Sylvestre Huet: LMD : bilan de la réforme des cursus à l'Université

Sylvestre Huet: LMD : bilan de la réforme des cursus à l'Université

Licence, master, doctorat... autrement dit LMD. La réforme des cursus universitaires à l'échelle de l'Union Européenne a été lancée il y a dix ans et baptisée "processus de Bologne". Un rapport et un avis de la Conférence des présidents d'université méritent le détour, tandis que Libération revient aujourd'hui longuement sur le bilan de la LRU, la loi Libertés et responsabilités des universités.

Le rapport, c'est celui de l'EUA - European university association. Ecrit par Sybille Reichert et Christian Tauch, il fait le tour de la question en 75 pages, à partir d’une enquête de terrain : des visites effectuées dans 62 universités. L'avis de la CPU fait partie de sa dernière lettre.

Court, l'avis de la CPU montre que le bilan du LMD ne saurait être univoque. Alors que le processus est fortement soutenu par la CPU, les tensions et conflits subsistent. En témoigne cet extrait :« La rencontre a pourtant été troublée par les contestations du processus de Bologne émanant d’une partie de la communauté universitaire, notamment en Allemagne et en Autriche.

Les reproches des étudiants, mais également des enseignants-chercheurs, y portent sur la trop grande rigidité des nouveaux cursus et le manque de débouchés professionnels au niveau Licence. En effet, les études universitaires dans ces pays étaient traditionnellement assez longues, laissant beaucoup de flexibilité aux étudiants et il n’existait pas de réelle sortie au niveau licence dans les universités. Alors que ce niveau a du mal à s’imposer sur le marché du travail, une sélection a en outre été instaurée à l’entrée des Masters.

En France, au contraire, où la majorité des étudiants s’arrêtaient autrefois à la fin de la maîtrise et où le cadrage national des maquettes était assez rigide, le processus de Bologne est plutôt apprécié. Il est considéré comme ayant contribué à la diversification des cursus et à l’assouplissement de leur élaboration. Cela montre bien que le processus a conduit à une convergence au sein d’un vaste espace de l’enseignement supérieur, qui dépasse de loin l’Union européenne, mais que la façon d’apprécier le processus reste très différente selon l’histoire nationale des enseignements supérieurs.»

On peut trouver ici un communiqué de presse de l'EUA résumant le rapport. La conclusion du rapport ne met en opposition que la réussite proclamée du processus de Bologne et un besoin de financement non satisfait de l'enseignement supérieur : «Trends IV montre que, dans un grand nombre d’universités, la réforme et l’innovation permanentes sont déjà une réalité - et la seule option sérieuse - et que de nombreux facteurs interfèrent sur la nature et la réussite de ces processus complexes. Pour que les réformes réussissent, il faut que la société ait davantage conscience que la période actuelle constitue un tournant culturel majeur qui transforme des concepts universitaires établis depuis longtemps et qu’il faudra du temps et du soutien pour permettre une mise en place durable des réformes. Les gouvernements doivent être sensibles au fait que l’on n’atteindra pas les objectifs fixés par de simples modifications législatives. Les institutions ont besoin d’une plus grande autonomie de fonctionnement - condition sine qua non à la réussite de la réforme - et, en contrepartie, elles acceptent leur corollaire : un renforcement de leurs structures de gouvernance, de la direction institutionnelle et de la gestion interne. Il faut aussi aborder la question du financement des réformes ainsi que celle, plus large, de l’investissement dans l’enseignement supérieur comme réponse aux demandes des sociétés de la connaissance qui se développent en Europe. Car la force de l’Europe ne réside-t-elle pas dans une conception de l’enseignement supérieur relevant de la responsabilité publique et qui réponde à des besoins sociétaux ? Or ceci implique un engagement en faveur d’un financement public durable qui s’inscrive sur le long terme

Or, en lisant le rapport, on s'aperçoit que des questions importantes demeurent irrésolues quant au contenu des formations, à leur niveau, au rôle de l'Université dans la société, à la relation entre formation professionnnelle et générale. Par exemple : «Tant la durée que la finalité des cursus de licence continuent à faire débat, et l’idée erronée selon laquelle le processus de Bologne « prescrirait » dans tous les cas un schéma 3+2 est encore largement répandue. Il est vrai que ce modèle est dominant au sein de l’espace européen de l’enseignement supérieur, même dans les pays, comme l’Allemagne, où les établissements ont le choix entre des licences en trois ou quatre années. Dans la plupart des pays, la licence en trois ans est la durée légale et seuls quelques pays ont une durée standard de quatre années (Bulgarie, Croatie, Grèce, Ecosse et Turquie, et le secteur non universitaire dans certains pays).

Dans de nombreuses universités, les professeurs et, à un moindre degré, les doyens, parfois aussi la direction, expriment encore des doutes profonds sur la possibilité de proposer un diplôme s’obtenant en trois ans seulement qui soit signifiant tant au niveau universitaire que sur le marché du travail : selon eux, la notion d’« employabilité » apparaît souvent synonyme de baisse des standards académiques. Les réserves à l’égard de la validité des licences en trois ans sont particulièrement fortes dans les sciences de l’ingénieur, les sciences physiques et les beaux-arts

La sélection à l'entrée de l'université y est traitée, mais aussi celle survenant après, outre l'échec aux examens. Ce paragraphe signale une particularité française : «En conformité avec le Communiqué de Berlin, la plupart des diplômes de niveau licence semblent autoriser l'accès au master. La majorité des établissements sondés pour cette étude ont cependant la possibilité de sélectionner les candidats à un master même s'il subsiste certaines contraintes : aux Pays-Bas, en Suisse, en France, en Belgique et au Danemark, les titulaires d’une licence peuvent accéder automatiquement au master dans une même discipline ; cependant, les Pays-Bas et la Suisse peuvent appliquer des procédures de sélection aux candidats étrangers. La France est, semble-t-il, seule à posséder un mécanisme de sélection à la fin de la première année de ses masters en deux ans

Un document à lire et critiquer...

Libération, 30/03/10

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