Abélard: Pour un report et un examen critique de la réforme LMD

Abélard: Pour un report et un examen critique de la réforme LMD
Abélard est un collectif de chercheurs et enseignants-chercheurs composé de : Luigi Del Buono, Christophe Gaubert, Frédéric Lebaron, Frédéric Neyrat, Fabienne Pavis, Maryse Ramambason, Charles Soulié, Sylvie Tissot. Il est l’auteur de Universitas Calamitatum : Le Livre noir des réformes universitaires, Broissieux, Editions du Croquant (collection Savoir / Agir), 2003. (Diponible auprès de nos militant-es)

Les modalités de l’évaluation des projets LMD et du retour des « navettes » ministérielles sont malheureusement conformes aux craintes formulées depuis longtemps par un grand nombre de membres de la communauté universitaire. Les reports incessants du retour des évaluations aux « porteurs de projet » témoignent de l’improvisation totale dans laquelle est mise en place cette réforme, qui est pourtant l’une des plus profondes de l’Université française depuis 1968. L’opacité des évaluations n’a d’égale que le laconisme et l’arbitraire de nombre d’entre elles. Cela témoigne de l’infantilisation sans précédent des membres de la communauté universitaire, prélude à son éclatement prochain. Les avis souvent très négatifs mais peu justifiés issus de cette « expertise » nourrissent les pires craintes quant à l’avenir de « l’offre de formation » du service public d’enseignement supérieur : suppression de petites disciplines, fragilisation de filières générales et professionnelles qui ont mis plusieurs années à être construites, mise en concurrence des universités, des UFR, des départements, des enseignants-chercheurs, etc.

Quelques exemples montrent l’ampleur du désastre :

  • A Toulon, sur 30 formations présentées, 22 sont refusées (avec la mention C « avis réservé avec navette lourde » ou D « avis défavorable »),

  • A Nantes, c’est le cas de 68 formations sur 93,

  • A Montpellier III, c’est le cas de 64 formations sur 96.

(Précisons que les universitaires disposent de 3 semaines - incluant 2 semaines de congé ! - pour améliorer et renvoyer leur copie aux experts·)

Cette situation appelle une riposte solidaire de la communauté universitaire pour éviter la fuite en avant dans les stratégies individuelles et les compromis qui, loin de permettre de « sauver l’existant », accélèrent une restructuration sans précédent et accroissent le sentiment d’une destruction planifiée de l’Université.

En conséquence, nous réclamons :

  • 1) le report de la mise en oeuvre de la réforme LMD

  • 2) un débat sur les conditions de la mise en ?uvre de cette réforme ;

  • 3) la publication de la liste des « experts » qui ont été et seront appelés à se prononcer sur les différentes maquettes de diplômes présentés ;

  • 4) Le retrait définitif des projets de réforme des statuts des personnels de l’université et d’ « autonomie » des universités (budget global, etc.).

Nous réclamons également la mise en place, en urgence, d’un plan de sauvetage de l’Université française qui passe par des créations massives de postes d’IATOS et d’enseignants-chercheurs dès cette année, et la « refondation » d’un véritable service public de l’enseignement supérieur capable d’offrir à tous les étudiants la possibilité d’accéder à des formations générales et professionnelles de qualité sur tout le territoire national et de favoriser le développement d’une recherche universitaire réellement autonome, c’est-à-dire non inféodée aux intérêts à courte vue des entreprises ou des différentes bureaucraties.

Enfin, nous réclamons l’ouverture immédiate de négociations au niveau national visant à rétablir sans délais un cadrage national des diplômes.

Fédération SUD étudiant, 20/04/04