de filières en tension. C'est seulement en 2015 que le tirage au sort a commencé à être pointé.

Une autre critique faite à APB est que la plate-forme favorisait les candidats les plus stratèges. Que répondez-vous ?

Cela est avant tout dû à une absurdité que le ministère nous a imposée à la demande de la Conférence des présidents d'université : le rang du vœu est un critère dans l'affectation dans les filières universitaires en tension – seulement dans ces dernières, les formations sélectives n'ayant pas connaissance de l'ordre des vœux. Résultat : alors que cet algorithme a été créé pour satisfaire les souhaits des candidats et les encourager à être sincère, cette règle engendre des stratégies.

Le seul moyen d'avoir une chance d'obtenir une place dans une licence en tension est de la placer en premier vœu, quand bien même cela ne serait pas la filière que l'on souhaite rejoindre prioritairement. C'est pervers.

L'argumentaire du ministère était de dire que la loi demande que soient prises en compte les « préférences exprimées » par les candidats dans ces filières. Or l'algorithme utilisé prend naturellement en compte les souhaits exprimés en essayant de donner au maximum de candidats leur premier vœu, et à défaut leur deuxième, etc. Donc il n'était pas nécessaire de surajouter une règle pour les licences en tension.

Vous attendiez-vous à l'annonce de la fin de la plate-forme en septembre ?

J'ai appris cette suppression par la presse. Mais je pensais que la « fin d'APB » signifiait la fin du tirage au sort, c'est-à-dire la résolution du vrai problème, et l'ouverture du débat sur une nouvelle forme de sélection à l'entrée de l'université. Je n'avais pas imaginé qu'on puisse se passer d'un algorithme qui a fait ses preuves. Car la suppression de la hiérarchisation des vœux sur laquelle il repose signifie bien la fin de l'algorithme.

Cette décision est dangereuse et incompréhensible. Personne ne l'avait demandée. Sauf à vouloir changer pour changer, je ne me l'explique pas.

Quels sont les risques de la fin de la hiérarchisation des vœux ?

Comme l'ont expliqué plusieurs chercheurs économistes spécialistes des processus d'affectation scolaire, la procédure annoncée vise à refaire ce que faisait l'algorithme, mais plus lentement. Les candidats ne recevront plus une seule réponse par phase, mais des réponses en continu pour chacun de leurs vœux. Ils auront une semaine pour répondre à chacune, et ne pourront pas garder plus d'une proposition en même temps, en attendant d'autres réponses.

Le ministère espère qu'ils répondront immédiatement afin de libérer leur place pour d'autres candidats. Mais notre expérience de plus de 20 ans nous montre que les candidats ne sont pas aussi réactifs. S'ils font deux réponses par semaine, ce sera déjà bien. Pour certaines formations, il faudra entre 5 et 8 semaines pour que la quasi-totalité des candidats aient une proposition ou un refus d'admission.

Cela peut fonctionner, mais de manière très lente. Je crains que cela ne crée du stress continu chez les candidats et les familles, alors qu'ils seront à quelques semaines du bac, puisque le ministère a décidé d'avancer la publication des réponses de la plate-forme au mois de mai.

En 2018, le nombre de vœux maximum passera de 24 à 10…

Nous avons toujours insisté pour que le nombre de vœux possibles reste important. Car quand il est insuffisant, cela conduit à des stratégies de la part des candidats. Avec dix vœux il y a un risque que les jeunes s'autocensurent, en ne s'estimant pas assez « fort » pour telle ou telle formation, alors même que la plate-forme a été mise en place pour leur ouvrir le champ des possibles. A l'inverse, cela peut faire craindre aussi que certains se surestiment en ne demandant « que » des formations inatteignables… En 2017, alors même qu'on pouvait mettre 24 vœux, quelque 35 000 candidats se sont retrouvés sans proposition, car aucune des filières sélectives demandées ne les avait acceptés.

Avec seulement 10 vœux, il y aurait eu 4 000 candidats supplémentaires sans propositions dans les filières sélectives, et 4 000 autres dans les licences. Car ils avaient demandé la formation finalement obtenue « après » leur dixième vœu.

Le ministère réfute le terme de « sélection ». Qu'en pensez-vous, au regard de la nouvelle plate-forme qui se dessine ?

C'est très simple : toutes les filières universitaires vont désormais classer les candidats. Elles pourront d'ailleurs, à ce titre, utiliser les outils d'aide à la décision que nous avons développés pour les filières sélectives, permettant d'effectuer un classement des candidats selon leurs notes ou autres éléments de leurs dossiers (CV, parcours,…). Elles auront ensuite le droit, si les capacités d'accueil sont atteintes, d'accepter seulement certains candidats. Dans ce cas, il s'agit bien d'une sélection.

Les dates-clés d'Admission post-bac

1992 : la plate-forme est lancée par Bernard Koehret à l'Institut national polytechnique de Toulouse afin de gérer les concours communs polytechniques.
1999 : le service est étendu aux autres écoles d'ingénieurs.
2003 : le service est étendu aux classes préparatoires CPGE.
2005 : l'académie de Nantes entre dans le dispositif.
2006 : 6 académies utilisent APB.
2007 : 12 académies.
2008 : 24 académies.
2009 : généralisation d'APB aux 30 académies françaises.
2015 : premiers débats autour de l'utilisation du tirage au sort.
2016 : session marquée par des débats sur la transparence de l'algorithme.
2017 : nouvelles polémiques autour de l'utilisation du tirage au sort. La nouvelle ministre de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal, annonce en septembre la fin d'APB et son remplacement par une nouvelle plate-forme, ParcourSup.

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Gros malaise à Liège, dénoncé par 124 enseignants-chercheurs de l'ULg - tribune, La Libre.be, 4 décembre 2017

Lun, 04/12/2017 - 22:18

Une opinion de 124 enseignants-chercheurs de l'ULg (*).

L'évolution du paysage universitaire en Europe, en Belgique et en Fédération Wallonie-Bruxelles inquiète et crée un profond malaise. Des enseignants-chercheurs de l'Université de Liège souhaitent s'exprimer et invitent au dialogue.

Pour lire cette "opinion" sur le site de La Libre Belgique.

Il y a désormais deux universités à Liège.

L'une se vend sur papier glacé et sur pages cliquées, à coups de "news" et d'"events" ; elle considère que la visibilité médiatique est un gage de qualité. Elle multiplie et technicise ses procédures, et même les savoirs qu'elle transmet, pour les configurer en produits vendeurs. Elle compte tant qu'elle peut, et évalue scrupuleusement tous les usages qui sont faits des ressources qu'elle exploite. Elle organise la concurrence interne. Elle se veut "stratégique", "créative", "citoyenne", "en mouvement", mais se contente le plus souvent de s'ajuster frénétiquement à tout ce qui, en dehors d'elle, la presse. Elle ignore les questions de fond et pense que les étudiants sont des parts de marché, et que la recherche est un investissement qui doit rapporter.

L'autre est un peu perdue. On lui dit qu'elle coûte énormément, qu'elle doit se réinventer, qu'elle est nostalgique d'un passé révolu. Elle ne se conçoit pourtant pas comme "conservatrice" ; elle pense au contraire qu'une institution de savoir est bien le lieu d'une émancipation et d'un progrès collectifs possibles, et elle met tout en oeuvre pour poursuivre cet idéal. L'humain est au coeur de son métier, au quotidien. Elle défend une posture critique à l'égard des logiques qui soumettent la production et la circulation des connaissances à des contraintes étrangères aux pratiques de savoir. Elle sait que la recherche n'est pas toujours une activité rentable ; elle se préoccupe moins d'attirer les étudiants que de les intéresser vraiment. Elle aimerait continuer à aimer son métier, car elle trouve que c'est un métier passionnant.

Certains ont choisi leur camp ; la plupart sont écartelés ; tous éprouvent un malaise pratique, qui connait deux déclinaisons.

Un malaise éthique. Les deux universités n'ont plus guère de valeurs, ni de principes, ni de normes de fonctionnement, qui soient vraiment communs. À vrai dire, elles se suspectent en permanence l'une l'autre. Les méthodes de management utilisées par l'une apparaissent à l'autre non seulement obsolètes et inefficaces, mais aussi fondamentalement nuisibles pour les personnes humaines. Ces méthodes sont la mise en concurrence, le comptage et le secret. Elles se justifient par un contexte qu'on dit "de crise", et qui appelle des mesures "d'assainissement budgétaire". Ces méthodes visent une compression des coûts de production (fût-ce au prix de nouveaux instruments de gestion), une maximisation des bénéfices et une opacification des logiques décisionnelles, pour neutraliser toute forme de résistance. Il en résulte que le malaise éthique de l'autre université se double d'un sentiment d'impuissance et se résout alors volontiers dans la résignation et la docilité. Quant aux étudiants, ils sont eux-mêmes pris au piège de l'éthique managériale, qui flatte leur pouvoir d'achat tout en détériorant leurs conditions de vie (étudiante).

Un malaise esthétique. Les deux universités n'ont plus guère de mots, ni de formes, ni même de moments, qui soient vraiment communs. Les méthodes de marketing utilisées par l'une créent une réalité qui apparait comme viscéralement étrangère à l'autre. L'histoire qui construit cette réalité (storytelling), la labellisation forcée dont elle fait l'objet (branding) sont à ce point éloignées du vécu de l'autre université qu'elles peuvent presque être observées comme un spectacle, ou comme un miroir déformant.

En diagnostiquant ces malaises, la présente lettre ouverte veut poser les bases d'un débat rendu désormais impossible. Ce débat devrait porter sur les conditions réelles de l'enseignement et de la recherche universitaires aujourd'hui. Il n'est pas la seule affaire de gestionnaires plus ou moins éclairés, mais concerne la communauté universitaire dans son ensemble, préoccupée par la voie prise par son institution depuis quelques années.

Pour qu'une université existe encore demain à Liège, il est temps qu'elle accorde ses mots et ses valeurs à un projet vraiment universitaire, et vraiment commun.

— > (*) Voici l'ensemble des signataires : Olivier Absil, Kim Andringa, Sémir Badir, Evelyne Balteau, Laura Beck, Sarah Behets, Livio Belloï, Jean-Pierre Bertrand, Pierre Bonnet, Eric Bousquet, Marie-Guy Boutier, Lot Brems, Christoph Brull, Hervé Caps, Pierre Cardol , Monique Carnol, Alvaro Ceballos Viro, Henri Chaumont, Florence Close, Fabienne Colette, Yves Cornet, Emilie Corswarem, Luc Courard, Luciano Curreri, Patrick Dauby, Stéphane Dawans , Jean-Marc Defays, Nancy Delhalle, Michel Delville, Marc Delrez, Alain Demoulin, Bruno Demoulin, Laurent Demoulin, Benoît Denis, Yves Derop, Vinciane Despret, Arnaud Dewalque, Maria Giulia Dondero, Jean-Paul Donnay, Stephane Dorbolo, Olivier Dubouclez, Jean-Patrick Duchesne, Marie-Noëlle Dumont, Marc-Antoine Dupret, Pascal Durand, Jérome Englebert, Michel Erpicum, Nathalie Fagel, Eric Florence, Fabrice Franck, Bruno Frère, Annick Gabriel, Marc-Antoine Gavray, Philippe Gerrienne, Philippe Ghosez, Eric Gosset, Bénédicte Henry, Maud Hagelstein, Paul Hautecler, Carl Havelange, Jean-Marie Hauglustaine, Anne Herla, Benoit Heinrichs, Claude-Lucie Hick, Viktoria von Hoffmann, Claudine Houbart, Aurelia Hubert-Ferrari, Anne-Michète Janssen, Jean-Pierre Jaspart, Emmanuelle J. Javaux , Nathalie Job, Stéphanie Lambert, Céline Letawe, Christophe Lejeune, Roland Libois, Alain Marchandisse, Jean-Marc Marion, Nicolas Mazziotta, François Mélard, Marc-Emmanuel Mélon, Michèle Mertens, Henriette Michaux, Christian Michel, Robert Möller, Nicola Morato, Thomas Morard, Sarah Neelsen, Rita Occhiuto, Pierre Ozer, Chris Paulis, Julien Pieron, Michel Pierre, Christophe Pirenne, Jean-Christophe Plumier, François Provenzano, Stéphane Polis , Gérald Purnelle, Laurent Rasier, Jean-Yves Raty, Sigrid Reiter, Claire Remacle, Françoise Remacle, Dimitri Schmitz, Denis Seron, Germain Simons, Erik Spinoy, Pierre M. Stassart, Philippe Steemans, Rudy Steinmetz, Pierre Swiggers, Nicolas Thirion , Marc Thiry, Françoise Tilkin, Kristine Vanden Berghe, Benoît Van den Bossche, Alain Vanderpoorten, Marc Van Droogenbroeck, Marc Vanesse, An Van linden, Gilles Vandewalle, Matthieu Verstraete, Vera Viehöver, Patricia Willson, Jean Winand.

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