Christian Laval

Christian Laval é sociólogo e investigador do Institut de la Recherche da FSU (Féderation Syndicale Unitaire), e especialista en Jeremy Bentham e outros pensadores liberais norteamericanos. Realiza investigacións sobre a historia da ensinanza das ciencias sociais e participa regularmente na revista "Nouveaux Regards". É autor de múltiples artigos e libros, entre os que destaca “Le nouvel ordre éducatif mondial” e "La escuela no es una empresa. El ataque neoliberal a la enseñanza pública"

Pierre Dardot y Christian Laval:  La nueva razón del mundo:  Ensayo sobre la sociedad neoliberal

La nueva razón del mundoPierre Dardot y Christian Laval:  La nueva razón del mundo:  Ensayo sobre la sociedad neoliberal

Editorial Gedisa, Barcelona, 2013
ISBN: 978-84-9784-744-5

Podría parecer innecesario denunciar una vez más el absurdo de un mercado omnisciente, omnipotente y autorregulador. La presente obra, sin embargo, demuestra que este aparente caos procede de una racionalidad cuya acción es subterránea, difusa y global. Dicha lógica construye y define la esencia del neoliberalismo. Al explorar su génesis doctrinal, los autores despejan numerosos malentendidos: no se trata de un retorno al liberalismo clásico, ni un retorno a un capitalismo «puro», y sostener este contrasentido es no entender sus nuevos rasgos. Por múltiples vías, el neoliberalismo se ha impuesto como la nueva razón del mundo, que hace de la competencia la norma universal de los comportamientos, sin dejar intacta ninguna esfera de la existencia humana. Una lógica tan corrosiva erosiona hasta la concepción clásica de la democracia, e introduce formas novedosas de sujeción que constituyen, para quienes las rechazan, un desafío político e intelectual inédito. Sólo entendiendo esta racionalidad se le podrá oponer una verdadera resistencia y abrir la puerta a otro porvenir. «Este libro es una llamada urgente a impulsar la teoría crítica y social del orden actual a diferencia de los análisis más comunes». Le Monde Diplomatique

Christian Laval: Le sinistre bilan du sarkozysme scolaire

Christian Laval: Le sinistre bilan du sarkozysme scolaire
Christian Laval, sociologue, est coauteur de La nouvelle école capitaliste, La Découverte, août 2011

« Laura a trouvé le poste de ses rêves » et « Julien », lui, « a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions ». La campagne de recrutement, par voie de presse et à grands frais (1,35 million d’euros), du ministère de l’Éducation nationale au printemps 2011, ne dit pas seulement la vision sexiste d’un monde social dans lequel les femmes ont des « rêves » et les hommes de l’« ambition », elle constitue un parfait déni de réalité. C’est à un affaiblissement inédit de l’enseignement public que se livre un gouvernement acharné à réduire le nombre d’heures de cours, à diminuer le nombre d’adultes dans les établissements scolaires, à liquider la formation des nouveaux enseignants et à déstabiliser la condition enseignante dans son ensemble par le recours à la précarité généralisée.

On sait pourtant que le système scolaire français, qui reste l’un des plus inégalitaires parmi les pays développés, a besoin de tout autres mesures pour se redresser. Et ce n’est pas l’annonce du recrutement de « 17000 personnes » (dont seulement 11 000 enseignants) qui peut faire oublier les chiffres dont le ministère se glorifiait encore hier : la suppression de 16 000 postes d’enseignants en 2011 et en 2012, avec pour objectif la destruction de 80 000 postes dans l’enseignement primaire et secondaire en cinq ans, soit presque 10 % du corps enseignant. Nicolas Sarkozy avait dit son souhait dans sa Lettre aux éducateurs de septembre 2007 d’une école avec « moins de professeurs ». Cette véritable saignée suscite colère et inquiétude chez les enseignants, mais aussi de plus en plus chez les parents d’élèves, et maintenant chez les maires de France, y compris UMP. Même l’enseignement privé, pourtant moins touché en proportion par ces coupes budgétaires, se met à donner de la voix. Les occupations d’écoles par les parents ont commencé à se multiplier dès le printemps 2011, en particulier dans les quartiers populaires et dans les communes rurales. « Plus d’élèves par classe, c’est moins de chances pour nos enfants », « on ne peut pas concevoir l’éducation de nos enfants selon un simple rapport comptable » : quand ce ne sont plus les syndicats d’enseignants qui le disent, mais les parents « ordinaires », c’est-à-dire les électeurs, la chose devient plus risquée pour le gouvernement. L’école primaire n’est pas la seule touchée : les effectifs en 6e vont « crever le plafond » dans beaucoup de collèges dès la rentrée 2011. Après les réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased), après la suppression de l’année de formation des nouveaux enseignants stagiaires, la poursuite d’une telle politique est de plus en plus insupportable au regard de ce que vivent les personnels et les usagers de l’Education nationale. Il n’est donc pas sûr que l’annonce très électoraliste faite le 21 juin par Nicolas Sarkozy du gel des fermetures de classes « hors démographie » pour 2012 dans le primaire suffise à effacer le tragique bilan de 5 ans de sarkozysme scolaire.

Pierre Dardot et Christian Laval: La nouvelle raison du monde: Essai sur la société néolibérale

La nouvelle raison du monde: Essai sur la société néolibéralePierre Dardot et Christian Laval: La nouvelle raison du monde: Essai sur la société néolibérale
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°325
Parution : août 2010
Prix : 13 €
ISBN : 9782707165022
Nb de pages : 504

Il est devenu banal de dénoncer l’absurdité d’un marché omniscient, omnipotent et autorégulateur. Cet ouvrage montre cependant que ce chaos procède d’une rationalité dont l’action est souterraine, diffuse et globale. Cette rationalité, qui est la raison du capitalisme contemporain, est le néolibéralisme lui-même. Explorant sa genèse doctri-nale et les circonstances politiques et économiques de son déploiement, les auteurs lèvent de nombreux malentendus : le néolibéralisme n’est ni un retour au libéralisme classique ni la restauration d’un capitalisme « pur ». Commettre ce contresens, c’est ne pas comprendre ce qu’il y a précisément de nouveau dans le néolibéralisme : loin de voir dans le marché une donnée naturelle qui limiterait l’action de l’État, il se fixe pour objectif de construire le marché et de faire de l’entreprise le modèle du gouvernement des sujets.

Par des voies multiples, le néolibéralisme s’est imposé comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence la norme universelle des conduites et ne laisse in-tacte aucune sphère de l’existence humaine. Cette logique érode jusqu’à la conception classique de la démocratie. Elle introduit des formes inédites d’assujettissement qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit. Seule l’intelligence de cette rationalité permettra de lui opposer une véritable résistance et d’ouvrir un autre avenir.

Auteurs

Pierre Dardot, philosophe et enseignant, poursuit des recherches sur Marx et Hegel. Christian Laval est sociologue et a publié L’Homme économique. Essai sur les racines du néolibéralisme (Gallimard, « NRF essais », 2007). Tous deux sont les auteurs, avec El Mouhoub Mouhoud, de Sauver Marx ? Empire, multitude, travail immatériel (La Découverte, 2007). Depuis 2004, ils animent le groupe d’études et de recherche « Question Marx » qui entend contribuer au renouvellement de la pensée critique.

Table des matières

Remerciements
Introduction : Le néolibéralisme comme rationalité

Une idéologie du « laisser-faire » ? - Le piège de l’idéologie et le fétichisme de l’État La nature de la gouvernementalité - Problématiser la nouveauté du néolibéralisme
I / Des limites du gouvernement
1. Mécanique sociale et rationalité des intérêts

La science de l’économie politique - Le sujet de l’intérêt - Les tensions entre l’intérêt et la morale - Le système des intérêts - Le gouvernement limité par la « marche des choses » - Le gouvernement par la connaissance des lois de la nature
2. Progrès de l’histoire et uniformité de la nature humaine
Ce que veut dire « société civile » Société civile et histoire - La corruption du lien social - Les deux désirs chez Adam Smith - Les avatars ultérieurs du progressisme
3. Le gouvernement limité par les droits de l’individu
Rousseau, Locke et la voie « juridico-déductive » - La fondation des droits individuels : de la théologie à la tautologie - Des droits naturels coupés du Créateur - La propriété de soi comme fondement du droit de propriété - La propriété après Locke - La nature du « pouvoir suprême » - Les limites du gouvernement - Le « grand art du gouvernement »
4. Le gouvernement sous le contrôle de l’utilité
Critique du droit naturel comme principe de l’action publique - Le principe d’utilité, unique critère de l’action publique - Construire la spontanéité - La voie ouverte au réformisme social
5. Crise du libéralisme et naissance du néolibéralisme
Une idéologie trop étroite -L’inquiétude précoce de Tocqueville et de Mill - La défense du libre marché - Contre la superstition étatique - La naissance du concurrentialisme fin-de-siècle - Le « nouveau libéralisme » et le « progrès social » - La double action de l’État selon Karl Polanyi - Le néolibéralisme et les discordances du libéralisme
II / La refondation intellectuelle
6. Le colloque Walter Lippmann ou la réinvention du libéralisme
- Contre le naturalisme libéral - L’originalité du néolibéralisme - L’agenda du libéralisme réinventé - Néolibéralisme et révolution capitaliste - Le règne de la loi Un gouvernement des élites
7. L’ordolibéralisme entre « politique économique » et « politique de société »
L’« ordre » (Ordo) comme tâche politique - La légitimation de l’État par l’économie et son « supplément social » - L’ordre de concurrence et la « constitution économique » - Politique de « mise en ordre » et politique « régulatrice » - Le citoyen-consommateur et la « société de droit privé » - L’« économie sociale de marché » : les équivoques du « social » - La « politique de société » de l’ordolibéralisme - La petite entreprise comme remède à la prolétarisation - La « troisième voie »
8. L’homme entrepreneurial Critique de l’interventionnisme
Une nouvelle conception du marché - Le marché et la connaissance - L’entrepreneurialité comme mode du gouvernement de soi - Former le nouvel entrepreneur de masse - L’universalité de l’homme-entreprise
9. L’État fort gardien du droit privé
Ni laisser-faire… Ni « fins sociales » - L’« ordre spontané du marché » ou « catallaxie » - La « sphère garantie de liberté » et le droit des individus - Le « domaine légitime des activités gouvernementales » et la règle de l’État de droit - L’État fort plutôt que la démocratie
III / La nouvelle rationalité
10. Le grand tournant

Une nouvelle régulation par la concurrence - Idéologie (1) : le « capitalisme libre » - Idéologie (2) : l’« État-providence » et la démoralisation des individus - Discipline (1) : un nouveau système de disciplines - Discipline (2) : l’obligation de choisir - Discipline (3) : la gestion néolibérale de l’entreprise - Rationalité (1) : la pratique des experts et des administrateurs -Rationalité (2) : la « troisième voie » de la gauche néolibérale
11. Les origines ordolibérales de la construction européenne
Archéologie des principes du Traité constitutionnel européen - L’hégémonie de l’ordolibéralisme en RFA - La construction européenne sous influence - Vers la mise en concurrence des législations ?
12. Le gouvernement entrepreneurial
De la « gouvernance d’entreprise » à la « gouvernance d’État » - Gouvernance mondiale sans gouvernement mondial - Le modèle de l’entreprise - L’hypothèse de l’acteur égoïste et rationnel - Le Public Choice et la nouvelle gestion publique - La concurrence au cœur de l’action publique - Une politique de gauche ? - Une technologie de contrôle - Managérialisme et démocratie politique
13. La fabrique du sujet néolibéral
Le sujet pluriel et la séparation des sphères - La modélisation de la société par l’entreprise - La « culture d’entreprise » et la nouvelle subjectivité - L’entreprise de soi comme ethos de l’autovalorisation - Les « ascèses de la performance » et leurs techniques - Le « management de l’âme » et le management de l’entreprise - Le risque : une dimension d’existence et un style de vie imposé - « Accountability » - Le nouveau dispositif « performance/jouissance » - De l’efficacité à la performance - Les cliniques du néosujet - La souffrance au travail et l’autonomie contrariée - L’érosion de la personnalité - La démoralisation - La dépression généralisée - La désymbolisation - La « perversion ordinaire » - La jouissance de soi du néosujet - Le gouvernement du sujet néolibéral
Conclusion : L’épuisement de la démocratie libérale
Une rationalité a-démocratique - Un dispositif de nature stratégique - Inventer une autre gouvernementalité - Les « contre-conduites » comme pratiques de subjectivation
Index des noms
Index des concepts.

Sur le net

« Il faut saluer la publication de cet ouvrage de poche, initialement paru en 2009 dans la collection « Cahiers libres » de la Découverte. Objet de nombreux commentaires, ce livre érudit éclaire le néolibéralisme qui constituerait la rationalité du capitalisme contemporain et qui, loin de signifier le retour à un capitalisme classique ou « pur », s’appuie sur l’action de l’Etat pour créer un marché et faire de l’entreprise le modèle du gouvernement des sujets. [...] Souhaitons que la réédition de cet ouvrage permettra à ceux qui ne l’ont pas encore lu de s’y plonger. En effet, cette somme synthétise et complète utilement les nombreux travaux parus ces dernières années sur le néo-libéralisme, contribuant fort opportunément à en éclairer son histoire, ses caractéristiques et sa « logique ». »
Liens Socio

Presse

« La crise économique semble marquer une rupture idéologique: à droite comme à gauche, on sent que le vent est en train de tourner. Un cycle historique serait sur le point de se clore, celui du triomphe libéral. Le champ des possibles paraît s'ouvrir. Mais pour aller où ? Les uns semblent penser que la parenthèse "ultralibérale' se referme et que le modèle économique et sociale des "trente glorieuses" peut être réactivé; d'autres jugent qu'un nouveau type de société est à inventer, qui révolutionnerait notre relation au travail et à la nature; d'autres encore, comme le président Sarkozy, déclare que le "laisser-faire", c'est "fini", et qu'il faut refonder le capitalisme. L'État serait même de retour. Pour comprendre ces débats, le livre de Christian Laval et Pierre Dardot sur la "société néolibérale" offre des clés d'analyse. Cette somme de recherches relève de l'histoire des idées, de la philosophie et de la sociologie. »
LE MONDE

« La Nouvelle Raison du Monde est tout à la fois un livre théorique, une analyse économique et un récit historique. C'est ce qui fait son intérêt et c'est aussi ce qui le rend accessible. Ses auteurs s'efforcent de replacer le néolibéralisme dans son contexte et d'en retracer l'histoire à partir des années 1930 et du fameux colloque Walter Lippmann, de 1938, véritable acte fondateur de la nouvelle théorie. Le grand mérite de Dardot et Laval est d'abord de restituer leur rigueur aux mots. Non, "néolibéralisme" et "ultralibéralisme" ne sont pas interchangeables. L'un n'est pas la nouvelle mouture de l'autre. La différence n'est pas seulement sémantique. Et son intérêt ne relève pas seulement d'une casuistique réservée aux spécialistes. Elle a des conséquences politiques importantes. Le néolibéralisme, qui imprègne toute la construction européenne, est bien plus une doctrine politique. Il n'est pas un héritage lointain de la physiocratie chère à Quesnay ou au "laissez faire la nature" préconisé dès le début du XVIII° siècle par Boisguilbert dans sa fameuse Dissertation. Il n'est pas non plus assimilable au monétarisme de Milton Friedman ni au libéralisme des tristement célèbres "Chicago Boys" qui s'étaient mis au service du dictateur Pinochet. La nouvelle théorie se construit au contraire dans la critique du naturalisme libéral. Tout l'ouvrage dont il est question ici s'emploie à dissiper cette équivoque. De la confusion des concepts et des mots, Dardot et Laval soulignent les conséquences. [...] Dardot et Laval analysent aussi l'influence du néolibéralisme dans les modes de gestion politiques. C'est l'avènement de la fameuse notion de "gouvernance". Peu à peu, les méthodes de "management" du privé envahissent la sphère publique. [...] Dardot et Laval nous montrent avec beaucoup d'efficacité en quoi le néolibéralisme, "nouvelle raison du monde", ne s'arrête pas à l'économie, mais subordonne intégralement notre vision de la politique. »
POLITIS

« Un ouvrage qui fera date parmi les essais consacrés à la société néolibérale. »
MARIANNE

« Un livre qui tombe à pic face à la crise que nous traversons. loin du capitalisme d'antan, expliquent les auteurs, le néolibéralisme ne perçoit plus le marché comme une donnée naturelle, mais comme un objectif à construire afin que l'entreprise serve de modèle au gouvernement politique. C'est l'absorption finale du politique dans l'économique, l'abandon de la recherche du bien commun. Cette transformation, et la crise qu'elle a entraînée, sont présentées par Laval et Dardot comme constituant la rationalité du monde globalisé. Loin de se contenter du politique et même de l'économique, le néolibéralisme élève la concurrence au rang de norme universelle et absolue. Aucune sphère n'y échappe, créant ainsi de nouvelles formes d'assujettissement, achevant de réduire chacun de nous à l'état d'homo economicus. Un essai stimulant et vif, incitant à secouer certaines habitudes de pensée. »
LE SPECTACLE DU MONDE

« Et parce que la crise, c'est peut-être aussi l'occasion de rigoler, il est bon de se pencher sur des essais consistants et de se poser quelques questions. Avec La nouvelle raison du monde, Pierre Dardot et Christian Laval, tous les deux enseignants et chercheurs, décryptent les récentes évolutions du monde économique. En passant en revue aussi bien les courants politiques néolibéraux que les gouvernements qui les ont mis en oeuvre, ils permettent de prendre la mesure des changements à l'oeuvre. Une oeuvre salutaire en ces temps troubles. »
H FOR MEN

« Fruit d'un travail de longue haleine sur le libéralisme et le néolibéralisme, le livre de Pierre Dardot et Christian Laval, prend du relief avec la crise financière mondiale. »
LE TEMPS

« D'une grande érudition, ce livre est une invitation pressante à pousser la critique théorique et sociale de l'ordre actuel au-delà des analyses les plus courantes. »
LE MONDE DIPLOMATIQUE

Christian Laval: La réforme managériale et sécuritaire de l’école

Christian Laval: La réforme managériale et sécuritaire de l’école

L’école-entreprise, tel semble bien être l’objectif des nouveaux réformateurs de l’école à l’ère néolibérale et sécuritaire. Ne serait-il pas temps de faire de l’école une machine « efficace », de la soumettre à la saine pression concurrentielle du marché, à l’évaluation généralisée des résultats, à la surveillance numérique des élèves et des professeurs, au dépistage des comportements anormaux ? L’heure n’est plus à la démocratisation de la culture, elle est à la croissance de la productivité des enseignants et à leur mutation en hommes d’entreprise.

La raison ultime de « la réforme de l’école », qui prétend à l’exclusivité, a un nom unique : la performance, le nouveau mantra des « modernisateurs ». L’école est désormais soumise à la logique économique globale de la compétitivité, dans ses fins, dans sa justification politique, dans ses catégories pratiques, dans ses formes d’organisation. Un nouveau mode de gouvernement de l’école s’impose qui touche au cœur du métier enseignant, qui affecte directement les rapports pédagogiques, qui modifie le sens des apprentissages et la nature de l’enseignement. Il est régi par un dispositif de concurrence et de surveillance, gage supposé de performance.

En France, ce nouveau mode de gouvernement de l’école n’est pas encore complètement identifié par les professionnels de l’enseignement et par les parents, encore moins par l’opinion. Qui lit en effet les rapports abscons et monotones des institutions internationales (OCDE, OMC, Banque mondiale, Commission européenne) où sont décrits pourtant avec précision les objectifs et les méthodes de la réforme managériale ? Cette méconnaissance tranche avec des pays plus « en avance » comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis par exemple, où les conséquences sur le terrain et dans les esprits se font sentir depuis plus longtemps [1].

Comprendre la nature du changement en cours n’a rien d’évident parce que nous avons affaire à des tendances dominantes, à des processus complexes et souvent contradictoires, à des réformes ponctuelles et successives, dont la cohérence d’ensemble est souvent masquée par des effets idéologiques anesthésiants. Plus troublant encore, ce nouveau régime scolaire tente de se donner une légitimité par la critique de l’ancien modèle d’école, inégalitaire et bureaucratique, traitant la population des élèves et des étudiants comme une grande masse que l’institution sélectionne, distribue dans des tuyaux étanches et finalement répartit dans des groupes socioprofessionnels remarquablement proches de ceux de leurs milieux familiaux d’origine.

Aux maux de cette école, les néoréformateurs entendent imposer une solution universelle qui a pour nom « l’école managériale » [2], et qu’on pourrait aussi bien nommer « l’école entrepreneuriale ». Cette dernière n’a pas été toute inventée par les modernisateurs de l’école. Ils ne sont que les importateurs d’une rationalité globale qui a pour norme la concurrence du marché, pour modèle l’entreprise, et pour instrument le management de la performance [3].

Pourtant, la mutation de grande ampleur qui est engagée n’a pas toutes les vertus qu’on lui prête. Elle commence même à faire sentir des effets qui entraînent désarroi, lassitude mais aussi révolte et désobéissance du côté des enseignants. Il ne s’agit pas ici de « dénoncer » le cours nouveau pour mieux embellir l’ancien, mais de proposer un cadre d’analyse apte à rendre compte de ce qu’il a de singulier.

Christian Laval: Le refus du modèle de l’université-entreprise

Christian Laval: Le refus du modèle de l’université-entreprise
Christian Laval est sociologue

L’éruption soudaine du monde universitaire français, pour une fois heureusement solidaire, contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs, est un événement majeur. Le recul de l’Élysée sur ce dossier en est la conséquence logique. Il freine, au moins pour un temps, la déconstruction de l’université et des institutions de recherche, il bloque momentanément la construction de «l’Entreprise cognitive» amorcée depuis une dizaine d’années.

Ce mouvement de refus n’est pas unique en Europe, il a de nombreuses analogies avec la puissante mobilisation des étudiants et professeurs italiens à la fin de l’années 2008. Mais le mouvement en France pose peut-être de la façon la plus nette la question clé du devenir de nos institutions d’enseignement et de recherche, la question décisive du sens des mutations qu’elles ont déjà connues et des réformes que le pouvoir politique entend continuer de leur appliquer.

Christian Laval: L’entreprise comme nouveau modèle éducatif: quels enjeux, quelles conséquences?

Christian Laval: L’entreprise comme nouveau modèle éducatif: quels enjeux, quelles conséquences?

Cet article est la version écrite d’une intervention de Ch. Laval faite aux 55 èmes Journées nationales d’études de l’Association des conseillers d’orientation–psychologues ACOP-F, à Metz, le 21 septembre 2006.

Un mythe s’impose aujourd’hui: l’Entreprise serait désormais la source des valeurs, non seulement économiques mais morales, celles qui nous permettent de vivre ensemble. La question que je voudrais poser est la suivante: un discours de plus en plus dense, massif, pesant nous oblige à penser que l’Entreprise est l’entité la mieux à même aujourd’hui de répondre à la crise de l’éducation de notre époque. Il conviendrait donc que les administrateurs, les responsables, les enseignants, les conseillers d’orientation, prennent les dispositions nécessaires pour introduire à tout niveau «le point de vue de l’Entreprise». Quels sont les enjeux et les conséquences de cette injonction qui pèse désormais sur tous les agents de l’éducation?

Christian Laval: La escuela no es el laboratorio de una empresa (PDF)

Christian Laval: La escuela no es el laboratorio de una empresa (PDF)

Este sociólogo francés, autor de La escuela no es una empresa, se debate entre un diagnóstico desolador, un futuro incierto y una confianza firme en la fuerza contestataria de la sociedad. Denuncia el modelo de escuela neoliberal, sumisa a los intereses económicos, que fomenta la segregación y olvida su espíritu inicial: la formación de ciudadanos autónomos y críticos. Pero son tiempos de confrontación y Laval confía en la presión de las fuerzas sociales para romper con la ideología dominante. (Descargar)

Cuadernos de Pedagogía, Núm. 346 mayo 2005

Máis de Christian Laval:

Christian Laval: Per què l’escola no és una empresa? (PDF)

Christian Laval: Per què l’escola no és una empresa? (PDF)

En aquest article Christian Laval mostra que l’actual política educativa dominant al món i, per tant, a Europa obeeix a un model dogmàtic que assimila l’ensenyament formal i, encara més, qualsevol activitat educativa a la producció de «capital humà» que els usuaris-clients miren de rendibilitzar posteriorment en la seva activitat professional. La posada en marxa d’un mercat o, més sovint, d’un quasimercat educatiu es considera l’única manera d’augmentar l’eficàcia dels sistemes d’ensenyament. Christian Laval subratlla alguns dels principals efectes d’aquesta política d’inspiració neoliberal i mostra que «l’eficàcia» no n’és sempre el resultat més evident, ni en termes d’igualtat d’oportunitats ni de desenvolupament intel·lectual i cultural dels individus, sinó que el que s’esdevé més sovint és precisament el contrari. Laval exposa que, per als defensors de l’escola humanista i democràtica, la tria no és entre l’antic model de l’estat burocràtic i el nou model d’empresa. De segur, una altra escola és possible, però depèn de la societat i fins i tot de la civilització que la vol crear. Si el model de la societat europea continua essent el de la «societat empresarial», serà força difícil inventar una nova escola humanista sobre aquesta base tan estreta i limitada. Reorientar la construcció europea entorn d’un gran projecte cultural que tingui l’educació com un dels seus pilars (la societat de la cultura comuna) és l’objectiu que tots els defensors de l’escola democràtica s’haurien de fixar. (Descargar)

UOC, Mayo 2005

Christian Laval: L’éducation pour tous : un droit incompatible avec la logique marchande (PDF)

Christian Laval: L’éducation pour tous : un droit incompatible avec la logique marchande (PDF)

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 faisant écho à une idée centrale des Lumières a posé l’éducation comme un droit fondamental de l’Humanité. Sa réalisation reposant sur l’élargissement progressif de la gratuité à tous les degrés d’enseignement était l’horizon des pays adhérant à la Charte des Nations unies. Qu’en est-il aujourd’hui, cinquante cinq ans après ? On sait qu’aucune déclaration n’a jamais suffi à l’effectivité d’un droit. Il faut encore une volonté politique, il faut une institution publique, il faut des dispositifs concrets et des agents humains qui mettent en oeuvre les droits proclamés.

Laicité-La Ligue, s.d

Christian Laval: Le séisme enseignant

Christian Laval: Le séisme enseignant

Près de trois mois durant, les enseignants se sont placés en première ligne du mouvement social. Energie, détermination, jeunesse mais aussi vaste "prise de parole", travail collectif de réflexion, formes d'action démocratiques ont marqué ce printemps 2003. On connaît les politiques régressives qui ont suscité la mobilisation : restrictions budgétaires, décentralisation, retraites. Tout s'est passé comme si la somme de mesures partielles avait éclairé d'un coup le sens d'une politique d'ensemble qui construit l'univers du chacun pour soi. Dans toutes les assemblées générales, dans tous les débats publics et manifestations, la même idée a couru : c'est un vrai choix de société qui nous est imposé. D'où le caractère très réfléchi et très universalisant des discussions et des propos, véritable "retour du politique" dans le monde social et professionnel. D'où également cette volonté de sortir des établissements scolaires, de s'adresser aux parents et à la population, de faire le lien avec d'autres catégories professionnelles et d'interpeller vigoureusement les élus politiques. Ce mouvement, en somme, a de très loin dépassé le cadre professionnel et a affirmé dans et par la contestation sociale le désir d'une autre société.

Christian Laval: Les pièges de la décentralisation à l’école

Christian Laval: Les pièges de la décentralisation à l’école

Contrairement à ce qui est dit, la décentralisation voulue par le Premier ministre n’est ni un prolongement des mesures prises il y a 20 ans, encore moins une mesure technique. Elle met en cause très profondément la régulation au sein de l’État national.

Tout au long du mouvement de printemps dans l’éducation, le gouvernement a asséné l’idée selon laquelle les enseignants et les non enseignants de l’éducation nationale grévistes fantasmaient à propos du projet de décentralisation, qu’ils prêtaient trop l’oreille à des rumeurs non fondées, etc. En somme, il n’y avait et il n’y a toujours aucune « crainte » à avoir.

Cette stratégie qui consiste à invalider comme irraisonnées et pathologiques les oppositions que l’on rencontre doit être elle-même dévoilée pour ce qu’elle est, à savoir une manœuvre relativement habituelle qui évite de parler du sens véritable d’une réforme. La décentralisation nouvelle que le gouvernement présente volontiers comme la suite logique des lois du début des années quatre-vingt doit être interrogée quant au sens qu’elle a pour la vie en société. Le propos n’est ici ni de taire les carences nombreuses et connues de l’État en matière d’éducation, ni de considérer a priori qu’une politique décentralisée de l’éducation serait intrinsèquement plus inégalitaire. C’est un débat sérieux que nous ne prétendons pas épuiser ici. La vraie question est en effet celle du contenu des politiques menées. Et c’est là justement que le processus actuel inquiète.

Christian Laval: L'école et sa marchandisation

Christian Laval: L'école et sa marchandisation

La question du sens, du rôle et de l’organisation des systèmes éducatifs dans des sociétés de plus en plus orientées par les dynamiques marchandes et par les politiques néolibérales qui les favorisent est au cœur des interrogations et des contestations qui traversent le champ scolaire aujourd’hui. De ce point de vue, on peut dire qu’une nouvelle problématique de l’école se dessine qui correspond à la nouvelle époque dans laquelle nous sommes entrés, celle de la mondialisation libérale et du capitalisme total. Cela ne signifie pas l’abolition des anciens «paradigmes», celui de la démocratisation des systèmes éducatifs, lié à la mobilité/reproduction des classes sociales ou celui de l’intégration culturelle et politique, lié à la construction des ensembles nationaux. Il s’agit plutôt de penser leur réinscription dans un cadre de réflexion plus large et dans un programme de recherche plus pertinent. On ne peut plus aujourd’hui raisonner dans le seul périmètre national pour comprendre la nature des évolutions et réformes de l’école (1). Une littérature déjà riche a montré la teneur de la doctrine libérale et l’orientation des stratégies de la réforme mondiale sous la direction des grands organismes économiques, financiers et commerciaux: OCDE, Banque mondiale, FMI, OMC, Commission européenne.

Christian Laval: Traité constitutionnel et éducation. Le trompe l’œil européen

Christian Laval: Traité constitutionnel et éducation. Le trompe l’œil européen

« L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil ». (Pierre Bourdieu) La politique éducative européenne n’existe pas, du moins dans les traités. Et pourtant on ne cesse de la rencontrer en Europe. Cette politique de l’éducation est un objet européen mal identifié mais bien réel.

Trois dimensions la caractérisent :

1-Bien que déterminante pour l’évolution des sociétés de l’Union européenne, elle échappe plus encore peut-être que les autres politiques au contrôle démocratique des citoyens. La plupart des « professionnels » du monde éducatif en ignorent jusqu’à l’existence. La presse en parle peu, même si les responsables politiques et les experts qui construisent les politiques nationales commencent à s’y rapporter de façon explicite.

2- Cette absence de transparence vient redoubler le rapport problématique que cette politique européenne entretient avec le cadre juridique de l’Union européenne et en particulier avec le Traité constitutionnel européen.

3- Loin de se cantonner à la promotion des échanges interculturels, à la mobilité des étudiants et à la connaissance respective des peuples, comme on le croit encore souvent au vu des grands programmes (Erasmus, Comenius, Socrates, Lingua..), cette politique éducative est devenue l’une des composantes des « réformes structurelles » d’inspiration libérale qui visent à mettre en place une société fondée sur la compétition interindividuelle et la concurrence généralisée des systèmes sociaux et des institutions. (Sigue)

L'École Démocratique, 10/04/05

Christian Laval: L’Europe libérale aux commandes de l’école

Christian Laval: L’Europe libérale aux commandes de l’école
A propos du rapport Thélot et du projet de «loi d’orientation pour l’avenir de l’école»

La question cruciale que posent le rapport Thélot et la nouvelle loi d’orientation concerne la logique de fond qui préside aux analyses et mesures proposées pour réformer l’école. Comment se construit aujourd’hui une loi sur l’école en France ? Qui en décide et surtout quelles sont les instances qui l’inspirent ? La forme et le fond, le processus et le contenu sont indissociables. L’impressionnante théâtralisation qui a accompagné l’élaboration de la loi depuis l’automne 2003 a répondu à un double souci et a eu un double effet : déposséder les enseignants et les autres personnels de l’enseignement, majoritairement porteurs de conceptions politiquement indésirables, de toute vraie « voix au chapitre ; oblitérer autant que possible le déplacement du centre de gravité des politiques éducatives vers le niveau européen.

Distribuir contido