Isabelle Bruno: Contre la stratégie de Lisbonne, un contre-sommet en mars 2010
Isabelle Bruno, maître
de conférences à l'université Lille-II (Ceraps) et membre du secteur international du Snesup (1).
Depuis le 22 octobre, une vague de mobilisations universitaires déferle en Autriche, Allemagne, Hongrie, Italie, Suisse et Pologne. Dans tous ces pays, les étudiants comme les personnels enseignants et administratifs ont ouvert le débat sur les orientations politiques convenues par les gouvernements nationaux dans le cadre européen de la stratégie de Lisbonne et du processus de Bologne. En cela, ils font écho au mouvement social du premier semestre 2009 qui s'est déployé en Espagne, Grèce, Finlande, France, Royaume-Uni, Danemark, Italie… Dans les universités françaises, il a été sans précédent par son ampleur et sa durée. S'il n'a pas suffi à mettre un coup d'arrêt aux contre-réformes, il a eu le mérite d'introduire une dimension européenne dans les discours militants.
Changer d'échelle ne vise pas seulement à gagner en puissance de résistance, mais aussi à mieux comprendre les transformations à l'œuvre pour agir ensemble au niveau transnational. Il s'agit d'ouvrir le champ des possibles et d'envisager une autre « Europe du savoir ». Avec pour slogan « l'université n'est pas une entreprise, le savoir n'est pas une marchandise », les mouvements du printemps 2009 ont touché juste. L'accord général sur le commerce des services (AGCS), conclu dans le cadre de l'OMC, et le processus de Bologne, qui concerne 46 pays sur le Vieux Continent, procèdent effectivement à une marchandisation des activités éducatives et scientifiques à l'échelle internationale. Quant à la stratégie de Lisbonne, lancée en 2000 au sein de l'Union européenne, elle engage les États membres dans une course aux performances qui orientent toutes leurs politiques publiques vers un objectif de compétitivité économique.
C'est contre cette double logique de mise en marché et de mise en compétition que le collectif Printemps 2010, réunissant 14 associations et syndicats, a lancé un « appel à une mobilisation européenne contre la stratégie de Lisbonne ». Destiné à toutes les organisations qui luttent en Europe pour faire valoir un autre projet de société, cet appel propose un contre-sommet, en mars 2010, au moment où les chefs d'État et de gouvernement célébreront les dix ans de Lisbonne et prolongeront son programme à l'horizon 2020. Saisissons cette occasion pour promouvoir un service public européen d'enseignement et de recherche, démocratique et émancipateur !
(1) Auteur d'À vos marques, prêts… cherchez ! La stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche, Éditions du Croquant, 2008; et vient de paraître l'Université et la Recherche en colère. , dirigé par Claire-Akiko Brisset.
L'Humanité, 25/11/09
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