Indépendance des Chercheurs: Fondations universitaires et mort du service public (I)

Indépendance des Chercheurs: Fondations universitaires et mort du service public (I)

Le 7 mars, le journal conservateur du Connecticut Republican American suggère une « solution miracle » pour surmonter la crise des universités aux Etats-Unis : la suppression pure et simple des tenures (postes permanents). L'article, intitulé « Casualties of the war over tenure », évoque le drame récemment survenu à l'Université d'Alabama à Huntsville (UAH) où la biologiste Amy Bishop aurait tué trois collègues et blessé trois autres après s'être vu refuser une tenure. D'emblée, l'auteure plaide pour la suppression des emplois permanents dans les universités. En clair, la soumission totale des universitaires aux mécènes, aux financiers et aux multinationales. Mais la logique suivie en France est-elle vraiment différente ? Le démantèlement des organismes publics de recherche comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), la Loi 2007-1199 « relative aux libertés et responsabilités des universités » (LRU), l'Opération Campus, les PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur) de droit privé... et, parallèlement, la  Loi 2009-972 « relative à la mobilité et aux parcours professionels dans la fonction publique », sont-ils autre chose que des pièces d'une machine d'anéantissement global du service public français ? Réagissant à la convocation d'une réunion du Conseil d'Administration de l'Université Pierre et Marie Curie (Paris VI) destinée à entériner la création d'un PRES conjointement avec les Universités Paris II et Paris IV, l'intersyndicale appelle à un rassemblement au pied de la tour centrale de cette université le lundi 8 mars à 14h00.

Les chercheurs du CNRS ne sont manifestement pas les seuls visés par les défenseurs d'une politique de démantèlement du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Les attaques contre le CNRS, contre les autres établissements publics français à caractère scientifique et technologique (EPST) et contre leur rôle dirigeant au niveau national ont manifestement pour objectif de désarticuler le service public de la recherche dont ces organismes sont garants.

Mais dans un tel contexte, quel peut être l'avenir des universités publiques et des enseignants-chercheurs ?

« Tenure is the coveted relic that protects academics from getting sacked like the rest of us », écrit Tracey O'Shaughessy dans Republican American. Elle ajoute plus loin que toute personne recevant un salaire doit pouvoir être licenciée.

Toute une définition, et tout un programme, où la question de l'indépendance du service public par rapport aux intérêts privés est tout simplement enterrée. Mais est-ce vraiment différent de la politique défendue en France par le MEDEF et appliquée par Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse ?

Et les fondations de droit privé, quelle qu'en soit la forme, sont-elles autre chose qu'un instrument de privatisation de la recherche et de l'enseignement supérieur ? C'est le cas, notamment, des fondations de coopération scientifique que constituent les PRES dans la politique de Valérie Pécresse.

Suit l'appel intersyndical contre le regroupement dans un PRES des Universités Paris II, Paris IV et Paris VI.

http://www.reinventer-luniversite.fr/ALERTE-Regroupement-...

ALERTE !

Regroupement dans un PRES de Paris 2, Paris 4 et Paris 6 :

Le conseil d’administration de l’UPMC est convoqué le lundi 8 mars pour voter la création d’un PRES (Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur) sous la forme d’une fondation de coopération scientifique entre Paris 2, Paris 4 et Paris 6 ayant vocation à embaucher des personnels sur des contrats de droit privé.

La volonté affichée est :

  • La mise en commun des moyens et des services
  • Le recrutement et la gestion des personnels
  • La gestion des locaux...

Pour nous, cela signifie :

  • La suppression de plusieurs centaines d’emplois dans les services techniques, scolarité, financier, informatiques, direction des ressources humaines…
  • La création de filières ultra sélectives au détriment de la grande majorité des étudiants
  • Privilégier quelques laboratoires avec des chaires d’excellences l’œil rivé sur le classement de « Shanghaï »

La politique du pouvoir dans l’Université et la recherche c’est aujourd’hui :

  • Le blocage des salaires et l’attribution de primes à la tête du client, primes qui ne comptent pas pour les retraites
  • L’extension des horaires des bibliothèques, à moyens constants et sans embauche de personnels
  • Le remplacement des titulaires par des précaires (la durée moyenne des contrats à l’UPMC est de 5 mois) et des vacataires. Il y en a déjà 50 000 dans l’enseignement supérieur et la recherche
  • L’alourdissement et la multiplication des structures hiérarchiques
  • L’absence de promotions en particulier pour les BIATOSS et les ITA
  • L’externalisation de services entiers, les mutualisations avec plus de travail et moins de postes
  • La course aux crédits pour la recherche avec l’ANR, véritable boîte noire du financement et machine à créer des contractuels !

Cela ne leur suffit pas !

En créant des PRES, (et celui de P2, P4, P6 n’y échappe pas) le gouvernement et la présidence de Paris 6 veulent aller plus loin dans leur politique de liquidation du service public.

Avec les PRES ce sont des centaines d’emplois qui sont en jeu au moyen de regroupement de services et d’externalisations. Ce sont aussi des filières « d’élite » sélectives et payantes comme à Dauphine et à Assas avec les collèges qui ne prennent que des bacheliers avec mention en leur assurant plus d’encadrement au prix d’une augmentation des frais d’inscription.

Avec la mise en place de la loi de mobilité professionnelle qui prévoit la possibilité de licencier des fonctionnaires placés en réorientation professionnelles suite à des restructurations : la casse des statuts des fonctionnaires devient une réalité.

Il est temps de leur dire : « NON »

Le CA de l’UPMC se réunit le 8 mars, pour débattre et se prononcer sur la constitution d’un PRES. Il faut empêcher le mauvais coup qui se prépare. Le jour du CA, nous vous appelons à manifester votre opposition au projet de PRES.

Rassemblement au pied de la tour centrale le 8 mars à 14h00

CGT (FERC-Sup P6, SNTRS), FO, SNESUP, SNCS, SUD Education, SNPTES-UNSA

La Science au XXI Siècle, 08/03/10